«Ma force de caractère m’a permis de surmonter mon accident»

TriathlonUne grenade défectueuse a arraché la moitié de la main droite d’Arnaud Margot, en 2010. Samedi, il sera au départ de l’Ironman d’Hawaï.

Arnaud Margot peaufine sa préparation à Hawaï depuis deux semaines. 12e l’an dernier dans sa catégorie (127e au général sur 2500 participants), il vise cette année une place dans le Top 10.

Arnaud Margot peaufine sa préparation à Hawaï depuis deux semaines. 12e l’an dernier dans sa catégorie (127e au général sur 2500 participants), il vise cette année une place dans le Top 10. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Août 2010. Arnaud Margot a 22 ans. Il effectue son service militaire dans la compagnie des grenadiers, à Isone, lorsqu’une grenade défectueuse lui arrache la main droite. «C’était une boucherie, se souvient le triathlète de La Tour-de-Peilz. Tous mes doigts pendaient en lambeaux. Je pouvais voir à travers ma main!» Transporté à l’hôpital, on lui prélève de la peau de son ventre. On prend le nerf d’une de ses jambes pour reconstruire sa main. On soude ses os. «Lors de l’accident, j’ai cru avoir perdu ma main et là, j’ai eu la surprise d’en avoir une nouvelle», poursuit le Vaudois de 30 ans. Mais l’optimisme est de courte durée.

Les jours suivants sont les plus durs. Arnaud Margot est comme plongé dans un film d’horreur. Sa main commence à nécroser. Au fur et à mesure, on lui coupe les doigts. «Je me suis demandé quand ils allaient s’arrêter. Si j’avais perdu mes trois doigts le jour de l’accident, cela aurait été plus facile à vivre.»

Arnaud Margot était alors un cycliste prometteur. Il pédalait pour l’équipe valaisanne Hottinger Texner BMC. Il avait les points pour obtenir sa licence Élite. Mais ça, c’était avant.

Quatre ans plus tard, il décide de se tourner vers le triathlon pour réaliser un rêve de gosse: devenir un homme de fer et participer à l’Ironman d’Hawaï. Alors, il s’inscrit à des courses régionales, puis internationales. En 2017, il obtient sa qualification pour la mythique épreuve américaine. Il y réalise un temps de 9 h 28. Et surtout un 12e rang dans sa catégorie (30-34 ans).

«Le sport, c’est toute ma vie, souligne ce perfectionniste. Il m’arrivait de me lever à 5 h du matin pour aller m’entraîner, avant le boulot. Désormais, je travaille à 60% et mon horaire me permet de pratiquer mon sport le matin, à midi ou le soir. Je me fixe entre deux et trois séances quotidiennes.»

Réaliser de telles prouesses (il court le marathon en 3 h 10, après avoir «avalé» 3,8 km de natation et 180 km de vélo par 30 degrés!) est une forme de renaissance pour ce champion. «C’est une façon de montrer que la vie ne s’arrête pas après un accident. On me demande souvent si mes résultats seraient aussi bons avec tous mes doigts. J’espère que oui. Ce n’est pas l’accident qui m’a forgé un mental. Mais plutôt ma force de caractère qui m’a permis de surmonter mon accident.»

Sa main meurtrie le handicape à la natation. «Je manque un peu de poussée. En revanche, je freine moins à vélo, plaisante-t-il. C’est pour ça que je vais plus vite que les autres!»

Prendre du plaisir

À Hawaï, où il séjourne depuis deux semaines, Arnaud Margot raconte ses séances d’entraînement atypiques à la maison. «Pour m’habituer à la chaleur, je portais plusieurs couches de vêtements. Mais comme je n’arrivais pas à bouger, j’ai trouvé la parade. Je me suis entraîné avec une combinaison blanche de peintre. Ça a l’avantage d’être fin et de me faire beaucoup transpirer.»

Samedi à Kona, le Boéland vivra son 2e départ des championnats du monde de longue distance. Il partira à 7 h 05, heure locale (+12 heures depuis la Suisse). «Me retrouver ici, c’est juste magique, assure Arnaud Margot. On visite les endroits mythiques qui ont fait l’histoire de notre sport. Mon objectif sera de prendre du plaisir. C’est un tel investissement de venir ici que je n’aimerais pas me miner le moral. En participant pour la première fois l’an dernier, j’ai pu me rassurer sur le parcours en mer, dans l’eau salée. Samedi, j’ai d’ailleurs pris part à une course de préparation de 3,8 km, où j’ai nagé en moins d’une heure. J’ai aussi appris à gérer le parcours à vélo, qui est à mes yeux trop plat.»

Une bière à l’arrivée

L’athlète vise une place dans les dix premiers, ou même un top 5 si tout se passe bien. «Je sais que les 10 derniers kilomètres du marathon seront durs. Vers quoi ira mon esprit dans ces moments-là? Ça sera jambe gauche, jambe droite. Je penserai à bien m’alimenter et à garder une bonne technique. Et surtout à avoir des images positives dans la tête.»

Comme celles de son arrivée et de la bière qu’il savourera, une fois son pensum derrière lui.

(24 heures)

Créé: 10.10.2018, 22h26

Arnaud Margot

Né le 24 février 1988 à Yverdon.

Domicile

La Tour-de-Peilz.

Profession

Chef de projet en construction métallique.

Coach

Lisbeth Kristensen, ancienne championne du monde de triathlon longue distance qui a rejoint l’équipe d’entraîneurs de son ancien coach, Brett Sutton.

État civil

Célibataire.

Entraînement

921 heures en 2017 (615 km de natation, 12 371 km à vélo, 2330 km de course à pied).

Gabarit

65 kg pour 175 cm.

Palmarès (catégorie 30-34 ans)

12e de l’Ironman d’Hawaï (127e au général, sur 2500 participants);

2e Ironman 70.3 Marbella,
4e Ironman Lanzarote (5e amateur).

Articles en relation

Les hommes de fer face au défi de leur vie

Triathlon Deux participants vaudois à l’Ironman d’Hawaii et un vice-champion du monde (18-24 ans) évoquent les moments forts et les doutes liés à leur discipline. Plus...

Sous l’aile de Brett Sutton, Emma Bilham se mue en «dame de fer»

Triathlon Deuxième dimanche de l’Ironman de Zurich, la Vaudoise ne descend plus du podium depuis qu’elle s’entraîne avec le légendaire Australien Plus...

Phobique de l’eau, un Vaudois plonge pour le Norseman

Triathlon Le Belmontais Eddie Delahaut participera le 2 août en Norvège à l’Ironman (une forme de triathlon) le plus exigeant au monde. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.