Les grandes distances font encore peur aux femmes

Course à piedElles sont toujours plus nombreuses à disputer les 20KM de Lausanne. Mais encore peu à courir dimanche sur le plus grand parcours.

Les femmes adorent les 20KM de Lausanne. Un peu, beaucoup mais pas trop long. Image: Jean-Bernard Sieber

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On a longtemps dit que la femme était l’avenir de la course à pied. Aujourd’hui, elle est son présent. Si la lutte pour l’égalité des sexes a encore bien des combats à mener, l’incursion dans les pelotons n’est plus pour elle une bataille clandestine et revendicatrice, comme au temps crasse de Morat-Fribourg, où les «féminines» n’avaient pas droit de cité. Au diable la prohibition, vive l’émancipation! Depuis, celles-ci n’en finissent plus d’allonger la liste des engagées. À la Course de l’Escalade, le peloton des dames a atteint, puis même dépassé le stade de la parité. L’an passé, elles étaient 52% au départ.

À l’instar des autres grandes épreuves populaires, les 20KM de Lausanne vivent le même phénomène de féminisation. Ce week-end, la 38e édition accueillera plus de 45% de concurrentes, contre 39% en 2006. La progression est d’autant plus significative que, contrairement à l’Escalade, l’épreuve de walking (majoritairement féminine) reste marginale et que la majorité des femmes n’a pas encore osé faire le grand pas. De 46,8% sur 10 km, leur participation chute à 26,8% sur la double distance. Mais pourquoi donc hésitent-elles tant à prendre leur courage à deux jambes? Est-ce par manque d’envie ou d’ambition? Ou par peur des kilomètres?

«Plus c’est mieux»

«Une chose est sûre, ce n’est pas un frein physiologique qui les empêche de s’aligner sur des épreuves de longue haleine, comme le semi ou le marathon, répond Pierre Morath. Au contraire, elles possèdent une plus grande endurance naturelle que les hommes. De plus, dans l’effort, elles sont plus pugnaces et résistent mieux à la souffrance.» Auteur du film «Free to Run», l’historien du sport connaît bien le sujet. Selon lui, s’il «existe une différenciation de genre dans l’approche et la pratique de la course à pied, elle tient avant tout à une question de mentalité». «Les femmes ont un rapport plus ludique et plus social avec la course. Si elles chaussent des baskets, c’est d’abord par souci de bien-être, pour garder la forme et rester en bonne santé. Regardez autour de vous, elles sont encore bien plus nombreuses à courir librement, sans dossard, juste pour le plaisir.» Oui, il suffit de faire le test à Vidy ou à Ouchy.

Pour l’ancien athlète, les hommes pratiquent la course de façon plus orgueilleuse, par défi personnel. «C’est un moyen pour eux de sortir d’un certain carcan, du travail qui les emmerde. Ils veulent se prouver qu’ils existent, qu’ils sont encore jeunes. Même s’ils manquent de talent, les kilomètres ne les rebutent pas. Pour eux, plus c’est mieux.» Pierre Morath poursuit sa réflexion en évoquant le phénomène contemporain du «être ensemble», de l’attirance pour les grands rassemblements festifs et unificateurs. Selon lui, les populaires féminines entrent souvent en compétition comme elles vont au Paléo, entre copines. «Par distraction, en courant 10 km, soit une heure comme le temps qu’elles consacrent à une sortie d’entraînement. Ça leur suffit, elles restent ainsi dans leur zone de confort. Elles hésitent à en sortir. Le semi-marathon, ça serait changer de philosophie, d’organisation. Elles ont d’autres moyens d’épanouissement que la course.»

«Et pourquoi pas moi?»

C’est ainsi que Gaby Dummermuth, une employée de commerce de Bottens, est arrivée à la croisée des chemins. Le printemps dernier, passé la banderole du 10 km, elle s’est posé la question. «Bêtement, je me suis demandé: «Et pourquoi je ne serai pas capable, moi aussi, de courir 20 km?» Jusque-là, dans mon esprit, c’était une distance pour l’élite. J’ai commencé à faire du jogging il y a quatre ans, juste pour accompagner ma fille sur 4 km. Et puis, j’y ai pris goût», témoigne-t-elle.

Ce dimanche, contrairement à beaucoup d’autres, elle fera, elle, le grand saut. Elle avait trompé l’ennui en passant sur 10 km, elle double la mise par défi, «mais sans sacrifier mon plaisir», assure-t-elle. Le travail, les tâches familiales et ménagères auraient pu l’en dissuader. «Pour moi, le manque de disponibilité est une fausse excuse. On trouve toujours le temps», rétorque-t-elle. Et le marathon? «Là, pour l’instant, cela me paraît impossible, hors de portée. Ce qui compte d’abord, c’est ma course de dimanche. Je suis tout de même un peu stressée…» (24 heures)

Créé: 04.05.2019, 09h07

Bekele Tola et Kipchirchir en favoris

Qui pour battre Helen Bekele Tola aux 20 KM de Lausanne? Récente deuxième du Marathon de Tokyo (2 h 21’01), l’Éthiopienne de Genève – en cours de naturalisation – aura les faveurs de la cote sur la distance reine, où elle avait triomphé en 2016. Idem pour le Kényan Sylvester Kipchirchir chez les hommes. Victorieux l’an passé, le partenaire d’entraînement de Julien Wanders jouera la gagne face à plusieurs Éthiopiens. En tête Temesgen Daba, qui n’a pas quitté le podium depuis son succès en 2015. Gare également au Marocain Mohamed Boulama, qui va s’essayer sur la distance phare après avoir remporté les 10 km à deux reprises. Au rayon suisse, c’est sans doute chez les femmes qu’il faudra regarder pour assister à un éventuel exploit. Les régionales de l’étape Simone Troxler (2e du Lausanne Marathon) et Laura Hrebec, tenante du titre, devraient se livrer un joli mano a mano dans la capitale olympique.
Sur les 10 km, une grande favorite se dégage du lot: l’Éthiopienne Merine Gezahegn. Alors que les Marocains Mohamed Moustaoui et Ahmed el-Jaddar ainsi que le Genevois Sullivan Brunet se battront probablement pour la victoire côté masculin. J.R.
Le programme
Samedi. Dès 9 h, 4 km junior. Dès 12 h, 4 km pour le plaisir. Dès 13 h 15, 2 km junior. Dès 15 h 45, 2 km pour un petit plaisir. Dès 17 h 15, Apéro’run. Dimanche. Dès 9 h 30, 20 km. Dès 12 h 15, 10 km. Dès 13 h 15, walking et Nordic walking

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