L’insolente réussite du Hand-études de Crissier

HandballIncubateur de talents, le centre vaudois de formation prépare ses jeunes à évoluer dans l’élite suisse.

Jean-François Périsset donne un cours de visualisation à un groupe de handballeurs vaudois.

Jean-François Périsset donne un cours de visualisation à un groupe de handballeurs vaudois. Image: PHILIPPE MAEDER

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les élèves sont assis, les yeux clos. Devant chacun d’entre eux se trouve une orange. «Imaginez que vous la pelez, intervient le maître, Jean-François Périsset. Ensuite, vous détachez gentiment les quartiers et vous prenez un morceau. Maintenant, vous observez l’agrume tout en sentant la salive s’accumuler dans votre bouche. Toujours en visualisation, vous allez manger le premier morceau.»

La préparation mentale fait partie intégrante du programme du Hand-études de Crissier. Depuis 2010, cette structure, née d’une volonté de former les jeunes Vaudois à l’élite, rencontre un certain succès. De cinq dans les premières années, le nombre de handballeurs de ce centre de formation est passé aujourd’hui à vingt-cinq, dont quatre filles.

Chacun d’entre eux suit un cursus scolaire conventionnel, à l’exception de 1 à 5 périodes d’allégement. Des appuis spécifiques leur sont également consacrés. Seule différence: chaque jour à midi, les élèves sportifs s’entraînent sur place avec des éducateurs sportifs spécialisés dans ce domaine et hautement qualifiés. «Ces élèves des degrés 9-10-11 (ndlr: de 13 à 15 ans) jouent en plus à Vaud Handball, la sélection des moins de 15, 17 et 19 ans, précise Marc Verchère, coordinateur scolaire. Notre structure a l’avantage de regrouper une école, une cantine et des installations sportives sur le même site. Sans parler de la proximité de la gare de Renens, qui permet aux élèves venant de Vevey, de Nyon, de Lausanne ou d’Yverdon de gagner rapidement le Collège de Marcolet.»

Petit budget, grandes ambitions
Entraîneur de l’équipe réserve de Chambéry, l’un des centres les plus prolifiques d’Europe, Bertrand Pachoud est admiratif. «Nous vivons dans deux mondes différents. À Chambéry, nous recevons chaque semaine cinq demandes de candidature, ce qui nous oblige à faire un vrai travail de sélection. Or, à Crissier, les enfants qui intègrent la structure n’ont pas toujours un niveau de base extraordinaire. Toutefois, le travail effectué par les entraîneurs permet d’obtenir d’excellents résultats. D’ailleurs, plusieurs joueurs formés à Crissier nous ont rejoints pour des stages. Certains ont même intégré notre pôle Espoirs.»

Pour financer cette structure, le Hand-études de Crissier table sur un budget famélique de 40'000 francs. La Fondation Fonds du sport vaudois prend en charge un quart de cette somme, Jeunesse+Sport participe aussi au financement. Le reste provient des cotisations, qui se montent à 400 francs par enfant. L’État de Vaud finance un poste d’enseignant correspondant à une période par semaine et par élève.

Priorité à l'école
Depuis un an, les jeunes handballeurs peuvent poursuivre leurs études au Gymnase de Renens, tout en continuant leur apprentissage sportif. «Chez nous, la priorité va toujours à l’école, insiste Marc Verchère, enseignant en sport et en sciences. L’enfant qui dysfonctionne au niveau du comportement ou sur le plan scolaire sort de la structure.»

À Crissier, on ne transige pas avec le travail scolaire. Une demi-douzaine d’élèves ont d’ailleurs été recalés depuis la création de la structure.

La formule magique des irréductibles handballeurs vaudois fonctionne à merveille. Même si les meilleures équipes romandes ne militent pour l’heure qu’en 1re ligue chez les hommes, des purs «produits» de ce Hand-études évoluent au plus haut niveau. «En deux ans, nous sommes passés d’un niveau régional à un niveau élites, précise François Bertherat, figure de West et coordinateur sportif du centre. Nos juniors M15 et M19 évoluent en inter et nos M17 en élites, soit la meilleure catégorie de Suisse. C’est la première fois que nous bénéficions d’une telle pyramide.»

Objectif: Ligue nationale
Mieux encore: le Hand-études de Crissier a permis à des jeunes de rejoindre les meilleures formations de Suisse. À l’image des frères Sadok et Mehdi Ben Romdhane, qui évoluent à l’Académie de Schaffhouse et en équipes de Suisse M17 et M19. Roman Bouilloux (équipe de Suisse M19) et le gardien des M19 élites de Schaffhouse, Noé Hottinger, font partie des pépites qui ont grandi à Crissier. Actuellement, Damien Guignet est le Vaudois le plus en vue. Il évolue avec Wacker Thoune, en LNA (lire ci-contre). «Nous serions les plus heureux du monde si une génération issue de notre structure se retrouvait en Ligue nationale», conclut François Bertherat.

Créé: 29.01.2018, 20h36

«J’ai appris à gérer le sport, les études et ma lessive»

Dans le désert du handball romand, impossible de faire sa place dans l’élite. Les meilleurs juniors n’ont pas le choix: l’exil leur est imposé. Damien Guignet et Noé Hottinger ont décidé de sortir de leur zone de confort à 15 ans déjà. Direction: la Suisse allemande. Avec l’ambition de percer un jour dans le handball. À leur arrivée, tout était nouveau: maison, école, langue, culture. «Et il faut s’habituer à faire la lessive tout seul», rigole Noé Hottinger, 16 ans, gardien M17 et M19 à l’Académie de Schaffhouse.

Les deux Vaudois sont passés par le centre de formation de Crissier. «À cette époque, je n’étais pas enclassé à Marcolet, raconte Damien Guignet, 21 ans. Je faisais les trajets depuis Cugy. Mais cette structure m’a beaucoup aidé. Les entraîneurs sont très compétents. Le Hand-études permet aux joueurs de se focaliser sur leur but.»

Parti dans un premier temps à Stäfa, avant de signer un contrat de deux ans à Wacker Thoune, leader de LNA, Damien Guignet est devenu semi-pro. Étudiant en physique à l’Université de Berne, le Vaudois gagne un peu d’argent. «De quoi payer mon loyer», dit-il.

S’il n’est pas encore titulaire à Wacker, le handballeur est fier de son parcours. Son ambition: changer de statut. Il espère intégrer le sept de base, dès l’an prochain.

Noé Hottinger, lui, n’en est pas encore là. Depuis qu’il est à Schaffhouse, le handballeur de Concise se réveille en jouant. Et pour cause! Le premier entraînement a lieu entre 6 h et 7 h du matin. «Heureusement, je loge dans le bâtiment qui abrite la salle de gym», précise le gymnasien qui a passé trois saisons au Hand-études de Crissier. «J’y ai appris à enchaîner les séances quotidiennes. Et aussi à gérer de front sport et études.»

C’est le sélectionneur national Michael Suter qui l’a mis en relation avec l’Académie de Schaffhouse. Après un test de deux jours concluant, Noé Hottinger a fait ses valises dans l’espoir de vivre l’aventure de sa vie.

Articles en relation

Les irréductibles Vaudoises carburent à l’enthousiasme

Handball Les filles d’Yverdon-Crissier sont les seules Romandes à militer en 2e division suisse. Avec peu de moyens elles font des miracles. Plus...

Nyon, Yverdon et West jouent la carte jeunesse

Handball Les trois clubs vaudois engagés en 1re ligue veulent construire sur le long terme avec les joueurs du cru. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.