Une invention vaudoise prisée des footballeurs

FootballDeux trentenaires venus du Gros-de-Vaud produisent des capteurs que des joueurs du monde entier utilisent. Récit d’une success story.

Le capteur est glissé dans une petite poche placée dans le dos du gilet enfilé par les joueurs.

Le capteur est glissé dans une petite poche placée dans le dos du gilet enfilé par les joueurs. Image: DR

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De la «start-up» à la «scale-up». Ce n’est pas du bon vaudois, c’est vrai, mais dès qu’on parle nouvelles technologies, forcément, le jargon est souvent au rendez-vous. Concernant Lionel Yersin (37 ans) –ce sont ses mots– et Julien Moix (38 ans et un peu Valaisan aussi), ça veut pourtant bien dire ce que ça veut dire. Leur boîte, ASI, est en train de gravir des échelons et frôle presque le terme de «multinationale». Ils ne sont certes que huit dans leurs petits bureaux proches du Tribunal arbitral du sport de Lausanne, mais ils équipent près de 300 formations, dans une trentaine de pays disséminés sur cinq continents!

Leur produit? Le capteur GPS FieldWiz, littéralement le «sorcier des terrains», un «outil de mesure des performances stratégiques et physiques pour sport d’équipe», pourrait dire le prospectus. Ce petit boîtier généralement fixé sur la nuque d’un athlète est devenu un élément essentiel de la préparation et de l’analyse des données. Il permet d’élaborer une carte de chaleur des zones couvertes par chaque joueur, son nombre de sprints (vitesse, distance, chronologie de chaque sprint), sa distance couverte en plein effort, ses accélérations, décélérations et on en passe, des encore plus techniques.

Coup d’envoi en 2012

L’histoire commence en 2012 et Lionel Yersin était bien loin, à l’époque, d’imaginer ce que son idée allait engendrer. Le trentenaire challensois est adepte de parapente et touche sa bille au niveau de l’électronique. Ça lui donne l’idée de profiter de cette seconde passion pour progresser dans la première. Il invente de quoi mieux appréhender les vents thermiques et les courants ascendants via son smartphone et comprend qu’il y a là quelque chose à explorer d’un point de vue plus professionnel. Bien vu, ce qui n’était alors qu’une niche devient ensuite un vrai marché compétitif.

Avec son ami Julien Moix, qui l’a rejoint avec des idées plein la tête, ils cherchent un débouché technologique pour démocratiser leur bébé. Au départ, ils visaient plus les sportifs individuels, avant de bifurquer sur le collectif. Restait à financer les premiers pas et, là aussi, c’était complexe. Un financement participatif par-ci, un prêt de la fondation pour l'innovation technologique par-là, un petit coup de pouce des business angels et l’affaire était lancée.

Un produit multisports

Le football est la première discipline où leur matériel trouve sa place. Du FC Champvent aux Bermudes en passant par cinq clubs de Super League et des équipes en Belgique, au Danemark, en Allemagne, en Slovénie, en Croatie, en Irak ou au Japon, FieldWiz devient recherché. La mythique précision suisse et le fait que les données soient stockées au pays des banques inviolables n’y sont pas étrangers. Mais la vraie force du produit lancé en 2015 est qu’il est simple d’utilisation et à un prix défiant toute concurrence. Sa deuxième mouture, lancée en 2018, est la première à obtenir la certification de la FIFA. La prochaine, prévue pour 2020, leur permettra de voir encore plus grand. «Avec une innovation que personne n’a encore sortie», sourient-ils.

«Le rêve, c’est de devenir la référence des capteurs de sport et on est dans la course. Rien que ça, c’est un peu dingue de se le dire depuis nos petits locaux», se félicite Julien Moix. Et parce qu’il n’y a de loin pas que le foot dans la vie, la firme des rives du Léman permet à d’autres sports d’approfondir leurs analyses, comme le ski alpin et la moto. Le rugby y vient également. Les sports de salle, eux, sont dans le viseur, mais comme les données satellitaires passent mal dans une arène, d’autres défis technologiques s’y appliquent. «Le hockey, par exemple, on sait faire! clament-ils en chœur. Mais les capteurs ne passent pas encore partout…»

Aujourd’hui, dans un environnement en pleine ébullition, les deux Vaudois doivent régater contre des firmes qui lèvent des sommes astronomiques en Bourse. Eux viennent de passer le cap du million de francs de chiffre d’affaires annuel et donnent tout pour rester au sommet. «Avec nos moyens, on arrive à embêter des boîtes qui ont attiré 150 millions de francs sur les marchés. Pour être encore à la pointe ces prochaines années, pour réussir à se démarquer, à innover, il nous faut donc du cash, sourit Lionel Yersin. Le business tourne, mais ce n’est pas simple d’arriver à investir pour le futur. Si quelqu’un vient avec 20 millions, promis, on lui paiera un café et peut-être qu’on ne dira pas non…»

Créé: 18.12.2019, 21h44

Les entraîneurs en ont besoin

Le Stade-Lausanne-Ouchy se professionnalise et tente de se faire sa place en Challenge League. Il est actuellement 8e de deuxième division et devra assurer son maintien au printemps.

Pour ce faire, la phalange vaudoise devrait disposer tout bientôt du capteur FieldWiz et voici ce que le coach vaudois Andrea Binotto en pense: «C’est un instrument important pour le préparateur, parce que ça donne pas mal d’indications. Lorsqu’on en équipe ses joueurs pendant le match, on voit le nombre de kilomètres parcourus, c’est évident. Mais on peut aussi regarder combien il y a eu de courses à haute intensité et surtout la capacité à les répéter.

Dans le foot d’élite, on connaît le nombre d’efforts que doivent faire les joueurs selon leur poste et on peut établir si un élément est en dessus ou en dessous des standards. Ça donne des pistes pour travailler pendant la semaine. Ce qui est intéressant aussi, c’est que ces données sont concrètes. Quand on dit à un joueur qu’il a été bon ou mauvais, il a toujours l’impression que c’est le regard de l’entraîneur. Là, on peut lui montrer des choses noir sur blanc. On est également capables de comparer les valeurs d’un match à ses données de référence. Ça peut devenir un challenge pour progresser. Ce produit nous donne aussi les kilomètres, laVMA (ndlr: vitesse maximale aérobie)… Il permet de mieux doser les charges de travail, car on voit tout de suite quand quelqu’un est dans le rouge. Ces capteurs sont aussi intéressants en temps réel, dans mon coaching en match. Des fois, on croit qu’un gars est cramé et on le sort, alors que ce n’était pas du tout le cas.»

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