Elles se nomment Klitorious Basterd ou GI Jojo et disputeront la Coupe du monde

Roller derbyDynamiques et un soupçon déjantées, une vingtaine de patineuses représenteront la Suisse à Manchester du 1er au 4 février.

Sport de contact, le roller derby nécessite un excellent niveau de patinage.

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«Durant la journée, il y a les enfants, le patron, un mari. Et plein de raisons qui nous empêchent de nous exprimer librement. Sur les patins, on devient quelqu’un d’autre. La sportive, la rebelle se réveille.» Pour Stéphanie Souron, chargée de communication de l’association Roller Derby Switzerland, il ne s’agit pas seulement de sport. C’est une philosophie de vie. D’ailleurs, les femmes qui le pratiquent empruntent toutes un pseudonyme, souvent amusant. Elles s’appellent «Laura Dur Tard», «Klitorious Basterd», «Nina not Crouille» ou encore «GI Jojo» et n’ont pas peur de s’affirmer en tant que femmes.

Mais attention, le roller derby est plus viril qu’il n’y paraît. Pour jouer au meilleur niveau, il faut montrer ses talents de patineuse (sur quatre roues). «Lors du test des minimum skills, il faut réaliser 27 tours de piste en 5 minutes, reprend Stéphanie Souron. La première fois que vous le faites, vous vomissez. Et ce n’est pas tout. On reçoit beaucoup de coups, même si nous portons casque, coudières, genouillères et protège-dents. Aux États-Unis, où est né ce sport dans les années 30, des expositions répertorient les plus beaux bleus du roller derby. Des «bisous de derby», comme on les appelle.»

Qu’est-ce donc que ce sport qui plaît tant aux femmes et qui les couvre pourtant d’hématomes? Pour faire simple, disons que deux attaquantes, appelées «jammeuses», reconnaissables à l’étoile qu’elles portent sur leur casque, s’affrontent en patinant sur une piste ovale. Dans chacune des deux équipes antagonistes, quatre bloqueuses vont tenter de stopper l’attaquante adverse ou, du moins, essayer de ralentir sa progression. Un point est attribué à chaque fois que la «jammeuse» passe une adversaire. Après 60 minutes de jeu découpées en sessions («jams») de 2 minutes, les scores peuvent atteindre 150, 200, voire 300 points par équipe.

Comme au hockey sur glace, des pénalités (de 30 secondes) et des expulsions peuvent être prononcées par les vingt (!) arbitres qui dirigent les matches. Les coups avec les mains, les avant-bras et les coudes sont prohibés.

Populaire aux États-Unis dans les années 50, le roller derby retrouve de la vigueur depuis les années 2000, grâce à des valeurs qui sont l’esprit d’équipe, le fair-play, l’engagement, la solidarité et le fun. Le film Bliss, de et avec Drew Barrymore, a aussi contribué à son succès. Le bouche-à-oreille ainsi que les réseaux sociaux ont permis à la version féminine de ce sport de se développer.

Si des clubs masculins existent ailleurs, en France notamment, ce n’est pas le cas en Suisse. Mais les garçons sont les bienvenus dans les associations qui se trouvent par exemple à Lausanne, à Nyon, à Genève ou à Fribourg. Les adeptes du roller derby acceptent tout le monde, même les débutant(e)s, dès l’âge de 18 ans. «Chez nous, les engueulades n’existent pas, observe Stéphanie Souron, également joueuse et arbitre. Il n’y a pas de jugement non plus. Les pratiquantes sont très ouvertes d’esprit. Toutefois, ce sport est très axé sur le cardio et la technique.»

Des équipes ont récemment essaimé dans toute la Suisse, excepté au Tessin. Si bien que l’équipe nationale, composée pour un tiers de Romandes, est sur le point de s’envoler pour la Coupe du monde, laquelle se disputera à Manchester, du 1er au 4 février. La finale sera d’ailleurs retransmise sur la BBC.

(24 heures)

Créé: 20.01.2018, 12h05

Anna Sokol alias «Klitorious Basterd»

31 ans, employée agricole, Lausanne



«Je fais partie d’une association qui s’appelle Clitoris-moi. Je me suis dit que ce serait cool d’avoir un clito dans le dos. Du coup, j’arbore sur mon maillot le nom de Klitorious Basterd, également en référence au film de Tarantino Inglourious Basterds. Grâce au roller derby, j’ai l’impression d’être moi. Il m’apprend à découvrir ma force physique et mentale. C’est un sport de femmes et j’aime ce côté militant. On reçoit des coups à chaque match. Il m’est même arrivé d’avoir des entorses ou la nuque bloquée. Des bleus, on en a à chaque fois. Mais j’en suis contente, ça montre qu’on a bien travaillé. Ce sont nos trophées de guerre!»

Maude Rard alias «Maverick»

37 ans, secrétaire, Préverenges



«J’ai choisi le roller derby car je suis aussi décalée que ce sport. Cette activité est une façon de me pousser dans mes limites. J’aime le contact et quand je prends des vacances, cela me manque, j’ai besoin de retrouver l’adrénaline que ça procure. La technique, le physique, l’esprit: jamais je n’avais vécu de telles sensations ailleurs. Les participantes sont soudées et solidaires. Au travail, j’ai dû expliquer ce qu’était le roller derby et pourquoi je me retrouvais avec des bleus sur les bras, car l’été, cela se voit. Mon derby name est Maverick en référence à Top Gun et au personnage interprété par Tom Cruise, parce que j’adore les avions.»

Joëlle Debecker alias «GI Jojo»

33 ans, bibliothécaire, Genève



«On se crée des personnages, on se maquille comme si on portait un masque, histoire d’effrayer notre adversaire, alors que, dans le fond, on a hyperpeur. On se donne confiance comme cela. Je pratique aussi la boxe et le triathlon. Ce qui me correspond le plus dans le roller derby est l’esprit d’équipe. J’aime également le côté féminin de ce sport. On apprend à connaître des gens d’horizons différents. Il y a beaucoup de sueur et de souffrance à l’entraînement, mais, au final, nous réalisons de belles choses, dans un esprit toujours fair-play. Lors d’un match à Vienne, nous étions menées, et pourtant le public adverse nous a encouragées.»

Alice Hoess alias «Nina not Crouille»

32 ans, commerciale, Estavayer-le-Lac



«Je m’entraînais sur le marathon en inline avec notre coach et un jour je suis tombée sur une annonce sur Facebook. Quand j’ai vu ce qu’était le roller derby, je m’y suis immédiatement mise. Et, depuis, j’en suis ravagée. Ce sport de contact est ludique et me procure beaucoup de plaisir. On lâche tout. Et on donne le meilleur. Je deviens très euphorique quand je joue. Mon pseudonyme est Nina (parce que c’est mon surnom) not Crouille (parce que je ne suis pas crouille). La différence entre les deux? Alice doit aller bosser et doit faire parfois des trucs chiants. Nina not Crouille ne fait que ce qu’elle aime.»

Céline Folgado alias «Kenny Kick»

30 ans, éducatrice de la petite enfance, Fribourg



«Après une journée passée avec les enfants, le roller derby est salvateur! J’ai eu un coup de cœur pour ce sport, que j’adore car on ne se fait pas de cadeau sur la piste. J’aime la communauté, son esprit positif, malgré les contacts. J’ai tout de suite accroché. Ça défoule. Les grosses semaines, je m’entraîne 4 à 6 heures. Mon nom de derby m’a été donné par une de mes coéquipières. C’est un dérivé de Kenickie, soit le meilleur ami du personnage joué par John Travolta dans Grease. Il y a un côté schizophrène que j’assume. Kenny a influencé Céline. Avant, j’étais réservée et je fuyais les conflits. Le derby me permet désormais de m’affirmer dans la vie.»

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