Les parents dépassent les bornes

OmnisportsLe Canton de Vaud relaie une campagne de Swiss Olympic invitant pères et mères à mieux se comporter au bord des terrains.

Les parents ont tendance à oublier qu’un enfant pratique un sport en priorité pour s’amuser avec ses copains.

Les parents ont tendance à oublier qu’un enfant pratique un sport en priorité pour s’amuser avec ses copains. Image: Keystone

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Un père de junior qui insulte un arbitre à peine plus âgé que les joueurs sur le terrain. Un autre qui se félicite, une bière à la main, d’un tacle par-derrière commis par son fils de 8 ans, lors d’un tournoi «amical». Des propos racistes ou sexistes. Ou encore des mères de patineuses qui frisent l’hystérie lorsque leur championne prépubère n’obtient pas la note espérée. L’attitude de certains parents dépasse trop souvent les bornes. À tel point que leurs propres rejetons sont parfois couverts de honte.

Parce que ce genre de comportement n’a rien à faire dans un cadre sportif, la campagne «parents fair-play» a été lancée ces derniers jours dans tout le canton. Relayée par le Service de l’éducation physique et du sport, cette initiative de Swiss Olympic vise l’un des derniers tabous des terrains, salles, piscines et autres patinoires.

«Les parents perdent leurs nerfs pour différentes raisons, observe Gavriel Pinson, responsable prévention de la commission juniors de l’ACVF (Association cantonale vaudoise de football). Toute la tension accumulée durant la semaine est relâchée lors des matches. Les adultes se projettent dans l’avenir de leur enfant. Les pires sont ceux qui ont pratiqué la même activité et qui aimeraient que leur fille ou que leur fils soit meilleur qu’eux. Une situation qui peut entraîner des réactions démesurées.»

Comment changer la tendance? La campagne qui vient de démarrer propose de faire passer des messages simples, via des affiches en tissu, des cadres en acier sur trépied ou des panneaux en dur à monter sur les grillages. Chacun de ces supports, mis gratuitement à disposition, comporte le même texte, sous forme de rappels élémentaires. À savoir: «Nos entraîneurs sont des bénévoles», «C’est un jeu», «Nous sommes des enfants», «L’arbitre est un être humain lui aussi», «Nous ne sommes pas aux championnats du monde».

«Pas moins de 534 éléments ont été commandés par des clubs de sport divers comme le foot, l’unihockey, le badminton, la natation, le ski, la gym, énumère Philippe Rupp, délégué au sport associatif du canton de Vaud. Nous en avons encore une centaine à disposition.» Un succès qui démontre la pertinence de la problématique. Celle-ci touche essentiellement les disciplines pouvant déboucher sur une carrière richement rémunératrice (foot, hockey, tennis).

«Cultiver un esprit»

Le phénomène est si connu que d’aucuns ont déjà pris les devants. À l’image du FC Échallens, qui affiche depuis plusieurs années une banderole avec un message presque similaire. À Vevey, Piotr Wiacek, responsable des Sports, souhaitait lui aussi mettre en place ce système depuis plusieurs années. «Nous avions déjà des panneaux contre le tabac, la présence de chiens ou de vélos, mais rien de concret lié au comportement des spectateurs. Cette campagne vient à point nommé.» Ancien volleyeur d’élite, Piotr Wiacek sait mieux que personne combien la passion peut enivrer les parents. «Ils restent dans l’émotionnel de par leur attachement affectif. L’objectivité de la situation leur échappe parfois.»

L’ancien joueur du LUC a-t-il été directement confronté au problème? «J’ai rejoint la LNA à 16 ans et mon père a longtemps été mon entraîneur. Les critiques, je les avais en direct, sur le terrain!» rigole-t-il. Piotr Wiacek ne se berce pas d’illusions quant à la réussite de cette campagne. «On espère que cela freinera les remarques désobligeantes. Mais ce matériel ne changera pas les choses d’un coup de baguette magique. Malgré nos panneaux interdisant de fumer on retrouve toujours des mégots sur nos installations. Il faut sans cesse continuer à marteler notre message, cultiver un esprit, créer des chartes internes et rappeler les règles, année après année. Que ce soit au sein des clubs ou du sport facultatif.»

La campagne ne suffit pas

Des propos que ne renie pas Gavriel Pinson: «Cette campagne est bien faite. Elle diffuse de bons messages, mais ce n’est pas suffisant. Il faut donner plus de moyens aux clubs, en organisant des formations et en assurant une présence auprès des équipes. Il faudra du temps pour changer les mentalités, de la patience et aussi de l’argent.»

L’éducateur lausannois est lui-même père, grand-père et amateur de sport depuis toujours. «Il ne faut jamais oublier qu’un enfant pratique une discipline sportive en priorité pour s’amuser avec ses copains. Il s’agit de sa première activité de libre choix. Si un parent lui ôte ce plaisir, il finira par abandonner.»

Montrer les limites

Alors, quel message faut-il véhiculer aux parents qui franchissent la ligne rouge? «En tant que spectateur, j’ai toujours déploré l’attitude de certains énergumènes au bord d’un terrain, reprend Gavriel Pinson. Siffler, cracher ou injurier n’est pas un comportement acceptable. Celui qui n’est pas satisfait de ce qu’il voit n’est pas obligé de rester. Les gens ne se rendent pas compte à quel point ils peuvent être nuisibles. Parfois, il est nécessaire de leur montrer avec fermeté où sont les limites.»

Les panneaux et affiches de cette campagne pourraient contribuer à rendre certains parents – ceux qui sont persuadés d’avoir le nouveau Cristiano Ronaldo à la maison – un peu plus lucides sur les possibilités de leur enfant.

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Créé: 03.12.2018, 17h43

Les affiches

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