Moins de stress, plus de rentabilité: les bienfaits du sport en entreprise

SantéL’ascension du Mont-Blanc, ou de la moto en Afrique: des firmes rivalisent d’imagination pour inciter leurs employés à bouger.

Frédéric Michel (casque bleu) a emmené des employés au sommet du Mont-Blanc.

Frédéric Michel (casque bleu) a emmené des employés au sommet du Mont-Blanc. Image: DR

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«Nous avons perdu 23 mètres de tour de taille et environ une tonne.» À l’occasion du congrès SportCity, Frédéric Michel a exposé des statistiques spectaculaires. Les chiffres collectés pendant trois ans sur 200 salariés d’une multinationale basée à Rolle le prouvent: le sport au boulot est aussi bénéfique pour les employés que pour l’entreprise. «Nous avons constaté 95% de problèmes d’hypertension en moins, ainsi qu’une diminution équivalente du taux de cholestérol. Quant au risque de diabète, il a baissé de 85%», poursuit l’ancien sports manager de cette société.

Pourquoi et comment cette entreprise a-t-elle opté pour une telle politique du mouvement? Tout est parti de l’accident vasculaire cérébral (AVC) de deux de ses collaborateurs. Prenant l’affaire au sérieux, la direction a adopté une nouvelle philosophie à l’interne. Et s’est donné les moyens de ses ambitions. «Nous avons aménagé et géré des salles de gym, recruté des profs de fitness pour proposer des cours de yoga, de pilates, de body combat, de spinning et de circuit training, énumère Frédéric Michel, aujourd’hui directeur de Blossom Unit à Renens, société experte en pratique du sport en entreprise. Notre but était que tout le monde se livre à une activité physique, en n’excluant personne. Et ne surtout pas céder à certaines dérives que l’on voit parfois. Comme l’affichage sur les ascenseurs de panneaux «Lifts are for losers» (Ndlr: les ascenseurs sont destinés aux perdants). Car un collaborateur qui ne prend pas les escaliers n’est pas mauvais pour autant.»

En outre, les salariés avaient la possibilité d’être suivis médicalement, grâce à des analyses sanguines. Toujours sur une base volontaire, ils pouvaient également bénéficier d’un suivi nutritionnel et d’une étude du sommeil.

Des millions investis

Les bienfaits d’une telle politique sont multiples. Pour l’employé d’abord qui verra une amélioration de sa santé et de son bien-être, ainsi qu’une diminution du stress. Mais l’employeur n’est pas en reste. Les entreprises qui ont tenté l’expérience ont constaté des bienfaits, tels que l’amélioration de la productivité, une diminution de l’absentéisme, une fidélisation des employés et surtout un fort impact au niveau de l’esprit d’équipe.

Voyages de rêve

Ainsi, l’ex-employeur de Frédéric Michel a investi plusieurs millions de francs chaque année dans le sport au travail. Ce qui a permis aux salariés de participer à des aventures parfois spectaculaires. L’entreprise a notamment organisé l’ascension du Mont-Blanc, de l’héliski au Canada, des voyages à vélo à Majorque, en Écosse ou dans les Dolomites. Sur la liste des activités, apparaissaient encore du kitesurf en Sardaigne, du triathlon, du marathon, de l’ultramarathon, un peu partout en Europe, ainsi que la traversée de l’Afrique à moto, du Kenya jusqu’en Afrique du Sud. «Nous avons aussi organisé un «Tour de France Challenge», au cours duquel les employés devaient parcourir autant de kilomètres que les cyclistes du TDF, se souvient Frédéric Michel. Sur les 18'000 salariés, 1000 ont participé à ce défi.»

Une catégorie ouverte aux diplômés prometteurs (appelés graduates) proposait même une planification étalée sur trois ans, avec de multiples camps d’entraînement. Les participants devaient obligatoirement s’inscrire à deux marathons internationaux. Ils terminaient le programme par une aventure sportive d’une semaine dans le désert namibien, durant laquelle les employés effectuaient l’équivalent d’un marathon par jour.

Avec, en sus, du VTT ou l’ascension d’une montagne. «L’un des objectifs de mes aventures sportives est de provoquer des émotions inoubliables, raconte le sports manager. Le fait de partager cela avec son équipe met en place des liens très forts qui permettront aux collaborateurs de dépasser leurs limites, tout au long de leur parcours professionnel.»

La participation financière des employés n’excède pas le prix du trajet. L’organisation, l’hôtel, les activités et la subsistance sont à la charge de l’employeur. Quid du temps pris sur les heures de travail? «En général, les employés ont la possibilité de gérer leur horaire comme ils le souhaitent, répond Frédéric Michel. À aucun moment, il est mal vu de voir quelqu’un partir en salle de fitness ou faire du vélo durant la journée.»

Malgré le choix varié et séduisant proposé, l’activité la plus populaire – et la plus accessible – reste le ping-pong. Dans la multinationale citée en exemple, une table a été installée dans la réception et des tournois sont fréquemment organisés.

Pas besoin donc de dépenser des millions pour faire bouger les gens. Inciter les non-sportifs à changer leurs habitudes est un défi bien plus difficile à relever que de proposer des marathons à des convertis. Distribuer des podomètres et fixer des objectifs à ceux qui le souhaitaient fait peut-être moins rêver qu’un séjour en Namibie. Mais en termes de santé, les petites mesures peuvent avoir de grands effets. (24 heures)

Créé: 16.04.2018, 17h46

Éloigner les imprimantes

D’autres mesures plus discrètes et financièrement plus abordables que la traversée de l’Afrique à moto sont utilisées par les entreprises. Comme éloigner les imprimantes ou les poubelles des bureaux, pour obliger les gens à se lever et à marcher.

«En moyenne, nous passons chaque jour 9,3 heures assis, soit plus de temps que celui passé à dormir (7,7 heures)», souligne Anouck Luini de Promotion Santé Vaud. Et la responsable «santé en entreprise» de rappeler qu’il «faudrait rajouter 30 minutes d’activité physique modérée chaque jour» pour observer des améliorations tangibles. «Si on pouvait mettre tous les bénéfices du sport dans un comprimé, il s’agirait du médicament le plus vendu au monde», rappelle-t-elle.

Des études ont notamment prouvé qu’une politique sportive est rentable pour les entreprises. «Le plus dur reste de convaincre les responsables de ces sociétés que c’est effectivement le cas», estime Frédéric Michel.

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