Stan Wawrinka claque une double mise au point

TennisImpérial sur le court, le Vaudois a recadré une presse avec laquelle s’est installé un décalage. Une affirmation rare et forte.

Solide sur son service malgré un pourcentage de premières balles moyen, Stan Wawrinka a surclassé l’Uruguayen Pablo Cuevas.

Solide sur son service malgré un pourcentage de premières balles moyen, Stan Wawrinka a surclassé l’Uruguayen Pablo Cuevas. Image: Keystone

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La dernière fois qu’il avait foulé le central de Saint-Jacques, Stan Wawrinka venait de conquérir New York, pointait au troisième rang mondial et commençait à s’inquiéter pour son genou. C’était il y a trois ans. Une autre époque, peut-être même une autre carrière? Telle est la question qui escorte le retour de «Stanimal» à Bâle, entretenue par une exigence un peu déformée, parfois maladroite. Une forme de pression sociale qui veut qu’au royaume des Swiss Indoors, tout doit toujours rentrer dans l’ordre et les champions redeviennent vite des champions.

Stan Wawrinka est évidemment un champion pour toujours; ce statut n’est pas une étiquette réversible. Mais l’est-il encore entièrement, soit avec la même rage et un pouvoir de nuisance identique? De la «Basler Zeitung» au «Tages-Anzeiger», la presse alémanique suggérait mercredi le contraire, décrivant «un champion dans le no man’s land». «Un loup des steppes qui forme son propre microcosme, n’appartient plus à aucune catégorie reconnue, «Big 4», «Top 10», «Next Gen», et dont les attributs renvoient à une époque lointaine: triple lauréat en Grand Chelem, champion olympique, vainqueur de la Coupe Davis.»

Recadrage

Si la description frappe par sa sévérité désabusée, elle intrigue pour ce qu’elle souligne, Wawrinka est une valeur sûre mais inclassable, et pour ce qu’elle suggère, une partie de l’opinion considérerait que le Vaudois n’a plus tout à fait la force de cravacher jusqu’à ses sommets d’antan. «Mais qu’est-ce que c’est une bonne année? Je reviens d’une grave blessure, je suis 15e à la Race et j’ai quand même battu Novak (Djokovic) à New York, recadrait «Stanimal» mercredi soir. Vous auriez voulu que je gagne un Grand Chelem? Mais qui a gagné les douze derniers titres du Grand Chelem? Ils sont trois (Djokovic, Nadal, Federer).»

«Être 15e mondial, c’est beaucoup mieux que ce que vous pensez. Peut-être que vous vous en rendrez compte un jour»

C’est une évidence, la mise au point vient alors de loin et du ventre; ce qui ne l’empêche pas de faire mouche. Sur la forme d’abord. «Il flotte dans cette salle un parfum de jugement. On dirait que j’ai raté mon année, je vous le dis comme je le ressens. C’est facile de juger à distance, sur la base des fêtes que je fais quand je suis blessé. Franchement, vous avez été trop gâtés. Voilà pourquoi j’ai perdu l’envie de parler à la presse suisse. Être 15e mondial, c’est beaucoup mieux que ce que vous pensez. Peut-être que vous vous en rendrez compte un jour.»

Puis Stan Wawrinka enchaîne sur le fond. «J’ai construit toute ma carrière par étapes. Et selon moi, tout ce que j’ai construit depuis ma blessure puis réalisé cette année, c’est parfait. Je me retrouve dans une position qui me permet de savoir exactement ce dont je serai capable en 2020. Revenir au top ne se fait pas en claquant des doigts. L’année prochaine, on pourra discuter Grand Chelem. Cette année, c’était hors de propos.»

Et si cette dernière phrase résumait le nouveau décalage d’une incompréhension historique. Après avoir longtemps sous-estimé son potentiel, la presse (et le public?) suisse attendrait aujourd’hui trop, trop vite, de Stan Wawrinka. Une impatience que le champion vit comme une persécution, à mi-chemin entre résignation et «Schadenfreude». La rengaine est vieille comme le monde, la force qu’elle peut insuffler aussi.

Démonstration sur le court

Incompréhension, déception, révolte, rage, peu importe quel sentiment a grandi au fond de «Stanimal» depuis quelques mois. Il y avait quelque chose d’une formidable catharsis dans la force d’affirmation qu’il a étalée mercredi soir au «Joggeli», du central jusqu’au centre de presse. La plus belle preuve? Cette démonstration majuscule contre Pablo Cuevas: 6-3, 6-4 en 66 minutes, 90% de points gagnés derrière sa première balle. Sans doute le meilleur premier tour de sa tumultueuse histoire avec les Swiss Indoors.

Faut-il y voir la promesse d’une semaine éclatante? Pas forcément. Car pour que la double mise au point du Vaudois ne reste pas vaine, elle doit nous rappeler à la patience. Hier, Stan Wawrinka était un champion qui savait où aller. Et à sa manière, il nous a déjà donné rendez-vous pour 2020.

Créé: 23.10.2019, 22h58

Swiss Indoors à Bâle

Résultats de mercredi

1er tour.
Berankis (Lit) bat Andujar-Alba (Esp) 6-1 6-1.
Krajinovic (Srb) bat Djere (Srb) 6-1 6-4.
Goffin (Bel/6) bat Cilic (Cro) 6-4 6-4.
Wawrinka (Sui/7) bat Cuevas (Uru) 6-3 6-4.
Tiafoe (EU) bat Evans (GBR) 6-4 6-2.

2e tour.
Federer (Sui/1) bat Albot (Mda) 6-0 6-3.
Struff (All) bat Laaksonen (Sui) 6-3 6-4.
De Minaur (Aus) bat Fritz (EU) 6-3 6-3.

Aujourd’hui

2e tour.
Dès 14 h.
Goffin (Bel/6) - Opelka (EU).
Gasquet (Fra) - Bautista Agut (Esp/4).
Tsitsipas (Gre/3) - Berankis (Lit). 19 h
Tiafoe (EU) - Wawrinka (Sui/7).
Krajinovic (Srb) - Fognini (Ita/5).

Fenêtre sur court

L’adversaire
C’est Frances Tiafoe et son pull des Washington Wizards qui sera l’adversaire de Stan Wawrinka jeudi soir (19 h). Au regard des difficultés que lui pose historiquement Daniel Evans, battu mercredi en deux sets, le Vaudois ne doit pas être trop mécontent.

La déception
Fin de parcours pour Henri Laaksonen. Le Schaffhousois a plié, en fin de soirée et sur le court No 1, face à la puissance de l’Allemand Jan-Lennard Struff (3-6 4-6). «Ice Henri» devra donc s’en aller batailler pour sa place dans le top 100 sur les challengers de fin d’année aux États-Unis.

Le piège
Les Swiss Indoors font rarement des fautes de goût en matière de programmation. Mais envoyer David Goffin jouer le Masters contre le service de mammouth d’Opelka sur le petit court No 1 (14 h), on a connu choix plus heureux. M.A.

Un Federer «dans la zone» attend Wawrinka

Roger Federer n’a même pas eu besoin de deux heures pour rejoindre les quarts de finale de «ses» Swiss Indoors. Cinquante-deux minutes lundi (Gojowczyk), dix de plus mercredi soir contre Radu Albot (ATP 49), «le Maître» arrive léger au rendez-vous que pourrait honorer vendredi Stan Wawrinka. Léger et confiant. Car mercredi, le Bâlois a traversé la première manche sur son petit nuage d’extraterrestre, dans un état qu’il a lui-même confessé comme appartenant à la fameuse «zone» recherchée par tous les sportifs. «C’est vrai, j’y suis entré pendant un moment. J’avais presque l’impression de voir à l’avance ce qui allait sortir de ma raquette. C’est une sensation rare, il faut en profiter.»

Bonne nouvelle pour ses prochains adversaires, cet état de plénitude ne se manifeste presque jamais deux fois dans le même tournoi. Mauvaise nouvelle pour eux, Roger Federer peut descendre de son nuage et continuer à évoluer à un niveau stratosphérique. Vivement la suite. M.A.

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