Sur la Streif, trente secondes en enfer

Ski alpinLes premiers mètres ne laissent aucun répit. À Kitzbühel plus qu’ailleurs, il faut être prêt dans le portillon.

Mauro Caviezel se lance dans le vide sur la Streif.

Mauro Caviezel se lance dans le vide sur la Streif. Image: Keystone

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La cabane de départ de Kitzbühel est à l’image de sa Streif: froide, austère et glaciale. Les murs y sont si blancs qu’ils lui donnent l’allure d’une salle d’opération. Là-haut, on raconte que le silence est quasi religieux. «C’est clairement plus calme, confirme Beat Feuz. Ici, les blagues ou discussions banales qu’on entend parfois ailleurs sont rares.»

Son mur de départ ressemble à un toboggan gelé de 160mètres. C’est la rampe de lancement la plus raide du cirque blanc. «Au départ de Kitzbühel, les coureurs doivent être des guerriers. Quelques coups de bâtons et la vitesse est déjà significative», souligne Patrice Morisod, l’ex-mentor qui a mené les deux Didier (Cuche et Défago) au sommet. En une poignée de secondes, les skieurs atteignent déjà une vitesse de 60km/h. «Avant de t’élancer, tu dois être plus près mentalement qu’ailleurs, raconte Mauro Caviezel. Il faut être vraiment actif et ta pulsation doit être au maximum. À Kitzbühel, il n’y a aucun temps de réflexion comme il peut y en avoir à Wengen, avec une partie de glisse pour commencer. Là, le premier saut arrive après deux virages seulement. Ça rend la Streif si unique.»

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Le saut évoqué par le Grison est la fameuse Mausefalle. Le piège à souris en français. Un saut aussi long — certains athlètes s’envolent sur une distance de 80mètres — que vertigineux. C’est la portion la plus pentue du tracé (85%). Et le compteur affiche jusqu’à 120km/h en phase d’atterrissage. «Nous devons directement trouver un rythme pour s’adapter à la piste, aux conditions et à la glace, poursuit Beat Feuz, qui a terminé trois fois deuxième sur la Streif. Ensuite, nous n’avons plus le temps de réfléchir. Ça doit fonctionner directement.» Car ce saut dans le vide, aux allures de piège à rats, intervient après 10 secondes de course seulement.

«La pente derrière la Mausefalle est extrêmement raide, confirme Gilles Roulin. Mais ce qui rend ce passage terrible est la préparation de la piste qui est injectée d’eau: c’est de la glace pure.» Le Zurichois avoue qu’il a eu peur la première fois qu’il s’est élancé. «Puis je me suis rendu compte que c’était skiable», sourit le descendeur. «Ma première fois? Le cauchemar à la reconnaissance, enchaîne Niels Hintermann qui s’élancera pour la troisième fois sur la piste mythique samedi. Je n’éprouvais aucun plaisir au départ.» Après une compression et un virage à 180° (le Karussell), les skieurs dévalent le Steilhang, une très longue courbe avec un fort dévers où la force centrifuge est extrêmement difficile à compenser. «Avant d’entrer dans cette partie, il faut être haut pour prendre assez de vitesse pour la suite, souligne Niels Hintermann. Sinon, c’est quasi fini.»

À Kitzbühel, les 30 premières secondes sont capitales. Et sans répit. «Mentalement, s’élancer est très compliqué pour un jeune sans expérience.» Dix ans après son premier départ dans le Tyrol et une semaine après son troisième sacre à Wengen, «Kugelblitz» n’a peut-être jamais été aussi proche d’enfin dompter la Streif. Le Bernois rêve secrètement d’imiter Didier Défago, auteur du doublé Wengen-Kitzbühel en 2009. Pour entrer encore un peu plus dans la légende.

Sylvain Bolt, Kitzbühel

Créé: 25.01.2020, 00h02

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