La Suisse doit gagner en efficacité pour briller en Russie

FootballL'équipe nationale manque des montagnes, se fait des frayeurs et doit se contenter d’un 0-0 pour se qualifier contre l’Irlande du Nord.

Après un match très compliqué, sur un terrain «irlandais», Freuler, Zakaria, Lang, Xhaka, Behrami et Rodriguez (de g. à dr.) ont pu laisser éclater leur joie.

Après un match très compliqué, sur un terrain «irlandais», Freuler, Zakaria, Lang, Xhaka, Behrami et Rodriguez (de g. à dr.) ont pu laisser éclater leur joie. Image: EPA

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Infiniment plus méritante qu’une Irlande du Nord éteinte à Belfast et étonnante par à-coups seulement à Bâle, la Suisse a logiquement obtenu sa qualification pour le Mondial 2018. À vrai dire, ne serait-ce que pour son parcours éliminatoire (10 matches, 27 points), elle avait ce petit supplément d’âme, au départ. Mais après ce barrage tendu, ce match retour au Parc Saint-Jacques, les enthousiasmes les plus fervents se sont un peu brouillés. Il est tentant de sacrifier toute réserve sur l’autel de l’objectif atteint: après tout, c’est sûr, dans un barrage, il faut passer, un point c’est tout. Mais pour tout dire, histoire d’effacer le souvenir trouble de ce penalty cadeau du Windsor Park, désormais décisif pour toujours, on aurait aimé un succès à la place de ce 0-0, au moins un but qui ne doive rien à personne. Personne ne boude son plaisir, c’était juste pour qu’il soit sans appel.

On aura peut-être oublié tout cela dans quelques mois, quand l’été prochain la Suisse gambadera sur les pelouses russes. Et on ne minimisera pas la portée de l’exploit: c’est le quatrième raout mondial d’affilée auquel la Suisse, petit pays du foot, participera. Elle a obtenu son billet dans la douleur, sans doute, mais avec toujours cette idée du jeu qui la porte depuis deux ans et plus, avec Vladimir Petkovic à sa tête. Cela non plus, il ne faut pas le passer sous silence, les progrès sont grands. Mais pour penser l’avenir, il lui faut aussi regarder les circonstances compliquées de ce match de barrage.

Manque de tranchant
Autrement dit, cette crispation qui s’est installée petit à petit. Ce sentiment gênant qui naît quand on sait toute sa supériorité sans parvenir à l’inscrire dans le réel. C’est le crépuscule des assurances, fussent-elles solidement chevillées autour d’un plan de jeu débouchant sur des occasions franches. Il faut du caractère, des certitudes qu’on n’ébranle pas à l’instant d’égrener les occasions manquées.

Évidemment, avec un terrain si gras qui faisait autant le bonheur des Nord-Irlandais que le dépit des Suisses, rien n’a été facilité. Gorgée d’eau, la pelouse du Parc Saint-Jacques supposait la plus grande précision dans les gestes et davantage encore à la finition. Et c’est bien tout le problème et toute la généalogie de cette crispation. Une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, voire plus encore, la Suisse a eu au bout de ses souliers la libération qu’elle cherchait. À chaque reprise, elle fautait au moment de conclure. Les regards se tournent principalement vers Seferovic, Zuber ou Dzemaili, qui manquaient tellement de tranchant pour conclure. La Suisse se cherche un attaquant efficace depuis Alexander Frei: avec lui, elle aurait atteint la pause avec deux ou trois buts d’avance. La frontière est mince entre l’accomplissement et la frustration. Alors tout se complique. Et plus encore quand les Nord-Irlandais, conscients de leur chance d’être encore proches de leur bonheur, se mettent à l’envisager avec sérieux. C’est surtout après la pause, après toutes ces occasions manquées par les Suisses, que les Nord-Irlandais ont poussé. Sans être géniaux, par intermittence seulement.

Désordonnées, toutes ces longues balles nord-irlandaises portaient en elles le frisson du pire. Une tête de Washington, une tentative de Saville, un cafouillage improbable: c’est dur d’être à la merci d’un ballon fuyant, comme à la 92e minute de jeu, quand Rodriguez sauvait sur la ligne une tête nord-irlandaise, Sommer ayant raté sa sortie. Rodriguez, l’homme de ce barrage, buteur sur le penalty que l’on sait à Belfast et sauveur, donc, dimanche soir à Bâle. Il partage les éloges avec les jeunes Zakaria et Akanji.

Dans l’attente d’Embolo
Est-ce le prix à payer quand on ne sait pas, ou si peu, marquer? Peut-être. Mais pour grandir encore, la Suisse doit régler ce problème, parce qu’aucune équipe ne vit bien sans un buteur régulier. C’est ce que Vladimir Petkovic doit trouver pour l’été prochain: une solution devant pour concrétiser une philosophie de jeu. Pour l’heure, elle fait cruellement défaut, même si tout le monde croise les doigts pour qu’Embolo devienne l’homme de la situation. (24 heures)

Créé: 12.11.2017, 22h39

Vladimir Petkovic et la difficile équation offensive

À l’heure de la qualification, les questions désagréables – autrement dit les réserves qu’on peut formuler – sont souvent mal vues. Il faudra pourtant bien les mettre à nouveau sur la table une fois le printemps revenu. Parmi elles, deux concernent le compartiment offensif, celui qui doit permettre, à terme, de donner une dimension supplémentaire à cette équipe de Suisse. Et plus particulièrement ce qui se passe – ou non – au centre de l’attaque. On les pose donc ainsi: peut-on espérer mieux avec un joueur comme Seferovic en pointe? Et comment envisager davantage de créativité, de vivacité et d’idée avec un élément comme Dzemaili en soutien direct?

Lorsqu’il s’agit d’évoquer la marge de progression d’une équipe, les discussions s’orientent souvent dans le sens du collectif. Mais s’il est possible de repousser très loin les limites d’un groupe en travaillant les relations (sur le terrain s’entend) entre les joueurs, il apparaît, au final, que les formations les plus redoutables s’en sortent presque toujours par la grâce et le talent de quelques individualités hors norme. Or, la Suisse ne les a pas. Du moins pas dans le sens des grandes nations du football mondial. Alors, le sélectionneur doit composer. Avec le risque de se retrouver assez vite dans une impasse.

Revenons ainsi à Seferovic et à Dzemaili. Le premier est bien trop inconstant pour prétendre assumer un rôle significatif sur le long terme. Son club (Benfica) vient d’ailleurs de s’en rendre compte. Après un été épatant, l’attaquant a pris place… sur le banc. Dimanche soir, il a bien trop vendangé – dans l’approche ou à la finition – pour justifier son rôle présumé de leader offensif dans cette équipe. À nouveau titularisé, malgré ses piètres performances de Lisbonne et de Belfast, Dzemaili a une fois encore déçu au Parc Saint-Jacques. Et s’il peut encore rendre service à la Suisse, ce ne sera sûrement pas sur cette position. En l’absence de Frei, Petkovic n’avait pas d’autre option véritable, sinon celle représentée par Shaqiri. Mais il a préféré laisser le feu follet sur le côté.

Présentement, la Suisse de Petkovic ne possède pas de numéro 10 comme a pu l’être un Hakan Yakin voilà quelques années. Il s’agit d’un handicap. On reconnaîtra ainsi son talent de sélectionneur aux choix qu’il fera à l’avenir, afin que la prochaine Coupe du monde
ne se transforme pas en un parcours simplement honorable. À la peine face à la modeste Irlande du Nord, la Suisse a obtenu, comme le veut la formule, l’essentiel. Mais l’exprimer ainsi revient surtout à cacher les vrais problèmes.

François Ruffieux à Bâle

Suisse - Irlande du Nord 0-0

Bâle, Parc Saint-Jacques: 36'000 spectateurs (guichets fermés).

Arbitre: M. Brych (All).

Suisse: Sommer; Lichtsteiner, Schär, Akanji, Rodriguez; Zakaria, Xhaka; Shaqiri (80e Freuler), Dzemaili (61e Mehmedi), Zuber, Seferovic (87e Embolo).

Irlande du Nord: McGovern; Hughes, J. Evans, McAuley, Brunt; Davis, Norwood, Saville; Ward
(74e Jones), Washington (82e McNair), Dallas (74e Magennis).

Notes: la Suisse sans Djourou et Moubandjé (blessés). L’Irlande du Nord sans C. Evans (suspendu).

Avertissements: 7e Brunt. 72e Seferovic. 79e J. Evans.

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