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La Suisse passe son examen de conduite

L’équipe de Petkovic dispute ce jeudi à Belfast (20 h 45) un barrage aller capital contre l’Irlande du Nord. Enjeu: un ticket pour le Mondial 2018.

Les joueurs suisses ont pris leurs marques mercredi soir sur la pelouse du Windsor Park, à Belfast. Ce jeudi soir, les tribunes seront pleines à craquer pour ce match aller du barrage contre l’Irlande du Nord.
Les joueurs suisses ont pris leurs marques mercredi soir sur la pelouse du Windsor Park, à Belfast. Ce jeudi soir, les tribunes seront pleines à craquer pour ce match aller du barrage contre l’Irlande du Nord.
Keystone

Acte I, scène I. Irlande du Nord, Belfast pour décor. Le stade Windsor Park au premier plan. Unité de temps, unité de lieu, unité d’action: l’équipe de Suisse au cœur d’une tragédie grecque, c’est le théâtre moderne des élévations sportives. Ce match aller, ce jeudi soir, d’un barrage qui doit conduire la Suisse à la Coupe du monde 2018 est la première représentation. La seconde se tiendra dimanche au Parc Saint-Jacques de Bâle. Et là, tout sera dit. Pas de rappel. Rien. Un bilan et c’est tout. Telle est la dure réalité d’un examen de conduite: apte ou pas. Le verdict tombera et une partie de cet examen se déroule justement en Irlande du Nord. De la théorie à la pratique, Vladimir Petkovic et les siens jouent gros et ils le savent.

On pourrait penser que cette équipe nationale a déjà gagné le respect qu’elle cherchait lors des matches qualificatifs. C’est tout le contraire: c’est exactement parce qu’elle a approché la perfection, sentiment évanoui un soir d’octobre à Lisbonne, qu’elle n’a pas le droit à l’erreur. Avers et revers de la même médaille, il y a évidemment dans cette balade nord-irlandaise bien plus à perdre qu’à gagner.

La crédibilité de Vladimir Petkovic

Le sélectionneur ne joue pas sa place, mais une part de sa crédibilité. Au fond, c’est injuste. Il a été celui qui a dépoussiéré les stratégies calculatrices et attentistes d’un Ottmar Hitzfeld payé si cher pour un seul contrat rempli: un 8e de finale au Brésil en 2014. Les élans de Petkovic ont porté leurs fruits dès l’Euro 2016 et durant toutes les éliminatoires. Rien n’est encore parfait, mais la Suisse a désormais décidé, avec lui, d’être maîtresse de son destin sur le terrain. Autrement dit de jouer et non plus de spéculer. Ces bienfaits-là seraient fragilisés par un écueil lors de ce barrage.

La théorie

Dans ses schémas, dans ses potentiels, dans sa technique collective et avec son expérience, la Suisse est largement supérieure, dans tous les domaines, aux Nord-Irlandais. Elle est la grande favorite de la double confrontation. Pour tout dire, elle a hérité, lors du tirage au sort des barrages, de l’un des deux adversaires les plus faibles (avec la Grèce) et doit donc logiquement s’acquitter de sa mission: se qualifier pour le Mondial, c’est bien le minimum!

La pratique

Au Windsor Park, portée par près de 18 000 supporters immanquablement admirables de soutien, l’Irlande du Nord ne s’embarrassera pas de fioritures pour s’attacher à l’essentiel: le défi physique. Avec sa grandeur d’âme chevillée au corps, consciente de ses limites techniques mais surtout certaine de ses forces guerrières, cette sélection attend de prendre part à un Mondial depuis 1986. Il faut se méfier de l’animal affamé. À Petkovic d’opérer les bons choix pour ne pas tomber dans le piège.

Les cadres suisses attendus

Comparaison n’est pas raison, mais difficile d’éviter le tropisme. Cette équipe de Suisse est-elle la meilleure de tous les temps? Meilleure que celle de 1954, quart-de-finaliste du Mondial helvétique? Meilleure que celle de la World Cup 1994, cette formidable génération spontanée (Sutter, Bickel, Chapuisat, Sforza et Cie)? Meilleure que ceux qui se sont affranchis de tout sentiment d’infériorité au début des années 2000, les Vogel, Frei, Senderos, Müller, Yakin? Beaucoup répondent par l’affirmative, sans que cela ne soit vérifiable, bien sûr. Mais sur ce terrain, les cadres de la sélection actuelle sont attendus. Là, maintenant, pour ce barrage dangereux.

La théorie

Stephan Lichtsteiner, latéral droit de la Juventus, est un monstre. Granit Xhaka, meneur de jeu d’Arsenal, joueur suisse le plus cher de l’histoire, sait tout faire. Ricardo Rodriguez, nouveau titulaire de l’AC Milan, mange à lui seul le couloir gauche. Xherdan Shaqiri, c’est le créatif né, celui qui peut faire basculer une rencontre sur une inspiration insaisissable. C’est simple, tout le monde nous l’envie. Que pourraient bien redouter ces joueurs-là face à ces modestes Nord-Irlandais?

La pratique

Lichtsteiner s’y entend pour déborder, centrer parfaitement, voire marquer avec la Juve. Avec la Suisse? On attend autre chose qu’une pichenette désastreuse en fin de prolongation contre l’Argentine, avec les conséquences que l’on sait, en 8e de finale de la dernière Coupe du monde. Xhaka est sans doute le surdoué de la classe, mais où est-il dans les moments chauds, quand sa science du jeu doit apaiser toute la troupe? À Lisbonne, il y a un mois, il a été brillant jusqu’au malheureux autobut. Il a disparu ensuite. Rodriguez est fort. Très fort. Mais il est en délicatesse avec un mollet et à la veille d’un combat physique, c’est fragilisant. Shaqiri? C’est vrai, il peut être génial, il peut placer un ciseau ahurissant contre la Pologne lors de l’Euro 2016 avant d’offrir la balle de la victoire à un Eren Derdiyok qui allait la manquer. Mais la Suisse attend surtout de lui plus de régularité dans ses gestes de classe. Il peut être décisif? Il doit l’être plus souvent.

Cette Suisse est peut-être la meilleure de l’histoire, sans doute même. Mais ses cadres doivent en faire la démonstration. Dans la délicatesse d’un passement de jambes comme dans l’âpreté du duel physique qui les attend à Belfast.

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Ce qu’il faut savoir de cette équipe d’Irlande du Nord

Non, l’Irlande du Nord n’a rien d’un épouvantail, mais la Suisse sait bien qu’elle ne peut pas se permettre de la prendre à la légère. Ni ce jeudi soir ni dimanche, d’ailleurs, tant, grâce à leur «fighting spirit», les protégés de Michael O’Neill seront menaçants jusqu’au bout. En attendant le coup d’envoi, voici cinq des nombreuses choses qu’il faut savoir d’eux. En espérant ne pas avoir à répéter l’exercice dans six mois pour la Coupe du monde 2018…

Battue trois fois en cinq ans

Depuis 2012, l’Irlande du Nord n’a concédé que trois défaites à domicile, dont deux face à de grosses équipes. Ses bourreaux ont en effet été l’Allemagne, le Portugal et, si l’on remonte au mois de septembre 2013, Israël. Dans leur antre de Windsor Park, où un peu plus de 18 000 personnes peuvent prendre place, Kyle Lafferty et ses potes sont redoutables. «Ils sont très forts à domicile, nous confiait François Moubandje au sortir du tirage au sort. Leur bloc est solide, la cohésion est forte. Et ils savent produire du jeu quand il le faut!»

#GAWA

Telles sont les initiales de cette sélection, largement utilisées sur les réseaux sociaux. Cela ne signifie rien de moins que «Green And White Army», en référence aux couleurs du maillot de l’équipe nord-irlandaise, dont les fans s’étaient joliment fait entendre durant l’Euro 2016, permettant aux tribunes et aux rues françaises de vivre une ambiance telle qu’elles n’en avaient jamais connu.

Quatre grandes compétitions

Bien qu’elle ait disputé son premier match le 18 février 1882, l’Irlande du Nord ne s’est que rarement invitée dans les grands raouts internationaux. Depuis 1930, elle n’a disputé que trois Coupes du monde et un championnat d’Europe. Sa plus grande réussite fut d’avoir atteint les quarts de finale du Mondial 1958. Elle fut ensuite présente au deuxième tour en 1982, puis éliminée d’emblée quatre ans plus tard. À l’Euro, les Nord-Irlandais ont atteint les 8es de finale l’an passé.

Un seul mercenaire

Parmi les 27 joueurs retenus pour affronter la Suisse, un seul d’entre eux gagne sa «croûte» en dehors de Grande-Bretagne; le demi offensif Niall McGinn, 30 ans, évolue en effet à Gwangju, en Corée du Sud. Ses partenaires de sélection sont pour leur part disséminés entre le championnat national, la Premier League, la Scottish Premiership ainsi qu’entre les ligues inférieures anglaises et écossaises.

Trois noms à suivre

Si l’Irlande du Nord fait souvent la différence de par sa force collective, elle s’appuie aussi sur trois leaders, de vraies locomotives dans le jeu comme dans le vestiaire. On veut parler du défenseur Jonny Evans (West Bromwich Albion), lequel a été formé à Manchester United, avec qui il a remporté trois titres de champion d’Angleterre, du milieu de terrain et capitaine Steve Davis (ex-Glasgow Rangers, désormais à Southampton) et de l’attaquant Kyle Lafferty (Heart of Midlothian), que l’on connaît bien ici puisqu’il avait passé une saison entière au FC Sion entre 2012 et 2013. Arnaud Cerutti

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