Les Suisses ont encore une occasion de grandir

FootballTrois mois après l’élimination face à la Suède, la Nati peut montrer qu’elle a tiré les leçons de cet échec.

Le stade du Roi-Baudoin peut être le lieu de la rédemption pour Vladimir Petkovic et ses joueurs. Battre la Belgique ce soir à Bruxelles serait un exploit.

Le stade du Roi-Baudoin peut être le lieu de la rédemption pour Vladimir Petkovic et ses joueurs. Battre la Belgique ce soir à Bruxelles serait un exploit. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Et tout d’un coup, derrière les grilles en fer rouillé, voilà le Heysel. Un vétéran reconnaît les lieux. Il n’y est pas venu depuis 1985 et cette finale tristement célèbre entre Liverpool et la Juventus. Il se rappelle l’odeur du sang, les corps pressés contre les grilles. Sans même fermer les yeux, il revoit les 39 morts, il se rappelle chaque détail. «Ils étaient là dans le stade, derrière ce but. Et Michel Platini a marqué son penalty juste là. Il n’y avait pas faute sur Zbigniew Boniek. Mais l’arbitre devait siffler, la Juventus ne devait pas perdre ce match…» Trente-trois ans après, les souvenirs sont encore vivaces. Le Heysel s’appelle officiellement aujourd’hui stade Roi-Baudoin et c’est là que l’équipe de Suisse défiera la Belgique ce vendredi soir.

Si les fantômes du Heysel sont impossibles à chasser pour les habitants du quartier et pour les supporters de la Juventus, l’équipe de Suisse en a d’autres à combattre cet automne. Rien n’est comparable et on ne parle là que de football. Il faut donc relativiser: personne n’est mort à Saint-Pétersbourg le 4 juillet face à la Suède, mis à part, encore une fois, les rêves de quarts de finale de l’équipe de Suisse dans une grande compétition. À chaque fois depuis 1954, la Nati espère y arriver. Après la grande traversée du désert de 1966 à 1994, la troupe de Roy Hodgson a échoué en huitièmes de finale aux États-Unis, ce qui était déjà une victoire à l’époque.

La crise de l’été est passée

Mais depuis, les occasions se sont succédé, sans réussite. Le plus grand regret restera peut-être 2006 et ce match face à l’Ukraine lors duquel le funeste coaching de Köbi Kuhn et de Michel Pont a coûté très cher à une génération qui rêvait de gloire et qui n’aura réussi que l’exploit de sortir d’une séance de tirs au but sans en avoir marqué un seul.

Voilà donc l’équipe de Suisse une nouvelle fois confrontée à l’échec depuis ce huitième de finale sans idée face à la Suède. L’automne aurait pu très mal tourner avec la polémique puante des binationaux, née des propos scandaleux d’Alex Miescher, mais aussi la pseudo-éviction de Valon Behrami. Des crises potentielles qui n’ont eu aucun impact sur le sportif et l’ambiance dans le groupe, comme l’a prouvé le rassemblement de septembre et cette victoire écrasante face à l’Islande (6-0) et le bon match en Angleterre (défaite 1-0). La hiérarchie de l’effectif est en train de changer un peu: Granit Xhaka, qui sera capitaine à Bruxelles, et Xherdan Shaqiri, replacé au cœur du jeu, sont appelés à prendre davantage d’importance encore et ils connaissent leur mission: enfin faire franchir un palier à l’équipe de Suisse face aux gros.

Dans le passé récent, la Suisse a eu cinq jolis défis à affronter face à des cadors mondiaux. La vérité est qu’elle s’en est plutôt bien sortie. À l’automne 2016, le Portugal, tout frais champion d’Europe, est venu perdre 2-0 à Bâle. Vladimir Petkovic ne manque d’ailleurs pas une occasion de rappeler ce match lorsque lui est reprochée l’incapacité de son équipe à battre les meilleurs. Mais il est juste aussi de dire que la Seleçcão, sans Cristiano Ronaldo, avait la tête ailleurs et qu’elle a rappelé au retour qui était le patron de cette double confrontation. La Suisse n’a ainsi tout simplement pas existé à Lisbonne (défaite 2-0), se montrant timide, passive, en un mot: inoffensive.

Yann Sommer a la clé

Depuis, la Nati a accroché l’Espagne en amical juste avant la Coupe du monde (1-1). Et bien sûr, le Brésil de Neymar n’a pas su battre la bande à Valon Behrami à Rostov-sur-le-Don (1-1). Enfin, cinquième défi, largement perdu celui-là, cette triste élimination face à la Suède (0-1). Le bilan est donc mitigé et ce match en Belgique est une belle occasion d’enfin grandir. Même si la Ligue des nations est une nouvelle compétition, elle est officielle. Et la Belgique veut absolument la gagner, ce qu’a confirmé son sélectionneur, Roberto Martinez. Une victoire suisse ce vendredi soir serait une belle déflagration dans le ciel européen et une preuve que la génération Xhaka-Shaqiri est la bonne pour espérer briser cette malédiction des huitièmes.

«On n’a pas peur d’être ici», a d’ailleurs tonné le milieu de terrain d’Arsenal. Yann Sommer, lui, a dévoilé ce qui manquait à la Suisse pour faire la différence dans ces grands matches: «Mieux gérer les diverses phases de la rencontre. Des fois, tu dois accepter de subir sans prendre de but. Après, tu peux avoir la possession, tu peux contrôler le jeu. C’est ça, jouer contre les gros. Et puis, bien sûr, gagner les duels. On parle des détails, mais c’est exactement ça: quand un match est serré, tu peux gagner ou perdre sur un duel à mi-terrain.»

(24 heures)

Créé: 11.10.2018, 22h27

L'avant-match

La Suisse à trois ou à quatre?
Comme toujours, Vladimir Petkovic n’a rien dit en conférence de presse jeudi. «Si on va jouer à trois ou à quatre derrière? Je vais décider après le dernier entraînement», a bluffé le Mister. Dans le premier cas, Nico Elvedi, très en forme en club, serait associé à Fabian Schär et Manuel Akanji, les deux titulaires habituels.

Une belle confiance en lui
Eden Hazard a fait le show vendredi: «Si je suis le meilleur joueur du monde en ce moment? Oui.» L’attaquant belge est en pleine forme et il sait quel est l’objectif à court terme des Diables Rouges: «On veut gagner la Ligue des nations. Ce n’est pas le plus beau trophée à soulever, mais c’est un objectif et c’est une belle manière de préparer l’Euro 2020.»

Les équipes probables

Belgique:
Courtois; Alderweireld, Kompany, Vermaelen; Meunier, Witsel, Tielemans, Chadli; Mertens, Lukaku, Hazard. Sélectionneur: Martinez

Suisse:
Sommer; Lang, Schär, Akanji, Rodriguez; Zakaria, Xhaka; Fernandes, Shaqiri, Zuber; Seferovic. Sélectionneur: Petkovic

Articles en relation

La rentrée de l’équipe de Suisse a bien sonné la fin d’une époque

Football La sélection de Petkovic avait besoin d’un renouveau après le Mondial et son été pourri. Elle l’a opéré en douceur, ou presque. Plus...

«Je le prends comme une épreuve pour grandir»

Football Denis Zakaria n’a commencé que trois matches sur sept en Bundesliga cette saison. Une situation nouvelle pour l’international. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.