Pour Tadesse Abraham, le record n’a pas d’âge

MarathonRécent vainqueur de Morat-Fribourg, le Genevois s’attaquera en janvier aux 2 h 05’11’’ de la star anglaise Mo Farah. Sans changer son plan d’action.

Tadesse Abraham (36 ans) estime que le meilleur est à venir. En janvier, il visera le record d’Europe.

Tadesse Abraham (36 ans) estime que le meilleur est à venir. En janvier, il visera le record d’Europe. Image: Georges Cabrera

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Ses vacances à Chypre sont déjà loin. La plage est oubliée, la page est tournée. Vice-champion d’Europe de marathon cet été à Berlin, Tadesse Abraham a retrouvé le tourbillon de la course et son quotidien laborieux. Sa passion est son gagne-pain. Entre un succès de prestige à Morat-Fribourg et un prochain engagement promotionnel en Espagne, le Genevois d’adoption met du bonheur dans son palmarès et du beurre dans les épinards.

Mais pour lui, le meilleur est encore à venir, car à 36 ans, «Tade» ne se sent pas vieillir. En janvier prochain, sur le billard de Dubaï, il compte bien battre le record d’Europe. Seul hic, il ne s’attaque pas à du toc! En remportant dimanche le marathon de Chicago et en s’appropriant la marque en 2 h 05’ 11’’, Mo Farah lui a compliqué la vie. «Cela ne change rien à l’affaire, rétorque-t-il. Il faudra juste courir encore un peu plus vite…» Ce record lui trotte dans la tête depuis plus de deux ans déjà. Le recordman suisse (2 h 06’ 40’’) est persuadé de l’avoir dans les jambes. Selon ses plans, c’est à Londres, au printemps 2017, qu’il aurait dû s’y attaquer. À l’époque, il était détenu par le Portugais Antonio Pinto en 2 h 06’ 36’’. L’exploit était largement à sa portée. Las, trop d’acharnement à l’entraînement et une fracture de fatigue au sacrum ont eu raison de ses espoirs. Il lui a fallu ronger son frein, retrouver la forme. Depuis, il attend son heure. Tadesse Abraham est redevenu un homme pressé.

L’heure a sonné. Vous sentez-vous prêt à relever ce défi?

Oui, les Européens de Berlin et ma médaille d’argent ont validé le projet que j’avais établi en début d’année. C’était un test grandeur nature. Mon abandon au marathon du lac Biwa n’aura été qu’un accident de parcours, un problème respiratoire sans conséquence. Physiquement et mentalement, tout va bien. Dix jours de vacances en famille m’ont permis d’évacuer le stress et la fatigue. J’ai juste couru quelques minutes sur un tapis de fitness. Une envie vite passée.

À Berlin, vous avez subi la loi d’un Belge aussi inattendu qu’irrésistible. Avez-vous des regrets?

Non, je suis très fier de ma médaille d’argent. Elle est en bonne place dans mon palmarès. En fait, je suis tombé sur meilleur que moi. Ce jour-là, Koen Naert a peut-être fait la course de sa vie. Tactiquement, j’ai bien couru. J’étais le favori et j’ai assumé mon rôle en menant longtemps l’épreuve. Quand le Belge a démarré, j’ai vite compris que je n’avais aucun intérêt, et surtout pas la force, de le suivre. L’expérience est de bon conseil.

Que vous a rapporté cette médaille?

Rien, sinon de nombreux messages de félicitations et beaucoup d’énergie positive. Paradoxalement, je viens de perdre mon principal sponsor (ndlr: Ochsner). La nouvelle direction, qui a semble-t-il d’autres priorités, a décidé de ne pas renouveler mon contrat à la fin de l’année. Sur le moment, cela m’a fait un choc. C’est un important manque à gagner. Je suis sur la piste d’un autre partenariat. Qui sait, c’est peut-être un mal pour un bien.

L’autre mauvaise nouvelle, c’est le record de Mo Farah. Désormais, vous ne courez plus après les 2 h 05’ 48’’ du Norvégien Sondre Nordstad Moen. Un coup dur?

Non, je m’y attendais un peu, mais peut-être pas à Chicago, où les lièvres n’étaient plus les bienvenus. En les réintroduisant, les organisateurs ont favorisé les ambitions du coureur anglais. Ma foi, c’est le sport. À Dubaï, je devrais améliorer mon record national de 1’ 30’’. Courir deux secondes plus vite par kilomètre, c’est possible. J’ai le potentiel. Non, rien ne m’arrêtera dans mon élan.

Pourquoi Dubaï, aussi tôt (25 janvier) dans l’année?

J’aurais pu retourner à Tokyo et toucher une belle prime d’engagement, ce qui ne sera pas le cas à Dubaï, où les organisateurs n’offrent que l’hébergement et le dossard. Mais j’ai privilégié les conditions de course, idéales selon moi. C’est une forme d’investissement, je paierai moi-même mon propre lièvre. Là-bas, il n’y a pas de vent, la température est clémente, le parcours est entièrement plat et il ne comporte que six virages. Cette année, les six premiers ont terminé sous les 2 h 04’. Et si d’aventure j’échoue, j’aurai la possibilité de me retourner en avril. Mais je ne préfère pas envisager une telle issue.

En retournant vous préparer trois mois sur les hauteurs d’Addis-Abeba, vous mettez tous les atouts de votre côté.

J’y ai mes habitudes. Encore une fois, je vais retrouver mon coach Gemedu et son groupe d’entraînement, dont plusieurs membres seront aussi en course à Dubaï. Le talent et l’union font la force. En fait, je ne reviendrai que trois jours à Genève, pour disputer la Course de l’Escalade, le 2 décembre.

Par obligation?

Non, parce que j’ai envie, parce que cette course me tient à cœur, parce que l’idée d’y retrouver Julien Wanders me botte. L’an passé, mon état de santé ne m’avait pas permis de rivaliser avec lui, mais sa victoire m’avait fait plaisir. Personne ne m’oblige à venir, sinon ma femme! Je ne peux pas lui refuser ça, elle fait tant de sacrifices pour moi.

Après Dubaï, il y aura les Mondiaux de Doha en octobre, puis le bouquet final un an plus tard aux JO de Tokyo. Vous arrivez en fin de carrière?

Non, non, le plan n’est pas arrêté. Doha, c’est une possibilité, Tokyo une évidence, mais rien ne dit que ce sera le bout de la route. Bien plus que mon âge, c’est le chrono qui décidera. Je voulais m’attaquer au record d’Europe à 34 ans, je vais le faire à 36 ans. Entre-temps, je n’ai pas l’impression d’avoir vieilli. En fait, j’ai encore bien assez de temps pour penser à mon avenir de coureur! De toute manière, je n’arrêterai jamais de courir, c’est toute ma vie. (24 heures)

Créé: 10.10.2018, 08h15

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