Des tireurs de sable aux tireurs de penalties

La FontenetteAu bord de l’Arve, les artistes du ballon rond ont pris la place de rudes travailleurs.

L’international Frankie Sechehaye, ici avec la Coupe de Suisse, a joué à Carouge, avant de partir à Paris, puis d’évoluer au Servette FC et de finir sa carrière au Lausanne-Sports.

L’international Frankie Sechehaye, ici avec la Coupe de Suisse, a joué à Carouge, avant de partir à Paris, puis d’évoluer au Servette FC et de finir sa carrière au Lausanne-Sports. Image: ASL

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Les footballeurs, on s’en doute, n’ont pas toujours régné en maîtres sur les bords de l’Arve. Bien avant les artistes de la génération dorée, tels Germinal Losio, Frankie Séchehaye et Trello Abbeglen, ou plus près de nous celle des «mômes» de Monsieur Paul (Paul Garbani) qui fêtèrent l’ascension en Ligue nationale A en 1977, de rudes travailleurs ont sué sang et eau le long de la rivière transfrontalière. On les appelait les tireurs de sable.

En 1974, la Commune leur a dédié une ruelle reliant le pont de la Fontenette à l’entrée du stade, le bien nommé passage des Tireurs-de-Sable. Ces hommes, unis au sein d’une corporation, trimèrent comme des bœufs – le mot n’est pas trop fort – dès le XIXe siècle et jusqu’à l’entre-deux-guerres. Une exploitation cantonale avait été octroyée à plusieurs entreprises pour valoriser le sable mouillé des berges, afin de l’utiliser sur les nombreux chantiers genevois. Un travail rendu particulièrement pénible par les charges transportées et les conditions climatiques difficiles.

Ces durs au mal, souvent des habitants de la Cité sarde, puisaient le sable limoneux à la pelle, le chargeaient d’abord dans de lourdes brouettes, puis une seconde fois, après l’avoir acheminé à destination, dans des chars attelés à proximité. La double peine, en quelque sorte. Un travail assuré par des «hommes robustes, à la faconde généreuse, volontiers hâbleurs [qui] ont animé nos établissements publics et créé autour de leur activité un réseau de souvenirs qui appartient à la petite histoire de Carouge», écrit Raymond Zanone dans son guide historique sur l’origine des noms de rue à Carouge (voir note en fin de texte). Leur pensum prit fin avec l’arrivée d’installations mécaniques. Le dernier tireur de sable, un dénommé Jean Roullet, mourut au milieu du siècle passé, selon les archives du journal Le Carougeois, qui rendit hommage à cette corporation dans son numéro de fin janvier 1950.

A cette époque-là, le FC Etoile Carouge était en disgrâce, nous apprend le site officiel du club, www.ecfc.ch. En effet, de 1935 à 1955, l’Association suisse de football l’avait radié de ses listes parce qu’il n’avait pas versé son écot à l’instance nationale. Pourtant, il ne s’en fallait que de quelques centaines de francs!

Le Stade de la Fontenette, lui, existait déjà quand les derniers tireurs de sable s’époumonaient sur les berges avoisinantes, à quelques encablures des tireurs de penalties. Son nom, tiré du latin fontem (fontaine), rappelle qu’une source jaillissait près de là. Sa construction remonte à 1921. Les Carougeois n’ont cependant pas attendu cette enceinte pour encourager des joueurs de football locaux. Le premier club, un certain FBS Stadium, est fondé en 1889. Sur ses maillots apparaît déjà la fameuse étoile.

Le FC Carouge, lui, est affilié à l’Association cantonale genevoise de football quelques années plus tard, en 1904. C’est cette date qui a été retenue lorsqu’il s’est agi de fêter le centenaire du club… qui n’a pris son nom actuel qu’en 1922, à l’époque où le FC Carouge fusionne avec l’Etoile Sportive. Peu après, un magistral coup de tonnerre retentit sur Genève: le 5 octobre 1924, pour la première fois de leur histoire, les Stelliens battent le (déjà) grand Servette sur son propre terrain!


A lire

Archives du FC Etoile Carouge sur le site officiel du club www.ecfc.ch

«Carouge, origine du nom de ses rues», textes de Raymond Zanone et illustrations de Louis Cottier, 3e édition révisée en 2008. Editions Ville de Carouge

«Le Carougeois, un siècle de la vie carougeoise à travers ses journaux», textes de Paul Puhl, 1996. Editions Dumaret et Golay, tiré à 500 exemplaires. (24 heures)

Créé: 19.02.2017, 11h34

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