«Le titre mondial de 2006 n’a fait que cacher des problèmes qui existaient déjà»

FootballItaliens du LS, Andrea Maccoppi et Francesco Margiotta espèrent que leur pays saura tirer les bonnes leçons de ce cuisant échec.

Gigi Buffon est l’un des monuments sans lequel l’Italie devra repartir. Mais avant, il sera indispensable d’enfin opérer une refonte en profondeur de tout un sytème, selon Andrea Maccoppi et Francesco Margiotta, les deux Italiens du LS.

Gigi Buffon est l’un des monuments sans lequel l’Italie devra repartir. Mais avant, il sera indispensable d’enfin opérer une refonte en profondeur de tout un sytème, selon Andrea Maccoppi et Francesco Margiotta, les deux Italiens du LS. Image: AFP

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Le jour d’après est peut-être pire encore que les heures qui ont suivi le traumatisant dénouement du barrage contre la Suède. Privés de Coupe du monde pour la première fois depuis soixante ans, l’Italie et son indissociable Calcio auront besoin de temps pour se relever.

Mais pas seulement, si l’on en croit Andrea Maccoppi et Francesco Margiotta, les deux joueurs italiens du Lausanne-Sport. Très déçus, abattus même par l’élimination de cette Squadra azzurra qu’ils placent au-dessus de tout, les deux hommes analysent avec lucidité et perspicacité les raisons qui ont amené l’Italie à un tel désastre sportif.

Le match
«J’étais à San Siro mardi soir, commence Francesco Margiotta, et j’avoue que je l’ai mal vécu. Nous étions pourtant tous assez optimistes avant la rencontre. Mais plus les minutes passaient, plus on se disait qu’il nous manquait un petit quelque chose pour réussir à faire la différence. Même si j’ai l’impression qu’il y avait, de notre côté, plus de qualité sur le banc que sur le terrain, je reste convaincu qu’individuellement les joueurs alignés étaient supérieurs à leurs adversaires.»

«Moi j’ai suivi le match à la TV et je crois avoir encore plus souffert que Francesco, sourit Andrea Maccoppi. Cette issue est un véritable drame pour le pays. Il faudra du temps pour s’en remettre. C’est d’autant plus dommage qu’au niveau des clubs les choses se sont plutôt améliorées ces dernières années. Le retard sur les grands d’Europe est en train d’être peu à peu comblé.»

Une surprise, vraiment?
«Il faut être lucide et admettre que le football italien – et l’équipe nationale en particulier – a de gros problèmes depuis très longtemps, souligne le milieu du LS. La victoire de 2006 en Coupe du monde, obtenue grâce à une génération exceptionnelle, n’a fait que les cacher! Car il ne faut pas oublier que l’énorme scandale de Calciopoli avait précédé ce triomphe. La Juve avait alors été désignée comme principale responsable mais c’est tout le système qui était pourri. Malheureusement, tous les hauts responsables de notre football ont préféré se voiler la face plutôt que de commencer à opérer des changements en profondeur. Certaines personnes ont tenté de faire bouger les choses mais elles se sont vite retrouvées sur la touche.» Une analyse que partage Margiotta: «Il ne faut pas oublier que l’Italie n’a plus franchi le premier tour en Coupe du monde depuis 2006. Le choc de cet échec face à la Suède n’est donc pas forcément un hasard complet.»

Les remèdes
«L’Italie n’aurait pas de jeunes joueurs de qualité? C’est faux! s’insurge Margiotta. Le problème, c’est qu’ils n’ont pas, ou trop peu, de temps de jeu dans leurs clubs respectifs. Les grands clubs surtout estiment systématiquement qu’ils ne sont pas prêts et les envoient faire leurs armes au sein d’autres équipes. Souvent sans jamais ensuite leur accorder la moindre chance. Aux jeunes Italiens, ils préfèrent de jeunes étrangers qui ont eu l’occasion, eux, d’évoluer à un bon niveau dans leur pays. D’où une maturité plus développée. Et puis, l’acquisition de joueurs étrangers permet aussi de faire davantage d’affaires financières. Mais pour cela, il faut les valoriser, donc leur donner du temps de jeu.»

«Je ne peux que confirmer ce que dit Francesco, qui vit cette situation avec la Juve, continue Maccoppi. Mais la qualité de la formation doit aussi être améliorée chez nous.»

«Absolument! confirme l’attaquant lausannois. Dans les grands clubs, elle est très bonne, mais ailleurs, là où la plupart des jeunes apprennent les bases du foot, elle peut parfois être très insuffisante. Tant sur le plan des infrastructures, souvent indignes d’un pays comme le nôtre, qu’au niveau de la compétence des éducateurs. Mais voilà, pour avoir de bons entraîneurs pour nos jeunes, il est indispensable de bien les payer. Or, trop souvent, l’argent est utilisé à d’autres fins.»

L’avenir
«Dans le foot, les choses peuvent aller très vite, conclut Andrea Maccoppi. Mais pour que cela change vraiment, une refonte en profondeur est cette fois indispensable. En commençant par des dirigeants qui privilégient souvent leurs propres intérêts.» «Comme d’autres nations avant nous, il faut utiliser ce traumatisme pour repartir de zéro, soupire Margiotta. Car, pour nous tous, l’équipe nationale doit toujours être au-dessus de tout. Et surtout des clubs, ce qui n’est pas forcément le cas aujourd’hui.» (24 heures)

Créé: 14.11.2017, 21h41

«Ce sera «Forza la Suisse», mais ce n’est pas pareil»

L’agacement et la stupéfaction ne se sont pas arrêtés aux frontières de la Botte. En terres vaudoises aussi, l’importante communauté italienne vit mal cet échec historique. «Pour un pays comme l’Italie, grande nation du football, c’est un coup terrible, constate Michel Gerber, vice-président du FC Azzurri 90 Lausanne. Malgré tout, il faut être réaliste, hormis la Juventus aucun club italien n’obtient des résultats au niveau européen. Le football transalpin n’a plus d’identité, plus de formation performante.»
Au lendemain de ce revers, c’est presque le fatalisme qui domine dans les propos des tifosis. «Ce n’est pas lundi qu’il fallait se bouger mais pendant les qualifications et au match aller, critique Sergio Tarsi, président du Cercle italien de Payerne. Il y a eu un manque d’âme pendant trop longtemps, au moins ça va remettre la locomotive sur les rails.» Sans surprise, le sélectionneur et les attaquants sont pointés du doigt. «Cent huitante minutes sans pouvoir marquer un but à la Suède, il y a de quoi rester bouche bée», ironise Italo Fontana, secrétaire de la Colonia Italiana de Montreux.

Souvent binationaux, les fans transalpins admettent qu’ils suivront quand même avec attention la grand-messe de l’été. «Je supporterai la Suisse avec les tripes. Ça ne change rien, je l’aurais fait de toute façon car ce sont mes deux pays», souligne Gilberto Di Tullio, président de l’ACS Azzurri Riviera. D’autres semblent moins passionnés. «Ça fait cinquante ans que je vis ici, alors ce sera «Forza la Suisse», mais c’est pas la même chose», admet Nicola Iamartino de la Casa d’Italia de Montreux. «Je vais me rabattre sur la Nati mais il va falloir s’améliorer sinon ça va durer trois matches», prévient Michel Gerber. Tous nostalgiques de l’époque où la Squadra azzurra pouvait piocher ses talents dans les clubs du Calcio, les supporters évoquent un «déclassement du football italien». «Je vais écrire à la fédération pour leur parler du manque à gagner de mon établissement, plaisante (presque) Nicola Iamartino. Il n’y a plus de grands matches, les gens se retrouvent uniquement pour voir Ferrari et la Formule 1.»

Romaric Haddou

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