Avec United 2026, les États-Unis veulent corriger l’histoire à Moscou

FootballLa première Coupe du monde à 48 équipes sera attribuée ce mercredi par la FIFA. Un choix pas anodin.

Le Congrès de la FIFA désignera ce mercredi l’organisateur de la Coupe du monde 2026.

Le Congrès de la FIFA désignera ce mercredi l’organisateur de la Coupe du monde 2026. Image: KEYSTONE

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C’est à deux pas du Bolchoï qu’ils sont venus donner leurs dernières représentations. Tendus, les deux candidats à l’organisation de la Coupe du monde 2026 se sont croisés dans les escaliers de marbre de l’Hôtel Metropol. La candidature nord-américaine, qui réunit les États-Unis, le Canada et le Mexique, a ouvert les feux devant les représentants de l’UEFA, la dernière des six confédérations à siéger avant le 68e Congrès de la FIFA. Le Maroc a suivi, bien décidé à jouer son dernier va-tout.

Ce mercredi après-midi, les 207 délégués votants vont donc désigner l’organisateur du premier Mondial à 48 équipes. Mais depuis janvier, la campagne sent le soufre. Le Maroc, invité surprise dans cette course, cultive l’attitude du «brimé» que l’on cherche à éliminer par tous les moyens, y compris administratifs. United 2026, par contre, avance sans douter, sûr de l’effet produit par les chiffres hallucinants en termes de recettes. C’est un peu l’exubérance maghrébine contre la World Company.

Décrédibiliser les chiffres

À J moins 1, les postures n’ont pas changé, bien au contraire. «Malgré tout ce qui s’est passé, nous sommes toujours confiants», répète-t-on du côté marocain, entre deux SMS bien ciblés. Et pourtant, à Moscou, tout ne tourne pas aussi rond que les Nord-Africains le souhaiteraient. Lundi, la CONMEBOL, confédération d’Amérique du Sud, leur a refusé la parole, alors qu’United 2026 était accueilli à bras ouverts. Et mardi, c’est son ambassadeur de choc, Lothar Matthäus, ancien capitaine emblématique de l’équipe d’Allemagne, qui a fait faux bond sans un mot d’excuse. Son cachet, il l’avait pourtant reçu pour ce rendez-vous de l’Hôtel Metropol, où son aura devait convaincre les délégués européens. C’est Roberto Carlos, ex-star du Brésil, privé de parole la veille devant ses compatriotes, qui s’est chargé de le remplacer au pied levé.

Contrariés, mais pas coulés, les Marocains. Agressifs du ministre des Affaires étrangères au directeur de la candidature, ils ont martelé l’exagération des chiffres américains. Puis, ils ont promis de «travailler toute la nuit et jusqu’à la dernière minute», car «dans un vote à la FIFA, tout est toujours possible». D’ailleurs, les pronostics sont ouverts,

le président de l’Association suisse de football (ASF), Peter Gilliéron, s’attend à un «vote serré». Et lui, que votera-t-il? «Je le dirai après le scrutin, avec des explications.» Une première un peu contrainte, pour le patron du football suisse, qui jusqu’à présent taisait ses positions. En effet, pour la première fois, les votes seront électroniques et la po­sition de chaque association sera connue. Fini, les promesses dans le dos. Les présidents devront assumer, voire s’expliquer. «Cela va mettre beaucoup de pression», estime un membre du conseil, qui se réjouit de la fin du double jeu qui consistait à manger à tous les râteliers.

United 2026 devant

Au moins 104 votes seront nécessaires pour l’emporter. Une course dans laquelle United 2026 a une longueur d’avance. Mardi, les Nord-Américains affichaient 27 voix (+19 promesses) contre 20 voix (+9 promesses) pour le Maroc. Si le continent américain a déjà fait son choix, l’Afrique penche en majorité pour le Maroc, l’Europe est partagée et l’Asie se tourne plutôt vers les États-Unis. Même les pays arabes ne voteront pas tous pour le Maroc. Pour des questions de lignées religieuses, mais aussi parce que l’Arabie saoudite, très influente depuis peu, a décidé de caresser le pays de Donald Trump dans le sens du poil. Cela dit, comme le vote blanc est permis, il est aussi possible qu’aucun des deux camps n’obtienne la majorité. Dans ce cas, la FIFA serait alors contrainte de repartir de zéro. Toutefois, le nouveau processus se déroulerait sans les deux recalés, exclus d’entrée. Un scénario parfois envisagé par les experts, sachant que la Chine, dans sa grande marche pour le foot, ne cacherait pas son intérêt.

En décembre 2010, à Zurich, Barack Obama, président américain de l’époque, avait, de rage, fracassé un miroir dans sa chambre d’hôtel après la désignation du Qatar, alors que le Mondial 2022 était promis à son pays. La double attribution d’alors – la Russie y avait obtenu la Coupe du monde qui débute jeudi – avait plongé la FIFA dans une tourmente sans égale, faite d’arrestations, de déchéances et de peines de prison, sous l’impulsion des enquêteurs du FBI. Aujourd’hui, c’est au cœur de Moscou (!) que les États-Unis veulent corriger l’histoire. Par contre, les conséquences d’un échec ne sont pas encore déterminées.

(24 heures)

Créé: 12.06.2018, 22h03

Les deux candidatures en bref

United 2026 (EU-Canada-Mexique)

Pour

11 milliards de dollars de recettes.

Un marché en pleine expansion.

Des stades terminés, ou presque.

Une note de 4,5/5 attribuée par la FIFA.

Contre

Un territoire gigantesque.

Un Mondial onéreux pour les fans.

Trois pays impliqués.

Le FBI, source des ennuis de la FIFA.


Maroc 2026

Pour

Une candidature compacte.

Des places à des prix raisonnables.

La proximité avec l’Europe.

Deuxième pays africain.

Contre

7 milliards de dollars de recettes.

Une candidature pas désirée.

Majorité de stades à construire.

Une note de 2,7/5 attribuée par la FIFA.

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