Le vestiaire, autrefois sacré et protégé, s’ouvre aux médias

Hockey sur glaceLa modernisation du hockey suisse se poursuit: quatre clubs ouvrent les portes de leur antre aux journalistes. Du bonus pour les fans?

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Lausanne, Lugano, Davos et Zoug ouvriront les portes de leur vestiaire après les matches de championnat cette saison, une démarche qui se calque sur ce qui se fait depuis des décennies dans le sport professionnel nord-américain. En d’autres termes, la barrière (souvent virtuelle) de la zone mixte est tombée et les journalistes ont désormais accès à l’espace de vie des athlètes, d’où ils pourront poser leurs questions durant dix minutes maximum avant que les portes ne se referment définitivement derrière eux.

Directeur sportif du Lausanne HC, Jan Alston évoque une «collaboration professionnelle» qu’il s’agissait de mettre sur pied. «Joueurs, entraîneurs, dirigeants, journalistes, on est tous des acteurs du hockey suisse, souligne-t-il. Après les matches, les joueurs ont des besoins – comme les soins ou les massages – et les journalistes ont les leurs, en l’occurrence pouvoir réaliser des interviews. En ouvrant les vestiaires pendant dix minutes, on satisfait tout le monde.»

Ouverture et transparence

Du côté de Lugano, un autre club pionner en la matière, «une volonté d’ouverture et de transparence» a motivé la décision d’accepter les médias dans le sanctuaire des joueurs. «Chez nous, on repart un peu de zéro et on cherche à reconstruire sur de bonnes bases, explique Jean-Jacques Aeschlimann, chief operating officer du club tessinois. Cela nous a semblé être un bon moyen de nous rapprocher des médias. Cette initiative a été très appréciée des journalistes.» Et les joueurs dans tout cela, ont-ils eu leur mot à dire? «En tout cas, je n’ai rien entendu de négatif de leur part. Comme cette pratique a cours en NHL, ça leur plaît forcément. Et puis, nous gardons quand même un œil sur ce qui se passe dans le vestiaire pendant ces dix minutes. Nous faisons en sorte que ce ne soit pas l’envahissement général.»

En réalité, l’initiative vient de Patrick Bloch, le nouveau CEO de la Fédération suisse de hockey (SIHF). Le Grison de 33 ans, qui a officiellement pris ses fonctions au 1er septembre, avait fait de l’ouverture des vestiaires son cheval de bataille dès l’annonce de sa nomination. Son ambitieuse vision? Offrir aux fans un regard inédit dans les coulisses via les reportages et interviews réalisés par les médias. «J’aimerais que le hockey suisse soit accessible, avait-il affirmé en mars, juste après sa nomination. Nous devons véhiculer une image sympathique. En tant que Fédération, nous devons faire en sorte que le hockey devienne le sport le plus apprécié du pays. Pour y parvenir, il faut créer une proximité.» Le nouveau CEO de la SIHF a déjà été entendu par quatre des douze clubs de l’élite, dont le LHC.

Les autres ne semblent pas (encore?) prêts à faire le pas, à l’image de Fribourg-Gottéron. «Nous aurons une zone mixte entre les deux vestiaires la saison prochaine lorsque la rénovation de la patinoire sera terminée, et cela devrait suffire, précise Raphaël Berger, directeur général des Dragons. Personnellement, je ne vois pas trop ce que le fait d’ouvrir les vestiaires peut apporter de plus aux journalistes.»

Un lieu de vie

Cette volonté de copier à tout prix la NHL est-elle une bonne chose pour le hockey suisse? Le dirigeant de Gottéron n’en est pas convaincu: «Les choses sont bien différentes, rappelle Berger. En Suisse, les vestiaires sont un lieu de vie de tous les jours, puisque les entraînements ont lieu au même endroit que les matches. Aux États-Unis et au Canada, ce n’est pas le cas. Et je ne pense pas que le vestiaire de leur centre d’entraînement soit ouvert aux journalistes. On veut copier les choses, mais l’environnement n’est pas le même. Je doute que cela puisse avoir un vrai effet.»

Le va-et-vient de «visiteurs» dans le vestiaire des joueurs pourrait-il aussi poser des questions d’ordre sanitaire? Ces personnes vont se déplacer, rien que dans la soirée, du parking extérieur – ou de la gare – aux WC très fréquentés des patinoires en passant par les tribunes. Combien de bactéries atterriront ainsi sur le tapis du vestiaire? Selon une étude de l’Université d’Arizona, les semelles extérieures des chaussures en abritent plus de 420 000… Si l’ex international Jean-Jacques Aeschlimann, qui en connaît un rayon en matière de vestiaires de hockey avec plus de 1000 matches au compteur en Ligue nationale, préfère en sourire – «Je ne pense pas que l’on peut considérer un vestiaire de hockey comme étant un modèle d’hygiène» –, le docteur Tony Pirrello, spécialiste en médecine du sport et codirecteur médical à l’OFSPO de Macolin, en appelle au bon sens et à l’application des précautions habituelles en matière d’hygiène. D’autant plus que «la transmission de bactéries ou de virus est encore plus réelle après un match, lorsque le système immunitaire du sportif, en réaction au stress physique important subi, est moins efficace.»

Créé: 19.09.2019, 22h51

Aux Vernets, les «vautours» n’entrent pas

Si aux Vernets, la porte du bureau de Pat Emond et de son adjoint, Jan Cadieux, est toujours grande ouverte, rien n’a encore été décidé par rapport aux joueurs. Ce sont eux qui vont décider si les «vautours», comme certains anciens Grenat considèrent les journalistes, pourront franchir ou pas leur intimité. Il est arrivé par le passé qu’on permette exceptionnellement aux plumitifs de poser leurs questions dans ce fameux vestiaire, là où on partage ses humeurs. Mais l’expérience n’a pas été répétée, ce lieu était trop sacré pour y pénétrer. Le couloir avait même été fermé, sauf pour les amis sponsors de Hugh Quennec, Mike Gillis et Lorne Henning, qui bombaient le torse, une flûte de champagne à la main, lorsque Ge/Servette avait gagné.

Pour l’instant, donc, il n’est pas question de marcher sur le tapis grenat au milieu de leur deuxième maison. «Je sais, bien sûr, que cela se fait beaucoup en Amérique du Nord et peut-être que cela va venir bientôt chez nous, à Genève, mais il faut avant qu’on en discute sérieusement avec le staff et les joueurs», remarque un Pat Emond ni pour ni contre pour le moment. «Mais, précise-t-il, si cela devait se faire chez nous, les joueurs devront être conscients qu’ils devront répondre, peu importe si la soirée aura été bonne ou pas…»
Chef matériel du club genevois depuis 2002, Jimmy Omer a lui aussi de la peine à se positionner sur la question. «Est-ce un avantage pour les journalistes? Si oui, et que cela n’embête pas trop les joueurs, pourquoi pas? Encore faut-il que le vestiaire soit suffisamment grand. Mais si cela n’amène rien de plus aux médias et que cela dérange les joueurs, à quoi bon? Et puis, connaissant l’ambiance qui peut régner dans un vestiaire après une victoire, je ne vois pas comment le journaliste pourra bien faire son travail!» Surtout si la sono est à fond comme c’est le cas après chaque rencontre…

C.MA./R.TY

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