«Je veux m'investir dans la durée»

InterviewStar des plateaux de la SRF, Matthias Hüppi a quitté le petit écran pour se glisser dans le rôle de nouveau président du FC Saint-Gall.

Matthias Hüppi, ancienne star de la SRF

Matthias Hüppi, ancienne star de la SRF Image: Keystone

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Passé de l’autre côté du miroir, il explique le défi qui l’attend. Interview.

On est surpris de vous retrouver ici, derrière votre immense bureau présidentiel…

Celui que j’occupais à la télévision était beaucoup plus petit. Mais c’est aussi inattendu pour moi, rassurez-vous. C’est même l’une des choses les plus folles que j’ai jamais faites dans ma vie. Il y a deux mois, je n’y aurais même pas songé. J’ai toujours pensé que si quelque chose de nouveau se présentait, j’y réfléchirais. Peut-être voulais-je inconsciemment vivre quelque chose d’autre sans savoir quoi exactement.

Cela répond-il à un plan de carrière ou ce parachutage est-il purement instinctif?

Il n’est jamais facile de trouver le bon moment pour arrêter ce que l’on a fait avec plaisir pendant près de 40 ans. Quand l’occasion s’est présentée, tout s’est décidé en moins de 10 jours. J’ai plongé dans ce nouveau métier, différent et plus complexe que ce que j’imaginais. Saint-Gall sortant de plusieurs années compliquées, il y a beaucoup à faire, à refaire et à réparer. Il faut unir ce qui a été divisé.

Est-il plus aisé de commenter ou de diriger?

Mon ancien métier était plus facile... Pour moi, tout est nouveau. Parfois j’ai l’impression d’être déjà sous l’eau, les sollicitations étant aussi importantes que les attentes.

Drôle de trajectoire que la vôtre, non?

Absolument. Dans cette phase de ma vie, à 60 ans, je voulais relever un nouveau défi. Ce n’est pas la crise de la cinquantaine, elle est déjà passée! (Rires) Je veux m’investir dans la durée. Je ne viens pas ici pour repartir dans trois mois en disant: «J’ai essayé mais je n’ai pas réussi». Sans doute faudra-t-il du temps pour imprimer mes idées. Dans ce milieu où l’on agit souvent dans la précipitation, ce n’est pas ce que l’on fait normalement.

Ne plus vous voir dans le petit écran, ça fait quoi?

Je me suis bien assez vu! A l’antenne, je pense avoir montré à 100% le feu et l’enthousiasme qui m’habitaient. Mais quand un temps est passé, il est passé. Quand j’ai arrêté de commenter le ski avec Russi aux Mondiaux de Saint-Moritz en 2017, je n’ai pas été saisi de nostalgie. Quand je prends une décision, je suis convaincu que c’est la bonne.

Quitter les plateaux de SRF où vous étiez le journaliste vedette, c’est de l’inconscience ou du courage…

À la TV, je connaissais tout, je savais tout des règles du jeu. J’ai quitté une zone de sécurité pour vivre plus de risques. Pour épouser mon nouveau rôle, je dois aujourd’hui couper les ponts afin que les gens ne me considèrent plus comme un journaliste qui s’invite dans leurs salons. Ils vont découvrir un autre Matthias Hüppi.

Justement, quel type de président serez-vous?

Un type proche des gens. Je ne serai pas le président qui reste dans sa loge, coupé de la base. Je veux aller à la rencontre des fans, les comprendre. J’ai mon opinion, ils ont la leur mais on peut se retrouver quelque part sur le chemin qui nous rassemble.

Combien avez-vous investi pour vous retrouver dans ce fauteuil?

Rien, zéro franc. J’apporte autre chose que de l’argent. Dans l’équipe qui m’entoure, personne n’est là pour ça. J’entends être un personnage d’intégration. On est totalement indépendants des actionnaires, qui nous laissent faire. Je fonctionne comme un premier ministre avec son propre gouvernement.

Vous n’êtes donc ni propriétaire ni actionnaire comme peut l’être un Christian Constantin à Sion?

Je suis l’opposé de ça, l’anti-Constantin. Si vous mettez votre propre argent comme le fait Christian, vous perdez votre indépendance.

Depuis votre arrivée, vous n’avez pas chômé en faisant le ménage activement. Mais le fallait-il vraiment?

Oui, ne serait-ce que pour repartir d’une feuille blanche. On ne pouvait pas continuer à cacher ce qui n’allait pas. Trop de clans et pendant trop longtemps ont préféré œuvrer les uns contre les autres. Sans blâmer quiconque, je veux que cela change, au profit du peuple vert et blanc. Moi, ce qui se passe dans les coulisses, derrière la scène, je veux le mettre dans la lumière. C’est la suite de l’histoire qui m’intéresse, pas les chapitres précédents. Mais vouloir en inventer une nouvelle serait tout aussi prétentieux de ma part.

Votre première idée de reconstituer le «couple» que vous formiez avec Alain Sutter à l’écran est plutôt séduisante…

Elle m’a été soufflée par le conseil d’administration. Ce fut l’unanimité: 5-0, il n’y a pas eu de match entre nous cinq. Ce n’est pas le consultant que j’ai engagé, mais l’ancien footballeur pour tout ce qu’il pourra nous apporter en tant que directeur sportif. Mais si l’on devait perdre nos quatre premiers matches, je sais déjà ce qui va se passer. Il y aura des critiques et je devrais y répondre.

Existe-t-il un gène familial si l’on sait que votre frère Michael avait occupé votre place entre 2008 et 2010?

Peut-être… Quand j’ai commencé à lui en parler, il a été surpris. Mais s’il m’avait dit de ne pas y aller, j’aurais sans doute renoncé.

Passer des soirées de Ligue des champions à la Super League, c’est presque une relégation, non?

Pas pour moi. Installer le club parmi les cinq premiers, c’est le minimum. On ne peut pas concurrencer Bâle et YB mais on peut espérer s’en rapprocher. On pourra peut-être même les battre même si ce n’est pas normal.

En quoi votre vie a-t-elle changé?

Je suis plus sollicité. Si je le voulais, je pourrais aller dix fois par jour à la rencontre de privés ou d’entreprises qui m’invitent. Ici, en ville, cela n’a pas changé. Pour les gens que je croise, TV ou pas TV, je suis toujours Matthias.

À moyen terme, que voulez faire du FC Saint-Gall?

On doit apprendre à mieux vendre Saint-Gall que ce qui a été fait jusqu’à présent. On doit se projeter au-delà de la seule région que l’on représente, aller dans tout le pays.

En tant que guitariste, avez-vous toujours le temps de gratter votre basse?

De moins en moins, ce que me reprochent les autres membres de notre groupe de rock. Je pourrais aller accompagner Constantin. Mais lui fait du play-back!

(24 heures)

Créé: 26.01.2018, 16h12

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