Si vite encensés ou enterrés

FootballToute vérité est vite démentie. D’où la difficulté de poser un verdict pour les observateurs et de subir la critique pour les acteurs.

Olympique Lyonnais, la grande désillusion. Les gazettes françaises, en mal de suspense, s’empressent d’ériger Lyon en rival crédible du PSG.

Olympique Lyonnais, la grande désillusion. Les gazettes françaises, en mal de suspense, s’empressent d’ériger Lyon en rival crédible du PSG. Image: PHILIPPE DESMAZES/AFP

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C’est la synthèse du yoyo et de la girouette. Le phénomène, initié par les médias puis alimenté par le public, est à double tranchant. Un jour, on encense telle équipe pour sa formidable série de victoires; le lendemain ou presque (mettons après deux trois défaites), la critique condamne le même groupe pour ses affreuses lacunes. Quand l’immédiateté d’un jugement se heurte aux aléas d’une réalité non durable, quand les cancres deviennent étincelants ou vice et versa, on s’emballe ou on fustige (lire encadrés).

«Le monde médiatique, encore accéléré par les réseaux sociaux, débouche sur une course à l’information – ou la désinformation – qui dépasse la raison, estime Pablo Iglesias, directeur sportif d’un Lausanne-Sport génial voici quinze jours mais qui risque de redevenir médiocre après deux nuls. Un jour, tu es celui qui ne sait pas nager et le lendemain, tu marches sur l’eau. Ce grand écart permanent est assez dur à gérer.»

Même au cœur d’un match

Tout footballeur connaît ça. Les hauts qui enivrent et les bas qui blessent. «Quand je jouais pour le grand GC, on passait vite de rois du monde à zéros», confirme Alexandre Comisetti, ex-international. Le Vaudois se rappelle en particulier cette fin d’été 1996, après avoir disputé l’Euro avec la Suisse. «On avait du mal à se promener sans que des gens nous félicitent, raconte-t-il. Et deux mois plus tard, après une défaite en Azerbaïdjan, le «Blick» nous qualifiait de traîtres à la nation. Peu après, on battait l’Ajax avec GC en Ligue des champions et on redevenait des héros.»

La bascule peut parfois frapper au cœur d’un même match. Alexandre Comisetti n’a pas oublié ce Suisse - Équateur au Mondial 2014, qu’il avait commenté pour la RTS: «On avait passé 80 minutes à s’ennuyer, puis critiquer, avant de s’emballer dans le final. Les médias sont là pour faire vivre le sport. C’est le rôle du journaliste de donner son opinion, tant que cela reste poli, quitte à reconnaître ensuite qu’il s’est trompé.» Reste que joueurs, techniciens et dirigeants n’acceptent pas tous cet intempestif va-et-vient avec la même bonhomie. «Au printemps 1999, quelques semaines avant de devenir champions avec Servette, nous avions été cloués au pilori parce que nous perdions des points et que notre jeu n’était pas folichon, se rappelle Eddy Barea. On nous avait enterrés trop tôt et après le dernier match, en direct à la télé, j’avais adressé un mot aux scribouillards de caniveau.»

Un effet dévastateur

L’ex-défenseur genevois en rigole, aujourd’hui. Mais pour les acteurs, ça n’est pas simple. «Bien plus que par les médias, les joueurs sont touchés par ce qui se dit sur les réseaux sociaux, témoigne Christian Constantin, président du FC Sion. Il y a beaucoup de susceptibilités d’autant plus qu’un footballeur, en général, se voit plus beau qu’il n’est.» «Ceux qui les écrivent oublient parfois à quel point une seule phrase peut avoir un effet dévastateur, note Christian Binggeli, président de Ne/Xamax, tantôt fêté, tantôt honni. J’ai le courage d’admettre que les articles les plus méchants m’ont déstabilisé. Pour les jeunes, c’est dur aussi.»

Au printemps dernier, le dirigeant neuchâtelois a vécu un contraste fou lors d’un barrage de promotion-relégation qui paraissait perdu (défaite 0-4 à la Maladière) avant de virer au miracle (victoire aux penalties à Aarau). «Le jeudi, j’étais en plein cauchemar, je subissais des agressions verbales. Et le dimanche, j’étais encensé par ceux qui me reprochaient de ne pas avoir lâché le club plus tôt.»

Foot, yoyo et girouettes. Comment s’en sortir, dans tout ça? «Il faut réussir à faire la part des choses, dit Stéphane Henchoz, qui a connu l’épisode xamaxien avant d’atterrir cet été sur le banc si particulier de Sion. Pour les gens, tu passes de zéro à héros en trois jours. Mais moi, je suis resté la même personne, juste un gars qui a essayé de faire le mieux possible.» «Ce qui me dérange le plus, c’est qu’on n’a plus le droit de lâcher les émotions, déplore Pablo Iglesias. Si tu gagnes, tu dois être le premier garde-fou contre l’euphorie. Et quand tu perds, tu te protèges, tu te replies parce que tu es là pour défendre une fonction, un club, une image.» Une image susceptible d’être piétinée au moindre faux pas; et qui remontera en flèche à la première embellie.

Créé: 10.10.2019, 10h09

Quand les cancres deviennent étincelants ou vice et versa, on s’emballe ou on fustige

Le FC Sion, des fantasmes et des fantômes:



Le 21 septembre, Sion alignait à Neuchâtel sa cinquième victoire consécutive en Super League (plus deux en Coupe). Alors l’idée s’est installée dans les têtes: et si les Valaisans étaient enfin taillés pour la course au titre? Le 25 septembre, c’était le début des problèmes avec cette défaite à Tourbillon contre Saint-Gall. Deux revers supplémentaires plus tard, dont un nouveau à domicile devant Lugano, on commence à se demander si Stéphane Henchoz est encore l’homme de la situation.
(Image: VALENTIN FLAURAUD/KEYSTONE)

Au LS, une flamboyance sujette à caution:



Le LS, meurtri par sa décevante saison passée, a entamé celle-ci pied au plancher: 19 points en huit matches, des buts à la pelle et, la plupart du temps, un spectacle séduisant. Bref, les Vaudois sont clairement sur les rails qui doivent mener à la Super League. Du moins y croyait-on dur avant que deux matches nuls, à Wil puis surtout face à Winterthour, ne viennent ternir le tableau. Lausanne est toujours en tête. Mais dans un ou deux faux pas, il sera redevenu moyen
(Image: JEAN-CHRISTOPHE BOTT/KEYSTONE)


Un Real Madrid à la dérive… et leader de Liga:



Il y a des clubs où chaque secousse vire vite au séisme. Le Real est de ceux-là. Alors quand l’équipe de Zinédine Zidane s’incline 3-0 pour son premier match de Ligue des champions, le 18 septembre à Paris, c’est déjà un signal d’alarme – d’autant que les Merengue viennent de concéder deux nuls contre Valladolid et Villarreal. «K.-O.», «Sans âme», «Écrasés». La presse espagnole dézingue les Madrilènes et leur coach. Deux semaines plus tard, le Real est en tête de la Liga
(Image: MUSTAFA YALCIN/AFP)

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