Passer au contenu principal

Occupation illicite à PullySquatters en sursis dans un quartier cossu

Depuis le mois d’août, un collectif occupe deux maisons qui doivent être démolies dans un parc arborisé. Saisie par le propriétaire, la justice somme les occupants de quitter les lieux.

Une villa et son annexe vouées à la démolition sont occupées par des squatters dans un quartier résidentiel de Pully.
Une villa et son annexe vouées à la démolition sont occupées par des squatters dans un quartier résidentiel de Pully.
Florian Cella

On y accède moyennant quelques contorsions, les lieux étant dorénavant protégés contre toute intrusion extérieure. Une fois la haie passée, la vision est sublime: un parc de 10’000 m² agrémenté de grands arbres en version «automne finissant», avec le lac et les Alpes à l’arrière-plan.

Dans cette oasis surannée située sur la commune de Pully et entourée d’imposantes villas et PPE, des squatters ont élu domicile au mois d’août. Discret jusqu’à présent, ce groupe nommé «Collectif bambou» s’est fendu d’un communiqué de presse ce début de semaine. Dans une décision rendue le 12 novembre, le Tribunal d’arrondissement de l’Est vaudois, saisi par le propriétaire, lui ordonne de quitter les lieux dans les 48 heures. Mais les occupants, qui ont pris conseil auprès d’une avocate, entendent contester cette décision.

Permis de démolir

Si le combat devant le tribunal n’est pas terminé, une intervention policière ne peut être exclue ces jours. Alors que certains squatters ont préféré filer plutôt que de se frotter aux forces de l’ordre, d’autres ont choisi de se barricader sur place pour défendre leur projet. Ils sont quatre, dont trois jeunes femmes, à nous accueillir ce lundi après-midi, dans la villa qu’ils occupent avec son annexe sur le chemin de Rennier. Fini le temps où la «presse bourgeoise» était reçue à coups d’œufs et de tomates pourries. Les squatteurs de la «Spyre», puisque c’est ainsi qu’ils ont rebaptisé le lieu, ont compris que notre époque est celle de la communication.

Propriété d’une société lausannoise spécialisée dans les opérations immobilières appelée Dune Capital, la parcelle sur laquelle ils se sont installés est incluse dans un projet de construction englobant l’ensemble du parc. Une imposante maison de maître protégée, surnommée le Castelet, sera préservée. Les bâtiments squattés doivent, eux, être démolis pour laisser la place à douze immeubles de trois étages chacun. Le propriétaire-promoteur est au bénéfice d’un permis de démolir, mais pas encore d’un permis de construire (lire ci-dessous).

Voisins solidaires

Dans le salon rempli de bougies, où les stores ont été baissés depuis les menaces d’expulsion, les occupants racontent leur projet de vie en communauté, sans rapports hiérarchiques et dans le respect de l’environnement. Depuis le mois d’août, expliquent-ils, ils ont multiplié les activités, des soirées lecture aux chantiers participatifs. «Beaucoup de voisins nous ont soutenus. Ils nous ont amené des meubles, certains nous laissent recharger nos batteries chez eux.»

Sur la tapisserie dorée du salon, des affiches anarchistes ont été placardées. «Ni dieu, ni maître, ni mari, ni patron», proclame l’une d’entre elles… On monte à l’étage, dans une succession de tapisseries disparates, façon maison anglaise. «Non mais regardez cette vue, lâche une jeune femme. Est-ce qu’elle ne devrait pas profiter à tout le monde?»

«C’est l’hiver et on est en pleine pandémie de Covid. Est-ce qu’on ne pourrait pas faire preuve d’un peu d’humanité?»

Une voisine directe du squat

Mus par des objectifs militants et politiques, les squatters assurent avoir accueilli en ces murs des personnes sans logement, qui sont à nouveau projetées dans la rue avec cette décision. Ils auraient aimé négocier avec le propriétaire un accord leur permettant d’occuper les lieux jusqu’au début des travaux, mais pas moyen, expliquent-ils. De l’autre côté de la rue, une voisine s’en émeut: «C’est l’hiver et on est en pleine pandémie de Covid. Est-ce qu’on ne pourrait pas faire preuve d’un peu d’humanité?»

Contacté, l’administrateur de Dune Capital, qui souhaite rester discret, ne commente pas «la procédure en cours», à la fois civile et pénale. Il souligne tout de même que les lieux sont «insalubres» et «dangereux», selon lui.

Municipal en charge de l’Urbanisme, Nicolas Leuba déplore l’action des squatters «par définition. Je regrette que le propriétaire n’ait pas actionné son permis de démolir plus tôt. Mais au vu des circonstances, il est vrai qu’un contrat de confiance aurait pu être envisagé.»


Les squatters souhaitaient occuper les lieux jusqu’aux travaux, mais le propriétaire-promoteur n’est pas entré en matière.

Les squatters souhaitaient occuper les lieux jusqu’aux travaux, mais le propriétaire-promoteur n’est pas entré en matière.
Florian Cella
Les squatters affirment occuper les lieux par militantisme, mais ils disent également avoir accueilli des personnes sans logement entre ces murs.
Les squatters affirment occuper les lieux par militantisme, mais ils disent également avoir accueilli des personnes sans logement entre ces murs.
Florian Cella/24Heures
Une voisine habitant face au squat s’émeut de la décision d’expulser les squatters: «C’est l’hiver et on est en pleine pandémie de Covid. Est-ce qu’on ne pourrait pas faire preuve d’un peu d’humanité?».
Une voisine habitant face au squat s’émeut de la décision d’expulser les squatters: «C’est l’hiver et on est en pleine pandémie de Covid. Est-ce qu’on ne pourrait pas faire preuve d’un peu d’humanité?».
Florian Cella/24Heures
1 / 8
11 commentaires
    DF

    Sortant de ce squat (locaux inoccupés depuis 2 ans), j'ai pu un peu discuter avec certains occupants: ils sont pleins d'idées généreuses, mais bien en avance sur nos temps politique et juridique, qui sont très lents. Il ne s'agit en aucun cas d'énergumènes, babacools inutiles, ni même profiteurs. Leur position est honnête, s'argumente clairement et espère justement faire avancer la planète vers du mieux.