Stupeur sur la RivieraMalgré ses lauriers, le Pont de Brent part en faillite
Les repreneurs de la mythique adresse l'avaient joliment modernisée, mais les dettes se sont accumulées. Fermeture immédiate.

«Quand on a dû annoncer le surendettement aux juges, cela a déjà été très dur moralement», explique Amandine Pivault au téléphone, la voix cassée. «Mais quand on a reçu la lettre du juge ce matin, ça a été l’horreur. Nous devions fermer immédiatement, sans délai. C’est d’une brutalité.»
La jeune femme avait repris avec son compagnon Antoine Gonnet la mythique adresse des hauts de Montreux il y a deux ans. Après Gérard Rabaey et ses trois étoiles, après Stéphane Décotterd, les deux Français ont remis beaucoup de modernité dans la vénérable maison.
«Avons-nous été trop ambitieux? La leçon a été dure, mais elle a été bien comprise.»
La cuisine contemporaine du jeune chef – passé par le 42 de Champéry après de grandes maisons – a séduit autant les clients que les critiques. Elle a été récompensée d’un 17/20 au Gault&Millau, qui a annoncé la nouvelle vendredi matin, et d’une étoile au Michelin. Le couple avait également rajeuni la décoration un peu vieillotte du restaurant, peignant eux-mêmes les vénérables boiseries de couleurs lumineuses, créant de leurs mains une terrasse qui manquait cruellement.
Deux cents couverts de moins
Mais voilà, les dettes se sont accumulées, «presque le prix d’une maison, explique la patronne. Surtout, cette année, nous faisions 200 couverts de moins par mois que l’an dernier. Ce n’était pas tenable en ne travaillant bien que deux jours dans la semaine. Peut-être que la curiosité s’est émoussée.» Les cinq cuisiniers et les deux personnes au service ont été avertis, avant que les clients soient tous contactés pour expliquer la situation.
«L’environnement économique actuel n’est sans doute pas propice à des indépendants qui se lancent dans la haute gastronomie. Peut-être que la météo a davantage poussé les gens sur les terrasses et le bord du lac. On se pose des questions pour essayer de comprendre, on avait mis tellement d’énergie ici. Peut-être que les dissensions qui ont précédé notre venue ont entaché la renommée de l’établissement, qu’on avait trop misé sur l’aura de la maison.»
Séparation douloureuse
Il est vrai que l’adresse avait fait pas mal de bruit dans les médias au moment où Stéphane Décotterd l’avait quittée pour monter à Glion, le désaccord avec Gérard Rabaey ayant été public.
Gérard Rabaey, toujours propriétaire des murs, avait élevé le Pont de Brent, qu’il avait racheté en 1980, aux plus hauts sommets de la gastronomie. Trois étoiles Michelin en 1998, 19 au Gault&Millau ont récompensé le parcours de ce perfectionniste. En 2010, atteint par la maladie, il passe la main à son second, Stéphane Décotterd. Ce dernier atteint les deux étoiles et un 18 au Gault&Millau à Brent, avant d’être séduit par l’École hôtelière de Glion, dont il reprend la table gastronomique en 2021, où il obtient 18 et une étoile Michelin.
Arrivés à l’été 2022, les deux jeunes patrons «essaient de relativiser»: «On se dit qu’on n’est pas les premiers, ni les derniers, dans cette situation. Et qu’on s’est vraiment battus, qu’on a fait tout ce qui était possible.»
Au moment de conclure, Amandine Pivault avoue qu’elle et Antoine Gonnet ont passé par tous les sentiments possibles, la colère, l’abattement, la tristesse. «Avons-nous été trop ambitieux? En tout cas, la leçon a été dure, mais elle a été bien comprise. Nous rebondirons.» C’est tout le bien qu’on leur souhaite. Quant à l’avenir du restaurant, il est trop tôt pour le connaître.
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