Votre navigateur est obsolète. Veuillez le mettre à jour avec la dernière version ou passer à un autre navigateur comme ChromeSafariFirefox ou Edge pour éviter les failles de sécurité et garantir les meilleures performances possibles.

Passer au contenu principal

Fossé politique entre les sexes
Les jeunes femmes n’aiment pas les hommes de droite

Des femmes manifestent pendant le grand cortege lors de la Greve feministe le mercredi 14 juin 2023 a Lausanne. (KEYSTONE/Jean-Christophe Bott)
Abonnez-vous dès maintenant et profitez de la fonction de lecture audio.
BotTalk

Dans le monde entier, les jeunes femmes s’orientent de plus en plus vers la gauche, tandis que leurs pairs masculins deviennent plus conservateurs. Un article retentissant paru dans le «Financial Times» le prouve, données à l’appui. La jeune génération serait gravement divisée, c’est ce qui se dessine depuis 2017.

Le fossé politique mondial entre les sexes

Que ce soit en Allemagne, en Grande-Bretagne ou en Pologne, aux États-Unis, en Corée du Sud, en Chine ou en Tunisie, un écart se creuse. Selon les statistiques du «Financial Times», les femmes de moins de 30 ans sont souvent plus à gauche lors des élections, dans les questions de justice sociale, de droits humains, dans leur ouverture à la communauté LGBTQ.

Il y a une dizaine d’années, 20% à 30% des jeunes se disaient de gauche, indépendamment de leur sexe. Juste après la Seconde Guerre mondiale, les femmes étaient même plus souvent de droite que les hommes dans de nombreux pays. Mais à partir de 1980, une plus grande proportion de femmes que d’hommes a voté lors de chaque élection présidentielle américaine, jouissant de leur légitimité démocratique. Elles ont également contribué de manière significative au changement social.

Cette évolution est illustrée par une étude récente du Survey Center on American Life: parmi les Américaines blanches de la génération Z (1997-2012), 46% se qualifient de «libérales», contre seulement 28% de leurs homologues masculins (mais 36% se considèrent comme «conservatrices»), chez les milléniaux (39% contre 34%) et pour la génération X (24% contre 23%), la différence entre les sexes étant beaucoup plus faible.

La tendance s’observe aussi en Suisse. Ainsi, en 2023, une étude de l’institut de sondage Sotomo commandée par la «NZZ am Sonntag» a donné des résultats similaires. Alors qu’en 2010 35% des femmes de moins de 30 ans se considéraient comme étant de gauche, elles sont aujourd’hui 52%. Chez les hommes du même âge, seul un tiers fait de même, mais une grande partie se situe plus à droite qu’auparavant, 29% en 2010, 43% aujourd’hui. Le fait qu’en Suisse 57% des femmes aient approuvé l’initiative populaire sur les entreprises responsables, contre seulement 43% des hommes, a été considéré par Sotomo comme un symptôme de ce phénomène global.

Les raisons de la tendance

L’explosion #MeToo de 2017 est souvent considérée comme le déclencheur. Selon les sondages, les jeunes femmes du monde entier parlent d’un véritable réveil de l’émancipation et de la solidarité entre femmes. La polarisation autour du droit à l’avortement dans différents pays a encore alimenté ce sentiment général. Les jeunes hommes se sentent en revanche de plus en plus déstabilisés, voire discriminés. Aux États-Unis, 57% des hommes de la génération Z affirment sans ambages ne pas être féministes, alors que 61% des femmes du même âge soutiennent la cause.

La triste ironie de cette vague émancipatrice est que les jeunes femmes se disent aujourd’hui plus insatisfaites de leur traitement et de l’égalité des droits par rapport à 2016: la perception des déséquilibres s’est visiblement aiguisée. Les opposants disent la situation malsaine. Le fait que les femmes de la génération Z souffrent davantage de problèmes psychiques que les générations précédentes de femmes est souvent considéré, notamment par les conservateurs, comme la conséquence d’un féminisme mal placé. S’enfermer dans le récit de la victimisation est préjudiciable.

Une autre explication du virage à gauche est le nombre croissant d’étudiantes dans les pays occidentaux. Les femmes s’immergent de plus en plus dans le monde universitaire – en particulier dans celui des sciences humaines, taxé de libérateur ou de contaminé par l’idéologie de gauche.

Quant à l’attitude plus conservatrice des jeunes hommes, elle est parfois mise en relation avec le fait qu’ils obtiennent en moyenne des diplômes moins élevés. En Suisse, parmi les 25-34 ans, une proportion nettement plus élevée de femmes (41%) que d’hommes (35%) a un diplôme universitaire ou d’une haute école spécialisée.

L’utilisation intensive des médias sociaux par de nombreux jeunes est également considérée comme une cause possible du fossé entre les sexes. À gauche comme à droite, l’algorithme attire les gens dans des bulles de plus en plus radicales et intolérantes.

Les conséquences sur le marché des relations

Les divisions croissantes au sein de la jeune génération s’accompagnent d’une réticence à s’engager avec des personnes qui ne pensent pas comme eux. Selon Change Research, pour 76% des jeunes Américaines, le pire «drapeau rouge», le signe d’alerte le plus alarmant, est lorsqu’un homme s’identifie comme un partisan de Trump.

Pour les hommes du même âge – 64% –, le pire repoussoir est le fait qu’une femme se présente comme communiste. Les positions politiques ne sont plus une question secondaire dans le choix du partenaire, mais un point crucial. C’est une question d’«identité». Cette tendance générale ne fait qu’accentuer le «fossé au sein des couples» qui existe de toute façon, car la plupart des femmes diplômées souhaitent un partenaire ayant le même niveau d’éducation.

En conséquence, selon une analyse du site d’information Axios, 71% des étudiants universitaires démocrates ne sortiraient en aucun cas avec quelqu’un ayant des opinions politiques opposées; cette position étant encore plus marquée chez les jeunes femmes que chez les jeunes hommes. Mais seuls 31% des étudiants républicains interrogés y voient un lien.

Dans le même temps, il n’y a pas qu’aux États-Unis que les mariages, les relations sérieuses et même les amitiés tendent à diminuer, le célibat à augmenter. En Suisse aussi, en 2022, le nombre annuel de mariages et de concubinages enregistrés a baissé par rapport à 2015. Le «Washington Post» annonce qu’en raison de l’écart important entre les jeunes hommes et les jeunes femmes le choix des partenaires sera difficile à l’avenir. «Quelqu’un devra faire des compromis», peut-on y lire, ne serait-ce que pour la fertilité et l’avenir pacifique du pays.

Ce commentaire a été vivement critiqué par des voix progressistes. Le magazine en ligne «Salon» a notamment riposté. «Notre culture sexiste est trop amoureuse des histoires de sacrifice des femmes pour accepter que les partisans de Trump ne fassent jamais l’amour.» Dans ce contexte, les milieux de droite tenteraient de manière ignoble de restreindre les droits des femmes et des minorités.

De leur côté, une partie des hommes conservateurs s’efforce haut et fort de pénétrer le marché, avec jusqu’ici un succès relatif, beaucoup de jérémiades publiques et de rhétorique misogyne. Le milliardaire tech national-conservateur germano-américain Peter Thiel a investi, et il n’est pas le seul, dans une application de rencontre pour conservateurs, The Right Stuff. Elle n’a toutefois pas vraiment décollé. L’application similaire Trump Singles n’existe plus. Même Righter a été un échec.

La chaîne conservatrice Fox News a consacré plus de temps d’antenne à convaincre des jeunes femmes parmi les fans de Trump de l’existence des «vrais hommes». Ce sont eux qui font tourner le pays: tous ces «paysans, soldats, ouvriers», s’exclamait l’élégante présentatrice. Au lieu de cela, les jeunes femmes pitoyables sortent avec des «mâles bêta» qui ne leur tiennent pas la porte, qui ne leur paient pas le restaurant, qui ne les protègent pas.

Une réconciliation des deux camps ne semble pas en vue pour le moment.