En 100 ans, 70% des ministres s’arrêtent en cours de mandat

Conseil fédéralUne étude se penche sur les démissions des membres du collège depuis 1919, et sur les conséquences au niveau politique.

Dernier conseiller fédéral à avoir démissionner, Didier Burkhalter (en haut à g.) n'a pas rompu avec la «tradition» de se retirer en cours de législature.

Dernier conseiller fédéral à avoir démissionner, Didier Burkhalter (en haut à g.) n'a pas rompu avec la «tradition» de se retirer en cours de législature. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Quand Johann Schneider-Ammann et Doris Leuthard démissionneront-ils? Si les deux conseillers fédéraux gardent bien au chaud leur secret, la probabilité est plutôt qu’ils se retirent en cours de législature, soit avant les élections fédérales de 2019. Ce n’est pas Madame Soleil qui le prédit, mais une analyse statistique.

Dans une étude publiée ce mercredi sur la plateforme DeFacto – projet qui réunit les instituts de sciences politiques du pays – des chercheurs ont comparé les démissions des membres du Conseil fédéral survenues depuis un siècle. Le résultat? Sept fois sur dix, les ministres ne vont pas au bout de leur mandat. L’étude montre aussi que ce phénomène existait déjà au début du siècle.

Cliquez sur l'infographie pour l'agrandir

Plus surprenant, l’analyse met en lumière un comportement différent selon les partis. «Les conseillers fédéraux PLR et PDC sont beaucoup plus nombreux à démissionner en cours de législature, précise Georg Lutz, politologue à l’Université de Lausanne. Le taux est de quatre sur cinq. Alors que le PS et l’UDC ont des proportions d’un sur deux.»

«Le bon moment»

Le libéral-radical Pascal Couchepin fait partie de ceux qui ont démissionné en cours de mandat. «Je venais de terminer une année de présidence. Nous avions bouclé le sauvetage d’UBS. Je sentais que c’était le bon moment pour partir. D’ailleurs personne n’a été étonné de ma décision.» Comment explique-t--il que les conseillers fédéraux du centre droit aillent moins souvent au terme de leur mandat? «Le PLR est un parti libéral qui donne une grande importance au choix de l’individu. Le PS a sans doute une vision plus disciplinaire qui fait que ses élus vont au bout de la législature.» Lui n’a informé son parti que la veille de son départ.

Cette analyse n’est pas partagée par Roger Nordmann, président du groupe socialiste. «Chaque situation est différente. Peut-être y a-t-il eu plus de démissions en cours de législature au PDC, car le parti a longtemps vécu dans la crainte de se faire prendre un siège par l’UDC. Mais j’ai surtout l’impression qu’il y a tellement d’éléments qui entrent en compte qu’il est impossible de trouver des explications systématiques.»

Ces démissions en cours de mandat ont toutefois des conséquences sur le fonctionnement des institutions. «Il y a des éléments positifs et négatifs, estime Georg Lutz. Le positif, est qu’elles assurent une certaine stabilité au système politique. Chaque grand parti est ainsi assuré d’avoir son représentant au Conseil fédéral. Le négatif, en revanche, c’est que cette situation lie les mains du parlement, alors qu’il a la charge de réélire tous les quatre ans le collège. C’est devenu un exercice purement protocolaire.» Volontairement, il exclut de sa réflexion les non-réélections de Ruth Metzler en 2003 et de Christoph Blocher en 2007. «C’est tellement rare que c’est presque aléatoire.»

Pour en finir avec ses «calculs politiques», les auteurs de l’étude plaident pour des démissions qui coïncident avec la fin de la législature. «La vacance de plusieurs sièges peut pousser les partis à réfléchir à des coalitions, explique Georg Lutz. Cela pourrait doper les élections puisqu’elles influenceraient directement la composition du gouvernement.» Et de rappeler que c’est grâce à une quadruple vacance en 1959 que la formule magique a vu le jour.

«Cette théorie n’est valable que jusqu’à un certain point, corrige Roger Nordmann. Le fait que les votes se déroulent les uns après les autres et à bulletins secrets rend tout cela très incertain. Au final, les possibilités de négocier sont restreintes. Si on veut une meilleure coordination politique entre parlement et gouvernement, il faudrait changer le système en une procédure qui donne une responsabilité collective.»

À cela s’ajoute que l’influence des partis sur leurs conseillers fédéraux est toute relative. Reprenant l’exemple de Doris Leuthard et Schneider-Ammann, Filippo Lombardi, président du groupe PDC, rappelle qu’il est très difficile de se coordonner afin de prévoir une date de départ commune.

«Des canards boiteux»

La décision de ces deux conseillers fédéraux d’annoncer leur retrait sans fixer de date précise constitue aussi un nouveau cas d’école. «Il faut voir si cela devient la norme», note Georg Lutz. Ce que ne souhaite pas Thomas Aeschi, chef du groupe UDC. «C’est devenu une mauvaise habitude qui fait des conseillers fédéraux des canards boiteux, puisque chacun se demande quand il s’en ira enfin.» Pascal Couchepin lui non plus ne comprend pas ce choix, qui les fragilise dans leur action. (24 heures)

Créé: 02.05.2018, 07h01

Articles en relation

Une voie royale s’ouvre pour les femmes PLR

Conseil fédéral Johann Schneider-Ammann ne se représentera pas en 2019. Le PLR à l’occasion unique de placer une femme au Gouvernement. Plus...

«J’ai ressenti le besoin de changer de vie»

Conseil fédéral Deux jours avant une réunion cruciale du Conseil fédéral sur le dossier européen, le chef du DFAE, le Neuchâtelois Didier Burkhalter, jette l’éponge. Stupeur. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Publié le 21 septembre 2018.
(Image: Valott) Plus...