Près de 170 000 Suisses boivent de l'eau contaminée aux pesticides

PollutionLes chimistes cantonaux ont analysé 300 échantillons d'eau potable dans tout le pays. Les normes légales sont dépassées dans plus de 4% des cas.

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L'eau potable consommée par quelque 170 000 personnes en Suisse ne respecte pas les normes légales en matière de résidus de pesticides. C'est ce que montre une analyse de près de 300 échantillons réalisée ce printemps par les chimistes cantonaux.

Au moment des prélèvements, près de 170'000 consommateurs «ont été alimentés avec de l'eau potable qui ne correspond pas au droit alimentaire actuel. Cela concerne environ 2,7% de la population suisse», écrit l'Association des chimistes cantonaux de Suisse dans son analyse.

Cette eau contaminée a surtout été consommée dans les zones de cultures agricoles ou de vergers, où les pesticides sont les plus utilisés. Les villes, les zones de montagne ou d'élevage et celles alimentées en eau potable par les lacs sont quasiment épargnées par les dépassements.

Risque cancérigène

Dans onze de leurs 296 échantillons, les laboratoires cantonaux ont détecté des teneurs supérieures aux normes légales pour un produit de dégradation du chlorothalonil. Ce fongicide multi-usage figure parmi les substances phytosanitaires les plus utilisées en Suisse, avec 45 tonnes sprayées dans les cultures en 2017.

Le chlorothalonil est devenu un problème aigu ce printemps, lorsque l'Union européenne a estimé que certains de ses résidus, appelés métabolites dans le jargon des chimistes, pouvaient présenter un risque cancérigène. Cela signifie que leur teneur maximale dans l'eau potable ne doit pas excéder 0,1 microgramme par litre, ou 0,1 millionième de gramme - une concentration infime, équivalant à peu près à un morceau de sucre dans le lac de Zurich.

On a trouvé de fortes teneurs en résidus de chlorothalonil près de cette station de captage des hauts de Lausanne.

Parmi les autres substances détectées à des taux supérieurs à 0,1 microgramme par litre figure un résidu de l'atrazine, herbicide interdit en Suisse depuis sept ans. On en a retrouvé dans l'un des 296 échantillons analysés, de même qu'un métabolite de l'herbicide métolachlor.

Dans 24 échantillons, les chimistes cantonaux ont détecté des résidus d'autres pesticides en teneurs supérieures à 0,1 microgramme. Il s'agit surtout des métabolites du chloridazon, un herbicide utilisé dans les champs de betteraves sucrières. Mais comme ces substances sont considérées comme moins problématiques pour la santé humaine, il n'existe pas de limite légale maximale concernant leur présence dans l'eau.

Message politique

Enfin, des traces de pesticides ont pu être détectées dans deux tiers des échantillons d'eau potable – jusqu'à 19 substances différentes dans un seul échantillon. Mais la plupart du temps, les concentrations étaient infinitésimales, «bien en dessous des valeurs maximales légales», souligne le rapport.

Conclusion des chimistes cantonaux: «La qualité de l'eau potable en Suisse est bonne, [mais] des améliorations régionales sont nécessaires», notamment en zone agricole, où les dépassements sont les plus fréquents.

Le problème est que les résidus de certains pesticides mettent des années à se dégrader et resteront décelables encore longtemps, même si la substance mère est interdite, comme ce devrait être le cas du chlorothalonil cet automne.

Le rapport se double d'un message politique: à l'avenir, la Confédération devrait nettement durcir les conditions d'autorisation des pesticides. Les chimistes cantonaux demandent que les produits phytosanitaires qui persistent longtemps dans l'eau «ne soient autorisés qu'avec des conditions sévères, ou alors pas du tout».

Créé: 12.09.2019, 11h16

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