2018 lance la transition énergétique helvétique

SuisseBerne mise sur les renouvelables pour remplacer l’atome. Qu’est-ce que cela signifie pour l’année qui vient? Le point en six exemples.

L'association Paysage libre craint que l'installation d'éoliennes ne soit plus facile à l'avenir.

L'association Paysage libre craint que l'installation d'éoliennes ne soit plus facile à l'avenir. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Le 21 mai dernier sonnait le glas du nucléaire en Suisse. En acceptant la Stratégie énergétique, le peuple lançait les prémices d’une révolution énergétique qui doit permettre au pays de se passer progressivement de l’atome. Une transition qui passe par un important développement des renouvelables, mais aussi par des économies d’énergie. Six mois plus tard, la phase concrète démarre. Le Conseil fédéral a publié début novembre les changements législatifs qui sont entrés en vigueur au 1er janvier. La construction de nouvelles centrales est désormais interdite, mais d’autres mesures font leur apparition.

Le soutien au solaire fait des déçus

Environ 38 000 installations solaires sont sur liste d’attente pour obtenir un soutien financier de la Confédération. La nouvelle législation clarifie leur sort, mais fait aussi beaucoup de déçus. Pour bénéficier de l’actuelle RPC (rétribution à prix coûtant), les installations photovoltaïques devront répondre à deux critères: être dotées d’une puissance supérieure à 100 kilowatts (kW), et avoir été déposées avant le 30 juin 2012. Selon l’Office fédéral de l’énergie, seules 950 pourront profiter d’une reprise du courant à un prix privilégié.

Toutes les autres installations – les moins puissantes ou celles déposées après la date butoir – devront se contenter d’une rétribution unique. Ce coup de pouce de la Confédération ne couvrira au maximum que 30% des investissements. De quoi faire déchanter plusieurs investisseurs qui se sont lancés dans l’aventure. L’association Swissolar estime malgré tout que les 38 000 projets en attente devraient se concrétiser.

Les défenseurs du paysage sont inquiets

Lorsque les autorités devront trancher entre protection de la nature et production d’énergies renouvelables, toutes deux pourront à l’avenir bénéficier du statut d’intérêt national. Ce changement faisait craindre le pire à certaines associations de défense du paysage. L’ordonnance précise toutefois qu’un parc éolien devra générer au moins 20 gigawattheures (GWh) par année pour bénéficier de ce statut. À titre d’exemple, le parc éolien du Mont-Crosin dans le Jura bernois – le plus grand du pays – a produit trois fois plus en 2016.

Mais les avancées technologiques font craindre le pire à Paysage libre. Avec des mâts plus performants, «une poignée de quatre éoliennes pourrait être imposée au nom de l’intérêt national», critique l’association. Et de rappeler que dans la phase de consultation, la Commission fédérale pour la protection de la nature et du paysage avait exigé une limite dix fois plus haute. «L’avis des experts a été balayé.»

L’avenir de l’hydraulique reste incertain

Comme les éoliennes, les nouvelles installations hydrauliques obtiendront un statut d’intérêt national dès qu’elles produiront 20 GWh. Cela correspond à la production du barrage du Seujet à Genève.

Là aussi, certains défenseurs de l’environnement critiquent un seuil trop bas, qui pourrait fragiliser certains cours d’eau pour une production de courant peu importante. S’agissant de la grande hydraulique, les installations existantes peuvent désormais demander une prime de marché pour leur production d’électricité qu’elles doivent vendre sur le marché en dessous des coûts de revient et qu’elles ne peuvent pas vendre dans l’approvisionnement de base. Le montant est de 1 centime par kWh. Cette mesure est limitée à cinq ans, jusqu’à la fin 2022.

À plus long terme, l’avenir des grands barrages reste flou. L’ouverture totale du marché de l’électricité sera-t-elle réalisée? L’accord avec l’Union européenne (UE) sera-t-il conclu? Y aura-t-il un nouveau coup de pouce étatique? Plusieurs inconnues demeurent.

Plus d’argent pour rénover les bâtiments

Le courant le plus facile à produire est celui que l’on n’utilise pas. La transition énergétique vise donc aussi l’efficacité énergétique. Elle passe notamment par le Programme bâtiments, dont l’objectif est de réduire la consommation d’énergie et les émissions de CO2 du parc immobilier. À cette fin, cantons et Confédération versent depuis 2010 des contributions financières pour de telles rénovations.

À l’avenir, davantage de fonds seront alloués à ce programme. L’encouragement passera aussi par des incitations fiscales. Les investissements dans des rénovations peuvent déjà être déduits des impôts sur le revenu. Dès 2020, les frais de démolition en vue d’une construction de remplacement plus efficiente seront aussi déductibles.

Des voitures de moins en moins polluantes

Au niveau des transports, il est prévu de diminuer progressivement les émissions de CO2 des voitures neuves, en accord avec l’UE. Les nouvelles voitures importées ne devront pas rejeter plus de 95 grammes de CO2 par km d’ici à la fin de 2020, contre 130 aujourd’hui.

Trop ambitieux, prévient François Launaz, président d’Auto-Suisse (association des importateurs). «Seuls les petits modèles peuvent atteindre cet objectif. Sans vendre un nombre irréaliste de véhicules à propulsion alternative, les importateurs devront payer de grosses amendes. D’autant plus qu’il est difficile de prévoir les futures évolutions. La croissance du marché des voitures électriques en Suisse ne se développera pas aussi rapidement que le Conseil fédéral le souhaite.» Il craint aussi à terme que le prix de l’essence n’augmente de 4 à 10 centimes en raison d’une augmentation de la taxe CO2.

Le consommateur passera à la caisse

Les consommateurs sentiront passer le tournant énergétique. Au lieu de 1,5 centime, ils devront débourser 2,3 centimes par kWh pour soutenir la production de courant vert. Si cette hausse de 0,8 centime était prévue dans la stratégie énergétique votée par le peuple en mai dernier, le parlement en a remis une couche en décembre.

Pour sauver une révision législative nécessaire à l’approvisionnement énergétique, les deux Chambres ont accepté un nouveau coup de pouce aux énergies renouvelables non subventionnées. La mesure est limitée à fin 2022, mais entraînera une facture annuelle de 30 à 50 millions. Les consommateurs et les PME peuvent donc s’attendre à une autre hausse, évaluée à environ 0,1 centime par kWh pour ce type de courant. «On fait reposer une grande partie des coûts de la Stratégie énergétique uniquement sur les clients captifs, en préservant les plus gros utilisateurs d’énergie», dénonce la Fédération romande des consommateurs. (24 heures)

Créé: 07.01.2018, 22h22

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Publié le 21 septembre 2018.
(Image: Valott) Plus...