«On a 300 km2 de zones à bâtir non utilisées»

Votations 10 févrierLes Jeunes Verts ont lancé mardi leur campagne pour leur initiative visant à stopper le mitage. Interview avec Kevin Morisod, co-président du comité.

Le Valaisan Kevin Morisod est le co-président du comité d'initiative et le co-président des Jeunes Verts de Suisse.

Le Valaisan Kevin Morisod est le co-président du comité d'initiative et le co-président des Jeunes Verts de Suisse. Image: Keystone

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Chaque jour en Suisse, une surface équivalant à 8 terrains de football est construite. Durant les dernières décennies, des centaines de kilomètres carrés de terres agricoles et zones vertes ont disparu au profit de constructions. Raison pour laquelle les Jeunes Verts ont lancé une initiative pour stopper le mitage du territoire.

Le texte veut mettre une limite à l'extension des zones à bâtir. Sa mesure phare prévoit que toute nouvelle parcelle à bâtir doit être compensée par le dézonage d'une parcelle de valeur équivalente ailleurs. Explications avec le co-président du comité d'initiative Kevin Morisod.

24 heures: Quel est le concept de votre initiative?

Kevin Morisod: Le principe est simple. L’ouverture d’une nouvelle zone à bâtir doit être compensée par le déclassement d’un terrain de surface et de qualité équivalente ailleurs. Pour sa mise en application, différents outils sont possibles. Il faut savoir que nous avons aujourd’hui 300 km2 de zones à bâtir non utilisées qui permettraient une mise en application en douceur de notre texte.

Ce n’est pas ce que propose déjà la loi sur l’aménagement du territoire (LAT) ?

Non. La LAT prévoit une planification à 15 ans. Cela permet de temporiser l’étalement urbain, mais pas de l’arrêter. Tous les 15 ans, il est donc possible d'ouvrir de nouvelles zones à bâtir. On va donc continuer de perdre des zones agricoles. Le constat est que l’équivalent de 2700 terrains de football de zones agricoles a été construit en 2017 en Suisse. C'est énorme et ce chiffre n'a pas diminué par rapport aux dernières années. La LAT n’a donc pas permis de freiner l’étalement urbain. Elle ne fait que le planifier dans le temps. L'objectif de notre initiative est de garantir une protection du sol et des terres agricoles à long terme, comme on le fait déjà pour nos forêts.

Si on construit moins, on risque de voir le prix des terrains, donc les loyers, augmenter, craignent les opposants. Que répondez-vous?

Aujourd’hui, on construit trop. En 2018, il y a eu 72'000 logements vides. Et UBS en annonce plus de 80'000 pour 2019. Malgré le fait que l’on construise trop, on continue d’avoir des régions où les logement sont trop chers. Car le problème est davantage dans le type d'habitation que l’on construit et où. Notre initiative veut mieux répartir l’offre où la demande est importante et là où le type de logement est satisfaisant. Si nous poursuivons avec le modèle actuel où nous construisons non pas en fonction de la demande mais parce que cela rapporte à des promoteurs immobiliers, nous continuerons d’avoir des déficits en logements à certains endroits et des offres beaucoup trop importantes ailleurs.

Est-ce que ce sera encore possible d’habiter en campagne avec votre texte ou tout le monde va devoir habiter en ville à long terme?

Le but ce n’est pas que tout le monde habite en ville! C’est simplement de faire en sorte que la campagne reste la campagne et ne devienne pas une espèce d’agglomération comme cela en prend le chemin actuellement. Si on garde un modèle avec une gestion durable des zones à bâtir en ville et à la campagne, on va encourager les villages à rester des villages et à ne pas devenir des agglomérations de type cités-dortoirs.

N'est-ce pas néanmoins la fin de la villa individuelle?

Disons que c'est la fin de l’hypocrisie qui consiste à vouloir une villa individuelle pour tous, protéger le sol et continuer à augmenter la population. Ces trois paramètres sont incompatibles avec une surface limitée. Il faudra choisir. Si on se décide à limiter à la démographie, on continuera peut-être à avoir des villas. Si on dit qu’on veut continuer un développement économique et démographique comme aujourd'hui, il faudra proposer des alternatives de logement. Notre initiative ne dit pas ce qu’on doit faire, elle laisse la liberté aux communes d’utiliser leurs zones à bâtir comme elles le veulent. Elle permet simplement de mener la réflexion et de dire : on a une surface à disposition qui est fixe, faisons-en bon usage et adaptons-la aux besoins.

Votre initiative fait également la promotion des quartiers durables?

C'est un nouveau moyen de construction qui voit le jour de plus en plus dans les zones de haute densité d'habitation. Il allie à la fois faible impact au sol et offre de haute qualité en terme de logements. Et c’est la version moderne du village traditionnel, avec des indices de densification assez similaires, qui permettent de loger du monde et de limiter la hausse des loyers tout en épargnant le sol. Le but de notre initiative est de limiter le mitage du territoire mais aussi de proposer des solutions qui permettent de le faire, et l’encouragement des quartiers durables en est une.

Mais où va-t-on se loger avec votre initiative, puisque selon les prévisions démographiques, la population suisse va croître de 1 à 2 millions d'habitants?

Les 1,5 million de personnes supplémentaires sont tout à fait logeables dans les actuelles zones à bâtir libres en gardant la même densité qu’actuellement, sans besoin de densification supplémentaire. Et si la population croît de 2 à 3 millions d’habitants, il y a les friches industrielles à réaménager, ou encore des surélévations modérées à effectuer, voire la question de construire des tours localement. Mais ce qui est fondamental, c’est qu’il y ait une concertation au sein des communes avec la population si de tels projets devaient voir le jour.

Va-t-on vers une Genève ou Zurich emplies de gratte-ciel?

Pas du tout. Les Suisses n’y sont pas favorables et nous non plus. Le but n’est pas d’aller en hauteur, c’est simplement d’avoir une gestion beaucoup plus durable des zones à bâtir. Actuellement, deux tiers du bâti en Suisse est de densité faible à très faible. Donc les possibilités de réaménagement sont considérables, sans devoir tendre vers des gratte-ciel.

(nxp)

Créé: 08.01.2019, 13h33

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