Un 3e rapport met en cause le président Urs Schwaller

Affaire CarPostalContrairement aux dires de Doris Leuthard, le Fribourgeois n’est pas exempt de tout reproche. Un élu va intervenir à Berne

Le Fribourgeois Urs Schwaller a-t-il été assez vigilant dans son rôle de président du conseil d’administration de La Poste? Certains en doutent.

Le Fribourgeois Urs Schwaller a-t-il été assez vigilant dans son rôle de président du conseil d’administration de La Poste? Certains en doutent. Image: PETER SCHNEIDER/KEYSTONE

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Susanne Ruoff, l’ex-patronne de La Poste, a payé de sa tête l’affaire CarPostal. En revanche le conseil d’administration et son président Urs Schwaller sortent indemnes du scandale. Le Fribourgeois a même reçu lundi l’appui remarqué de sa ministre de tutelle, la conseillère fédérale Doris Leuthard. Celle-ci a exempté le Fribourgeois de tout reproche, insistant sur le fait qu’il n’est arrivé qu’en juin 2016 à la tête du conseil. Elle s’est montrée moins magnanime envers Susanne Ruoff. «Des indices auraient dû lui mettre la puce à l’oreille dès 2013» que quelque chose ne tournait pas rond.

Y a-t-il deux poids, deux mesures? Et cette mansuétude n’est-elle pas due au fait qu’Urs Schwaller soit du même parti (PDC) que Doris Leuthard? Nous avons posé la question à la ministre. Sa réponse? Mi-amusée, mi-irritée, elle a démenti tout copinage politique dans ce dossier. Et nous a donné un conseil: «Lisez le rapport que mon Département vient de mettre en ligne.» Un conseil que nous avons suivi à la lettre.

Mais avant d’en venir au contenu, précisons de quel rapport on parle vu que les documents sur l’affaire CarPostal pleuvent. La Poste a dévoilé lundi un premier rapport d’enquête, réalisé par le cabinet Kellerhals Carrard, concernant les magouilles comptables entre 2007 et 2015. Elle l’a accompagné d’un 2e rapport, rédigé par trois experts, qui commente les pratiques mises au jour dans le premier rapport.

Le 3e rapport, dont parle Doris Leuthard, a été commandé par son Département et celui des Finances. C’est en fait un rapport complémentaire, demandé à Kellerhals Carrard, sur les années 2016 à 2018. Il est disponible uniquement en allemand comme les deux précédents. À croire que le scandale CarPostal est un problème uniquement alémanique.

Ce troisième rapport blanchit-il complètement Urs Schwaller, comme l’affirme Doris Leuthard? Pas vraiment. Le 25 juillet 2016, Urs Schwaller, son vice-président Adriano Vassalli, et deux autres membres du conseil d’administration reçoivent un rapport intitulé «Examen du processus de commande dans le trafic régional». Il y est mentionné que, selon les prescriptions du régulateur, les prestations de transport doivent être délivrées à prix coûtant. Elles ne peuvent générer des bénéfices. Problème? «Ces prescriptions externes sont en contradiction avec les objectifs financiers fixés par la Poste à CarPostal.» Le dilemme est posé.

Le fameux rapport du 25 juillet indique alors que la pression monte: «L’Office fédéral des transports et divers cantons ont souligné les coûts de projet et de gestion supérieurs à la moyenne de CarPostal. En outre, le canton de Berne, par exemple, a remis en question de manière critique les bénéfices élevés (marge 61,2%) dans le segment «Autres» et la part élevée des frais de gestion dans les revenus de ce segment.»

Une marge de 61,2%

Une marge de 61,2%! Cela saute aux yeux. On se demande pourquoi ce chiffre n’a pas mis, comme dirait Leuthard, «la puce à l’oreille» d’Urs Schwaller. Comment peut-on réaliser une telle marge alors qu’on est censé ne pas faire de bénéfices? Peut-être cette question a été discutée lors de la réunion du comité «Audit, risques et mise en conformité» le 23 août 2016 qui s’est penché sur le rapport. On ne le sait pas. Ce qu’on sait en revanche, c’est qu’Urs Schwaller y participait.

Le conseiller national Olivier Feller (PLR/VD) a également lu le 3e rapport. Et son sang n’a fait qu’un tour. Il a déposé fissa une interpellation parlementaire qui demande des explications au Conseil fédéral. «Quatre membres du conseil d’administration, dont le président et le vice-président, étaient au courant en été 2016 que les objectifs financiers à CarPostal violaient l’exigence de ne pas faire de bénéfices sur les lignes de bus subventionnées. Ils n’ont pas réagi. Pourquoi?».

Olivier Feller, critique depuis février sur le rôle ambigu du président de La Poste, enfonce le clou: «Urs Schwaller, qui se présente en Monsieur Propre, aurait pu stopper les dissimulations comptables de CarPostal dès 2016. Il aurait évité les détournements d’une trentaine de millions en 2016 et 2017 aux dépens des pouvoirs publics.» Si Doris Leuthard a délivré un blanc-seing à Urs Schwaller, ce dernier a été plus prudent. Il s’est livré à une petite autocritique lundi devant la presse: «Un mois après ma prise de fonction en juin 2016, un rapport contenant un bref passage sur Impresa (ndlr: la holding destinée à légaliser les dissimulations comptables) a été adressé au comité d’audit, à la direction du groupe et à la société de révision externe. À la lumière des connaissances actuelles sur les irrégularités comptables, j’aurais interprété ces lignes d’une autre manière.»

Urs Schwaller minimise donc sa myopie. Il est difficile cependant de porter un jugement définitif sur son rôle et celui du conseil d’administration. De nombreux passages dans les trois rapports dévoilés cette semaine ont été caviardés.

Créé: 15.06.2018, 10h09

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