Les 4 lobbies qui tiennent les clés du vote

Succession BurkhalterLa campagne entre dans une nouvelle phase. Chaque candidat compte ses voix et affûte sa stratégie pour obtenir une majorité. Décryptage.

On saura le 20 septembre qui d’Isabelle Moret, de Pierre Maudet ou d’Ignazio Cassis sera le successeur de Didier Burkhalter.

On saura le 20 septembre qui d’Isabelle Moret, de Pierre Maudet ou d’Ignazio Cassis sera le successeur de Didier Burkhalter. Image: DR

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Les jours qui viennent seront décisifs. On saura le 20 septembre qui d’Isabelle Moret, de Pierre Maudet ou d’Ignazio Cassis sera le successeur de Didier Burkhalter. Après avoir convaincu leur groupe, les trois candidats PLR doivent relever un nouveau défi. Et de taille: persuader une majorité de l’Assemblée fédérale de les porter à la fonction suprême.

Séduire les parlementaires d’un côté, mais aussi affaiblir l’adversaire. La campagne s’affole et le suspense gagne en intensité. Après s’être emmêlé les pinceaux sur la question de la double nationalité, Ignazio Cassis a musclé son discours sur l’immigration. Il a pris tout le monde de court – voire choqué – en évoquant une possible légalisation de la cocaïne.

Prenant la balle au bond, Isabelle Moret n’a pas tardé à dénoncer fermement cette proposition. Tentative de séduire à droite pour celle qu’on accuse d’être trop modérée? La Vaudoise s’est en tout cas affichée comme une vraie eurosceptique, affirmant même qu’elle n’imaginait pas «de son vivant» une adhésion de la Suisse.

Etonnamment discret, Pierre Maudet n’a plus fait parler de lui depuis son coup d’éclat de vendredi. Déjouant tous les pronostics, le Genevois décrochait une place sur le ticket PLR. Mais comme dit l’adage. Il faut se méfier de l’eau qui dort.

De prime abord, Ignazio Cassis – président du groupe PLR – devrait pouvoir compter sur un important soutien à droite, notamment à l’UDC. Allergique aux accointances du Tessinois avec les assureurs, la gauche devrait se retourner vers Isabelle Moret ou Pierre Maudet. Pas de quoi faire encore une majorité. Où donc aller chercher ces 125 voix synonymes d’élection? L’équation pourrait bien se jouer au travers de ces quatre inconnues.

1) Le groupe PDC: 43 voix

Pour qui le centre va-t-il rouler? Si les présidents du PBD et des Vert’libéraux se sont prononcés en faveur d’une femme, et donc d’Isabelle Moret; la situation est plus confuse au PDC. Il y a d’un côté le président Gerhard Pfister qui répète à l’envi qu’Ignazio Cassis est favori; de l’autre la section genevoise qui ne veut pas en entendre parler à cause de ses liens avec les caisses maladie. «Il est tout simplement impossible de prendre le risque de confier la Santé à M. Ignazio Cassis», estime Bertrand Buchs, le président. Un courrier a donc été envoyé à tous les élus démocrates-chrétiens qui siègent à Berne pour les appeler à contrer le Tessinois et à voter Pierre Maudet.

De quel côté la balance va-t-elle pencher? «Ignazio Cassis va faire beaucoup de voix chez nous, estime Yannick Buttet (VS), vice-président du parti. Pour beaucoup, c’est le tour du Tessin.» Un avis que partage Martin Candinas (GR), membre de la présidence. «Le PDC, c’est le parti des régions périphériques, des cantons alpins, des minorités. Avec deux conseillers fédéraux, la Romandie est bien servie. Une majorité de notre groupe va voter Ignazio Cassis.»

2) Le Conseil des Etats:46 voix

Habituée à serrer les rangs lorsque l’un des siens est candidat, comment la Chambre haute va-t-elle se comporter cette fois? «Elle va se sentir libre. Il n’y aura pas de loyauté particulière, répond Robert Cramer (Verts/GE). Un magistrat peut séduire, mais on peut aussi imaginer un vote tactique des sénateurs pour augmenter les chances de l’un d’eux lors d’une prochaine vacance.» Filippo Lombardi (PDC/TI), Karin Keller-Sutter (PLR/SG), Martin Schmid (PLR/GR)… ils sont plusieurs sur les rangs.

Didier Berberat (PS/NE) rappelle qu’un bon tiers des sénateurs ont siégé avant dans des Exécutifs. «Ils pourraient être sensibles au profil de Pierre Maudet qui a l’habitude de travailler dans un collège.» Mais le Neuchâtelois temporise. «Il ne faut pas non plus oublier qu’il s’agit de la Chambre des cantons. Ici l’idée de cohésion nationale est importante.» Un argument que reprend Roland Eberle (UDC/TG). «Il y a peut-être certains collègues qui ont côtoyé Maudet lorsqu’ils étaient conseillers d’Etat. Mais l’équilibre des régions est une valeur cruciale. Il y une sympathie pour le cas du Tessin.»

3) Les femmes: 72 voix

«La solidarité féminine jouera un rôle crucial dans cette élection.» Pour Doris Fiala (ZH), présidente des Femmes PLR, il faudra ruser et savoir calculer. Les femmes ne représentent que moins de 30% des voix. «C’est insuffisant pour gagner. Il faut donc convaincre aussi les hommes. Je m’engage pour que des élues jouent le rôle de relais dans leur propre parti. Pour l’heure, je me sens soutenue dans cette tâche, mais je ne me fais pas d’illusion. Je sais aussi que d’autres calculs stratégiques entrent en ligne de compte. Et qu’au moment de voter, certains penseront aux prochaines vacances au Conseil fédéral.»

Isabelle Moret peut compter sur le soutien d’Alliance F. «Il faut urgemment une femme au Conseil fédéral, reconnaît la coprésidente Kathrin Bertschy (PVL/BE). C’est un message que nous devons faire passer au sein de nos partis respectifs. Il faut arrêter de vouloir systématiquement écarter les candidates fortes et indépendantes.» Les femmes seront-elles unanimes? «Je ne pense pas, répond Min Li Marti (PS/ZH). Beaucoup étaient prêtes à soutenir une femme, mais elles ont été déçues par la campagne. Isabelle Moret a perdu des soutiens. Tout va dépendre des auditions devant les groupes.» Une position qui dérange Christa Markwalder (PLR/BE). «Isabelle Moret a été mal traitée par la presse, mais la campagne ne se fait pas dans les médias. C’est l’assemblée qui élit un conseiller fédéral. Ce n’est pas un vote populaire.»

4) Les Romands: 56 voix

Un rapide coup de sonde auprès de quelques députés suffit pour arriver à cette conclusion: il n’y aura pas d’union sacrée de la Romandie pour porter un francophone au Conseil fédéral. «Une partie va serrer les rangs. Mais pas tous, reconnaît Dominique de Buman (PDC/FR).» Ici aussi la question tessinoise revient régulièrement. «La solidarité romande va se heurter à la solidarité latine, explique un parlementaire PLR. Plusieurs élus estiment qu’il ne serait pas judicieux d’élire une Vaudoise ou un Genevois. Avec Guy Parmelin, cela ferait deux conseillers fédéraux lémaniques, alors qu’il n’y aurait toujours aucun italophone.»

Jean-Luc Addor (UDC/VS) va même plus loin. «La solidarité romande n’existe pas, ou alors elle est marginale. L’UDC votera l’élu qui est le proche de nos idées. Le positionnement politique l’emporte sur le critère régional. On a déjà donné avec Didier Burkhalter qui votait régulièrement avec la gauche.»

Bien que président d’Helvetia latina, Jacques-André Maire (PS/NE) ne soutiendra pas forcément un italophone. «Je regrette que le PLR tessinois n’ait pas eu la sagesse de présenter plusieurs candidats. Face à cet entêtement, je me sentirai libre le jour du vote.»


L’ombre de Laura Sadis pèsera le jour de l’élection

Laura Sadis jouera les trouble-fête le 20 septembre. L’ex conseillère d’Etat et ancienne conseillère nationale fera des voix, c’est sûr. Reste à savoir combien. A l’heure, où le Parlement s’écharpe encore sur la double question de la représentation des femmes et des italophones, ils sont plusieurs à toujours être en colère contre le PLR Tessinois, qui a écarté Laura Sadis. Et ils entendent bien le faire savoir.

Les premiers à s’être offusqués publiquement ont été les Verts tessinois. Lors de l’assemblée du parti suisse, ils ont appelé à rejeter les trois candidats officiels et à soutenir Laura Sadis. L’idée de cette candidature sauvage a aussi été évoquée par l’ancien conseiller national (PS/ZH) Andreas Gross à la RTS. La menace est arrivée aux oreilles du PLR. «Une partie de la gauche veut donner une gifle à la section tessinoise», analyse une élue.

Reste que personne à Berne n’imagine la Tessinoise capable de créer la surprise. «Elle fera une dizaine de voix, puis disparaîtra», estime un PLR. Aucun parti gouvernemental n’a en effet intérêt à jouer à ce jeu-là. Avec trois candidats, le choix offert est vaste, mais surtout, le retour de manivelle pourrait être violent lors de prochaines vacances.

Reste que l’absence de Laura Sadis reste en travers de la gorge de plusieurs parlementaires. «Forte, indépendante, compétente; elle aurait eu une majorité devant l’Assemblée fédérale, regrette une élue. C’est précisément pour cela qu’on l’a écartée.»

Créé: 08.09.2017, 06h42

Ignacio Cassis





Sa campagne: il se murmure que Fulvio Pelli, l’ancien président du PLR, est son conseiller de l’ombre. Il peut aussi compter sur le soutien des PLR tessinois, comme le conseiller aux Etats Fabio Abate ou le conseiller national PDC Marco Romano. Mais Cassis compte avant tout sur lui-même dans cette campagne et répond directement par SMS aux sollicitations.

Socle de voix: Il peut compter sur une large majorité UDC, le plus grand groupe de l’Assemblée fédérale avec ses 70 sièges. Son positionnement tiède et attentiste avec l’UE est celui des trois candidats qui déplaît le moins au parti national conservateur. Il dispose aussi d’une bonne partie des voix du PLR, qui l’apprécie, et du PDC sensible à la représentation tessinoise.

Les voix à aller chercher: C’est à gauche qu’il doit aller grappiller des suffrages. Et ce n’est pas simple car le PS est ultra critique sur son rôle de lobbyiste des assurances-maladie, son discours sur la migration et sur son abandon du passeport italien. Cette semaine, il a néanmoins réussi une percée en prônant une libéralisation contrôlée de la cocaïne. Certains élus PS ont trouvé cette position courageuse. Mais attention, cela lui a coûté quelques voix à l’UDC.

Isabelle Moret





Sa campagne : Elle se fait aider par des assistants issus des jeunes PLR. Une habitude pour celle qui avait pris un temps comme assistant parlementaire un certain Philippe Nantermod, conseiller national depuis. Elle reçoit aussi des coups de main du PLR vaudois, des conseillers nationaux Olivier Feller et Jacques Bourgeois ainsi que le soutien moral de Doris Fiala, présidente des femmes PLR.

Socle de voix: Il se trouve naturellement dans les partis du centre droit, donc du PLR, du PDC, des Verts libéraux et du PBD. Même à gauche, et notamment chez les Verts, elle jouit d’un «bonus femme». Elle dispose donc d’un large spectre pour recueillir des suffrages. Mais difficile de quantifier par parti ces voix, d’autant qu’elle est en concurrence sur ce terrain avec Maudet.

Les voix à aller chercher: c’est clairement à l’UDC qu’elle a un potentiel de voix à grappiller. Elle a déjà exploité les déclarations de Cassis sur la cocaïne pour jouer la fermeté et plaire au parti national conservateur. Elle en a rajouté une louche en déclarant que de son vivant la Suisse n’adhérera pas à l’UE. Elle a aussi la capacité à séduire le puissant lobby paysan au sein de l’Assemblée.

Pierre Maudet





Sa campagne : Elle est moins offensive dans les médias qu’avant sa nomination sur le ticket PLR où il cherchait à tout prix à se faire connaître urbi et orbi. Mais la machine Maudet demeure la plus huilée des trois candidats avec un staff qui comprend un ancien conseiller d’Eveline Widmer-Schlumpf et un chef d’état-major en la personne du vice-président du PLR genevois. Son défi sera de créer la surprise une seconde fois.

Socle de voix: Du PLR au PS, il dispose d’une base électorale potentielle large dans l’Assemblée fédérale. Il défend à la fois une politique économique et sécuritaire qui plaît à la droite et obtient des soutiens à gauche pour son action de régularisation des clandestins et son engagement pro européen qui le distingue des deux autres concurrents.

Les voix à aller chercher: Il va tenter d’aller grappiller des voix à l’UDC en montrant ses galons militaires et en jouant l’homme fort. il est douteux qu’il ait beaucoup de succès en raison de son profil d’euroturbo. Sa stratégie sera donc plutôt d’arriver à ravir la deuxième position à Moret en fédérant les voix anti UDC de l’Assemblée autour de son nom. C’est sa seule chance pour tenter de bousculer le favori Cassis.

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