A 70 ans, un Tessinois se bat contre le coronavirus

ÉpidémieIl est le premier cas positif de Suisse. Les autorités précisent les conditions qui entraîneront des restrictions de liberté, comme l’annulation de manifestations.

Autour du chef de la Santé Raffaele De Rosa (au centre), les autorités sanitaires tessinoises ont tenu une conférence de presse.
Vidéo: Keystone

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La Suisse n’est plus épargnée par le coronavirus. Un habitant du Tessin de 70 ans a été déclaré positif mardi et placé en chambre d’isolation à l’hôpital. L’homme a sans doute contracté le virus le 15 février lors d’un séjour en région milanaise. Il a ressenti les premiers symptômes de la maladie deux jours après.

La chance des Tessinois, c’est que le malade, bien informé, a réagi exactement comme il le fallait. «Nous avons été extrêmement aidés, tant par le patient que par son médecin de famille», saluait Pietro Antonini, l’un des médecins traitants à l’hôpital, mardi soir en conférence de presse.

«Tout le monde était masqué»

Effectivement, malgré une forte fièvre, le Tessinois a préféré appeler son médecin de famille plutôt que de se rendre en personne au cabinet ou aux urgences. Le médecin lui a envoyé quelques médicaments pour faire baisser la fièvre, en lui recommandant d’attendre de voir comment la situation évoluait. L’état du patient s’est amélioré, pour se dégrader peu de temps après. Le médecin a alors commencé à craindre un cas suspect, notamment en raison du récent voyage en Italie, et l’a fait venir au cabinet, raconte le médecin cantonal Giorgio Merlani. «Lors de la consultation, tout le monde était masqué: patient, personnel, docteur», précise le spécialiste. La détresse respiratoire ainsi que le manque d’oxygène dans le sang du malade ont renforcé les soupçons. Le médecin l’a donc envoyé à l’hôpital, où il a été testé.

État stable

À nouveau, le médecin cantonal se félicite des réflexes du premier patient de Suisse: le Tessinois, rendu prudent par l’ambiance actuelle, a immédiatement réduit ses contacts avec d’autres personnes et a évité les transports publics. C’est son épouse qui l’a conduit chez le médecin.

Malgré son âge pouvant faire de lui un patient à risque, le malade présente un état stable. «En réalité, hors contexte coronavirus, il pourrait tout à fait rentrer chez lui», précise Giorgio Merlani. Le septuagénaire doit cependant rester cloîtré dans la chambre de l’établissement hospitalier de Lugano qui l’a accueilli. Son épouse a, quant à elle, été placée en quarantaine à domicile.

Test confirmé à Genève

Le septuagénaire a d’abord été testé positif au Tessin. Mais c’est à Genève, où se trouve le Centre national de référence pour les infections virales émergentes (CRIVE), que la confirmation définitive est tombée. La famille du septuagénaire est-elle aussi infectée? Tant les fonctionnaires fédéraux que les autorités tessinoises souhaitent préserver la vie privée du malade. «L’enquête est en cours», se bornent-ils à répondre.

Le fait que le patient ait agi prudemment rassure cependant les autorités tessinoises sur une éventuelle propagation à large échelle du virus dans le canton. Les personnes qui ont été en contact plus de 15 minutes et à moins de deux mètres avec le patient feront l’objet d’une haute vigilance. «Ces personnes seront placées en quarantaine obligatoire», souligne Giorgio Merlani.

Sachant qu’une infection peut intervenir dans un rayon de moins de deux mètres, n’est-il pas quasi certain que les proches du senior tessinois soient infectés? «Pas forcément», répond Daniel Koch, responsable de la Division «maladies transmissibles» de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). «Nous avons vu, notamment en France, que le mode de transmission du virus varie beaucoup selon les individus. Certains contaminent de nombreuses autres personnes alors qu’au contraire nombre de personnes infectées ne contaminent personne.»

«Si on perd le contrôle…»

Le fait que le coronavirus débarque en Suisse change-t-il la donne en matière de mesures de prévention? Non, répondent les autorités sanitaires. Elles s’en tiennent aux mesures annoncées lundi, à savoir une politique active d’information à la population, aux touristes et aux frontaliers, notamment en matière d’hygiène. La situation est cependant toujours qualifiée de «normale».

À partir de combien de personnes infectées prendront-elles des mesures plus drastiques? «C’est difficile à dire, explique Daniel Koch. Dès que nous aurons l’impression que nous n’avons plus les chaînes de transmission du virus sous contrôle, que la transmission se fait de façon inconnue et dispersée, alors nous reverrons notre stratégie et prendrons d’autres mesures.»

Même réponse du côté du Tessin. «Le virus a été contracté en Italie, pas au Tessin, pas au carnaval de Bellinzone, souligne Raffaele De Rosa, conseiller d’État chargé de la Santé. «Nous sommes en train d’évaluer des éventuelles mesures à prendre, elles seront communiquées dans les prochains jours. D’autres mesures draconiennes, comme fermer les écoles, seront prises uniquement si les circonstances le nécessitent.»

Pour les voyageurs

Vous aviez prévu de passer prochainement des vacances en Italie. Est-ce déconseillé par la Confédération? Non. Daniel Koch estime simplement qu'il faut se renseigner sur la région où vous allez pour éviter surtout une galère logistique.

«Il y a des villages et des villes qui sont mis en quarantaine, rappelle-t-il. On ne peut ni y entrer ni en sortir.» À vos risques et périls, donc. Selon les dernières informations datant de mardi soir, le bilan est passé à dix morts en Italie. Le nombre de malades est monté à 322, répartis dans l’ensemble du pays. La zone de contagion s’étend: deux cas ont été confirmés en Toscane, ainsi qu’un autre en Sicile.

Créé: 25.02.2020, 21h19

Quels sont les conseils pour la population?

Rester calme «Pour le moment, rien ne change en Suisse; un cas, ce n’est pas une épidémie comme celle que connaît l’Italie, réagit le médecin cantonal adjoint vaudois Éric Masserey. Il faudra voir dans les prochains jours si d’autres malades sont annoncés. Pour l’instant, le risque local reste très faible.» Les experts s’attendaient à l’apparition du virus en Suisse. Et le premier conseil d’Éric Masserey est de ne pas paniquer ni de changer ses habitudes, tout en gardant en tête que la situation est réévaluée en permanence. Pour le reste, lavez-vous régulièrement les mains, ce qui est aussi une bonne façon d’éviter la grippe et d’autres virus de saison!

Ne pas encombrer les urgences «Si vous avez des questions ou des inquiétudes, il faut appeler la ligne mise en place par la Confédération (058 463 00 00) et surtout ne pas encombrer les services d’urgence, ajoute Laurent Paoliello, chargé de communication du Département genevois de la Santé. Vous pouvez aussi le faire si vous craignez d’avoir été infecté.»

Soupçon d’infection Dans un tel cas, il faut prendre contact avec son médecin traitant ou avec un service de médecins à domicile, et éviter de se déplacer. Plusieurs critères doivent être remplis pour qu’une infection soit soupçonnée: il faut présenter des symptômes aigus d’infection des voies respiratoires et de la fièvre supérieure à 38°C; dans les 14jours avant l’apparition des symptômes, il faut en outre avoir séjourné dans une zone touchée ou avoir eu un contact étroit avec un cas confirmé. Les premiers symptômes ressemblent souvent à ceux d’une grippe, et le rhume n’est pas un critère dans la définition des cas.

Respecter les quarantaines Si une personne revient d’une région qui était en quarantaine, il lui est demandé de rester chez elle. Pour les spécialistes, l’important est de contrôler la chaîne de transmission de la maladie. Malheureusement, cela n’a pas été possible en Italie. «Les autorités tessinoises vont dresser une liste des gens avec qui la personne infectée a été en contact, précise Jacques-André Romand, médecin cantonal genevois. S’il y en a dans notre canton, nous serons informés et nous mettrons en place les quarantaines nécessaires, comme cela a été fait dans le cas du malade des Contamines.» C.Z

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