Addiction Suisse s'inquiète du vapotage chez les jeunes

SantéLa moitié des garçons de 15 ans et un tiers des filles ont utilisé au moins une fois la cigarette électronique. Analyse et résultats en infographie.

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«Le vapotage ne doit pas devenir un fléau chez les jeunes.» C’est l’appel lancé ce jeudi par Addiction Suisse, qui présente les résultats d’une enquête nationale sur la consommation de différentes substances chez les enfants de 15 ans. Après un recul en 2014, les chiffres montrent une certaine stabilité pour l’alcool, le cannabis et le tabac (voir notre infographie). Des données sur les nouveaux produits nicotiniques sont fournies pour la première fois. Elles montrent l’importance de la cigarette électronique dans une classe d’âge qui ne devrait «ni fumer ni vapoter».

Selon cette enquête réalisée en 2018, la moitié des garçons de 15 ans (51%) et environ un tiers des filles (35%) ont utilisé au moins une fois la cigarette électronique. 21% et 13% ont vapoté au moins une fois au cours des trente jours précédents. À titre de comparaison, 35% des garçons et 30% des filles du même âge ont consommé au moins une fois dans leur vie des cigarettes traditionnelles (contre 37,5% et 34,9% en 2014).

Design attractif?

Pourquoi ces jeunes vapotent-ils? Ils répondent le plus souvent «par curiosité, pour essayer quelque chose de nouveau» puis «simplement parce que j’aime cela». Pour Addiction Suisse, cette évolution est préoccupante et soulève des questions. «Ces produits au design branché, proposés dans une large gamme de saveurs différentes et vendus aujourd’hui sans limite d’âge, favorisent-ils l’émergence d’une nouvelle génération d’accros à la nicotine?» s’interroge notamment l’organisation. Avant de souligner que la nicotine est fortement addictive et que les jeunes courent des risques particuliers, car cette substance peut entraver le développement du cerveau.

«Selon toute vraisemblance, la cigarette électronique est moins dangereuse pour la santé que le tabac traditionnel, et elle peut aider des fumeurs à arrêter. Mais il faut éviter de la promouvoir de façon générale, car elle expose les jeunes de façon précoce à la nicotine», renchérit Jean-Paul Humair, directeur du Cipret-Genève. Des personnes qui n’auraient pas touché au tabac vont-elles se mettre à vapoter? Les jeunes vapoteurs d’aujourd’hui risquent-ils d’être les fumeurs traditionnels de demain? «Pour répondre à ces questions, il faudra mener une étude longitudinale en suivant les différentes consommations de nicotine sur le long terme. Pour l’instant, nous ne savons pas quel sera le cheminement.»

Vide législatif

Le Genevois s’inquiète encore d’un nouveau produit apparu l’an dernier sur le marché helvétique, la Juul. «Elle connaît un grand succès chez les jeunes aux États-Unis, où elle fait l’objet d’un marketing intense. Or, la nicotine sous forme de sels présente dans la Juul agit plus rapidement qu’avec les autres vaporettes, ce qui augmente le risque de dépendance. Et puis les désagréments liés au passage de la vapeur dans la gorge sont moins importants, rendant le produit plus attractif.»

«L’absence actuelle de régulation de ce produit est malheureusement parfaite pour les producteurs qui ciblent les jeunes», poursuit Jean-Paul Humair. Au plan fédéral, il n’existe aujourd’hui pas de limite d’âge contraignante pour la remise de cigarettes électroniques et de tabac. Les restrictions publicitaires sont minimes. La nouvelle loi sur les produits du tabac devrait introduire une limite d’âge à 18 ans pour la vente de tabac et d’e-cigarettes, comme c’est déjà le cas en Valais. Comme pour les autres produits nicotiniques, Addiction Suisse réclame elle aussi «une politique des prix efficace pour les e-cigarettes ainsi qu’une protection sans faille des jeunes contre la publicité».

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(24 heures)

Créé: 28.03.2019, 16h38

Une étude dans 46 pays

- L’étude internationale Health and Behaviour in School-aged Children (HBSC) est menée dans 46 pays. Elle est réalisée sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé. En Suisse, l’enquête a été réalisée l’an dernier par Addiction Suisse sur mandat de l’Office fédéral de la santé publique. Un peu plus de 11'000 élèves de 11 à 15 ans y ont participé. Seules les réponses de ceux de 15 ans sont présentées ici.

- Addiction Suisse met en garde: l’organisme des jeunes est plus vulnérable aux dommages occasionnés par la consommation de substances psychoactives. Et puis celles et ceux qui commencent à fumer tôt fument en général plus longtemps. La fondation appelle donc à une application rigoureuse des dispositions en matière d’alcool et de tabac, et relève que les moins de 16 ans arrivent encore trop souvent à se procurer ces produits.

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