Le taux de l'aide sociale continue d'augmenter

Suisse En 2016, il a grimpé à 5,2% par rapport à 2015. Les personnes seules et les familles monoparentales courent le plus de risque. Lausanne est cité en exemple.

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Les personnes dépendant de l'aide sociale sont toujours plus nombreuses en Suisse. Selon un rapport élaboré par la Haute école spécialisée bernoise à l'initiative des villes pour la politique sociale, le nombre de dossiers étudiés a augmenté de 5,2% en 2016, alors que les années précédentes, cette augmentation était inférieure à 3%, révèle l'enquête présentée mardi à Berne à la presse.

Ce taux a été mesuré dans 14 villes du pays, dont Lausanne et Bienne, qui regroupent à elles seules 26% des bénéficiaires de l'aide sociale inscrits en Suisse. Pratiquement toutes les villes enregistrent une hausse du nombre de dossiers, souligne Nicolas Galladé, président de l'initiative des villes pour la politique sociale. L'augmentation est plus nette dans les villes de taille moyenne et dans les agglomérations, mais aussi à Bâle où le taux de bénéficiaires est passé de 6,3% à 6,7% en une année, alors que la Ville visait une baisse. Explication: le franc fort, qui se répercute sur le marché du travail.

Les raisons de cette situation sont diverses, selon Michelle Beyeler, de la Haute école spécialisée bernoise. D'une part, la population résidente a augmenté dans les villes. D'autre part, le chômage et le taux de chômeurs en fin de droit sont en hausse dans de nombreuses villes, en particulier à Bienne, Schlieren ou Winterthour, souligne-t-elle. Enfin, les emplois pour les personnes peu qualifiées diminuent de plus en plus.

Personnes seules et familles monoparentales

Pour la première fois, ce rapport, qui en est à sa 18e édition, mesure aussi le risque de dépendre de l'aide sociale selon le type de ménage et de famille. Le plus souvent soit dans le 70% des cas, ce sont les personnes seules qui sont les plus touchées, selon l'étude. Les familles monoparentales viennent en 2e position et représentent entre 15 et 21,5% des cas. Le risque d'être assisté est aussi «maximal» pour les hommes divorcés vivant seuls: environ 20% de ces ménages bénéficient de l'aide sociale.

Par ailleurs, dans toutes les villes étudiées, les ménages comprenant au moins un mineur sont plus susceptibles de dépendre de l'aide sociale que les ménages sans enfant. Les familles sont donc plus exposées au risque de pauvreté. Ce qui fait dire aux auteurs de l'étude qu'avoir un enfant représente en soi un facteur de précarisation. Un risque particulièrement élevé pour les mères de moins de 25 ans qui élèvent seules leur enfant. Dans cette catégorie, elles sont en effet plus de 80% à dépendre de l'aide sociale.

Etrangers non-européens

Le risque de dépendre de l'aide sociale augmente aussi pour la population étrangère et de plus en plus de ressortissants de pays hors de l'Europe doivent y avoir recours. Il y a en outre des différences entre l'est et l'ouest de la Suisse. Ainsi le risque est plus grand dans les villes de Suisse occidentale et dans les grandes villes alémaniques, que dans les petites villes d'outre-Sarine.

Toutefois, comme les années précédentes, ce sont d'abord les Suisses qui constituent la majorité des bénéficiaires de l'aide sociale dans la plupart des villes examinées. Les villes de Lausanne, Bienne, Bâle et Schlieren (ZH) font exception avec une part de personnes étrangères à l'aide sociale supérieure à 50%.

La durée d'assistance s'est prolongée

Le rapport indique en outre que les personnes à l'aide sociale arrivent souvent à en sortir la première année. Chaque année, si les villes enregistrent en moyenne 25 à 30% de nouveaux dossiers, environ un quart d'entre eux peuvent être bouclés tous les ans. Mais une partie des bénéficiaires reste néanmoins longtemps à l'aide sociale: la durée moyenne d'asssistance dans les 14 villes mesurées est en effet de 3,5 ans. Une moyenne qui s'est prolongée de 6 mois par rapport à 2010. Ce sont surtout les plus de 50 ans et les personnes peu qualifiées que l'on retrouve dans cette catégorie, souligne Michelle Beyeler.

Face à ces chiffres inquiétants de l'aide sociale, certaines grandes villes, comme Berne et Bâle, ont déjà réagi en proposant des programmes spécifiques aux familles monoparentales. Les prestations complémentaires pour familles se révèlent aussi un instrument efficace pour lutter contre la précarité. C'est le cas de Lausanne qui compte moins de familles à l'aide sociale grâce à ce type de soutien.

L'exemple de Lausanne

L'évolution de l'aide sociale dans le chef-lieu vaudois est étonnante, dit le rapport, qui cite même la ville en exemple. Au contraire des autres villes, Lausanne, qui cumule pourtant les risques influant le taux de l'aide sociale, a réussi à réduire considérablement le taux d'aide sociale depuis 2012.

Ceci grâce à l'introduction récente de certaines prestations dans le canton, telles que les prestations complémentaires pour familles, les rentes-pont pour les femmes dès 62 ans et les hommes dès 63 ans, ainsi que des mesures de formation pour les 18-25 ans sans formation achevée. A ceci s'ajoute quelque 8000 logements subventionnés, soit le 11% du parc immobilier de la ville, a expliqué Oscar Tosato, municipal lausannois et vice-président de l'initiative des villes.

Enfin, la question de la précarisation croissante de la population étrangère fait également réagir l'initiative des villes. Elle estime dès lors essentiel d'engager des mesures d’intégration dans le domaine de l’asile le plus rapidement possible. En outre, comme le statut de séjour de l'admission provisoire entrave l'intégration dans le monde du travail, elle soutient clairement la création d’un nouveau statut de protection, comme le propose le Conseil fédéral, indique-t-elle.

A noter encore que les villes analysées sont Bâle, Berne, Bienne, Coire, Lausanne, Lucerne, Saint-Gall, Schaffhouse, Schlieren (ZH), Uster (ZH), Wädenswil (ZH), Winterthour (ZH), Zoug et Zurich.

(nxp)

Créé: 07.11.2017, 09h31

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En graphiques, l'aide sociale en Suisse en 2016

En graphiques, l'aide sociale en Suisse en 2016 Les personnes dépendant de l'aide sociale sont toujours plus nombreuses en Suisse. Selon un rapport élaboré par la Haute école spécialisée bernoise à l'initiative des villes pour la politique sociale, le nombre de dossiers étudiés a augmenté de 5,2% en 20

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