Amherd doit se coltiner l’héritage aérien de Parmelin

Conseil fédéralLa nouvelle ministre de la Défense n’a que peu de marge de manœuvre pour donner un nouvel envol à l’acquisition d’avions de combat.

Le 20 décembre dernier, Guy Parmelin cédait officiellement les clefs du département de la Défense à Viola Amherd.

Le 20 décembre dernier, Guy Parmelin cédait officiellement les clefs du département de la Défense à Viola Amherd. Image: Keystone

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Selon les bruits qui courent à Berne, Guy Parmelin aurait souhaité que Viola Amherd présente ce mercredi – première séance de l’année du Conseil fédéral – le concept pour renouveler la défense aérienne. Ce ne sera pas le cas. Celle qui le remplace depuis le 1er janvier au Département de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) a décidé de se brûler encore un peu les mains avec la patate chaude que lui a refilée le Vaudois. «Elle a dit qu’elle ferait une nouvelle évaluation complète du dossier», précise Renato Kalbermatten, chef de communication du DDPS. À l’entendre, on comprend que cela prendra du temps.

L’acquisition de futurs avions de combat, combinés à une nouvelle défense sol-air (DSA), c’est le dossier crucial auquel doit s’atteler Viola Amherd, conseillère fédérale démocrate-chrétienne fraîchement élue. Son prédécesseur UDC souhaitait lier les deux objets dans un arrêté de planification attaquable par référendum. Ce qui permettrait à la population de se prononcer sur un crédit d’environ 8 milliards nécessaires pour cet achat. Mais la consultation a été très décevante.

Le défi de la Valaisanne

Bien que le projet ait recueilli le soutien de l’écrasante majorité des cantons et de plusieurs organisations économiques, il n’obtient pas pour le moment de majorité politique. La gauche refuse de signer un chèque en blanc, puisqu’il s’agirait d’un vote sur un concept. Quant au centre droit, il craint deux choses: que cette manœuvre ne revienne à introduire un référendum financier, mais surtout que le peuple ne prenne peur devant un tel montant. Or en cas de rejet, la Suisse n’aurait plus de défense aérienne du tout.

Le défi de la Valaisanne sera donc de redonner un élan politique au projet, lorsqu’elle présentera le message au parlement. «Formellement, elle peut revenir avec de nouvelles propositions, mais concrètement elle ne pourra pas tout recommencer à zéro», analyse Carlo Sommaruga (PS/GE). «Le projet est tellement avancé que l’impact que peut avoir une nouvelle ministre sera faible», reconnaît Roger Golay (MCG/GE), lui aussi membre de la Commission de sécurité du National. D’autant plus qu’en décembre le parlement a adopté une motion du PBD exigeant du Conseil fédéral qu’il soumette au peuple la question de l’acquisition des avions de combat, tout en y intégrant la défense aérienne. Une proposition qui semble renforcer la piste défendue jusqu’ici par Guy Parmelin.

Pression du calendrier

En plus de cette pression parlementaire, la nouvelle ministre de la Défense doit aussi faire face à la pression du calendrier, très serré sur ce dossier. Afin de remplacer la flotte actuelle vieillissante de F/A-18 et de Tiger, les nouveaux avions devraient être livrés à partir de 2025 déjà. La procédure a d’ailleurs déjà commencé pour les cinq avions sélectionnés (l’Euro­fighter de l’européen Airbus, les F/A-18 Super Hornet et F-35A des américains Boeing et Lockheed-Martin, le Gripen du suédois Saab et le Rafale du français Dassault).

Les trois constructeurs des moyens de défense sol-air sont eux aussi en phase de test. Il s’agit des systèmes SAMP/T, Patriot, David’s Sling, respectivement produits par la France, les États-Unis et Israël. L’idée du Conseil fédéral étant jusqu’ici d’organiser un vote populaire au printemps 2020 afin de respecter l’échéance de 2025.

Autant d’éléments qui font que la marge de manœuvre de la ministre PDC Viola Amherd est très limitée. Quatre scénarios sont désormais sur sa table (lire l’encadré), mais tous n’ont pas les mêmes chances d’aboutir.


Quatre scénarios plus ou moins crédibles sont sur la table de la ministre

Scénario 1: voter sur un concept

Faire voter la population sur un concept global d’un montant de 8 milliards qui lie les avions de combat et la défense sol-air. Malgré une très mauvaise consultation, ce scénario est celui qui a la cote la plus haute. «En votant pour la motion du PBD, le parlement a redonné ses chances à ce projet élaboré par Guy Parmelin», confirme Roger Golay (MCG/GE), membre de la Commission de sécurité du National. Cette solution séduit surtout l’UDC, mais aussi des élus PLR et PDC. «Pour Viola Amherd, c’est la piste la plus intéressante en vue d’une votation populaire, confirme un sénateur PDC influent. Ce sera plus facile pour elle de convaincre avec un concept global de sécurité plutôt que de vendre un type d’avion.» Mais Corina Eichenberger (PLR/AG) prévient: «Formellement, il n’y a toujours pas de majorité politique pour cette solution.»

Scénario 2: choisir la voie PDC

La motion PBD oblige le Conseil fédéral à organiser une votation de principe sur l’achat d’avions de combat, mais elle laisse la porte ouverte à un scrutin sur la défense sol-air. Il serait en effet possible de procéder à des tests pour trouver la meilleure combinaison possible, et de ne soumettre ensuite que les jets à la population. Cette solution se rapproche de celle du PDC, parti de Viola Amherd qui craint un vote global. L’avantage? Le crédit évoqué pour les avions – environ 6 milliards – ferait moins peur que les 8 milliards englobant le tout. «Juridiquement, il n’est pas sûr qu’on puisse faire un arrêté de planification que sur les avions», prévient toutefois Corina Eichenberger (PLR/AG). «Si elle veut montrer son indépendance vis-à-vis de son parti, Viola Amherd aurait tout intérêt à écarter cette piste», glisse pour sa part un élu démocrate-chrétien.

Scénario 3: repêcher le plan PLR

Le PLR ne souhaite pas de vote, estimant qu’on ne procède pas de cette façon pour d’autres crédits militaires. «Cette position n’est plus tenable depuis la motion PBD», lance un sénateur démocrate-chrétien. La conseillère nationale Corina Eichenberger (PLR/AG) confirme que ce sera compliqué: «Le Conseil fédéral est forcé de respecter la décision du parlement.» Peu probable, la piste PLR n’est pas totalement enterrée. Si les commissions de sécurité – sous la pression des élus de Suisse centrale qui redoutent un vote sur l’ensemble – corrigent le message du gouvernement, l’acquisition des jets par les crédits ordinaires et sans référendum pourrait à nouveau faire partie des scénarios. Les opposants aux avions de combat devraient alors lancer une initiative populaire. Mais attention, cela pourrait ralentir le processus d’acquisition.

Scénario 4: oser faire table rase

«Les retours de consultation sont si mauvais qu’il faut reprendre le dossier à zéro», lance Lisa Mazzone (Les Verts/GE). Pour la vice-présidence du parti, le montant «astronomique» de 8 milliards ne se justifie pas. «J’espère que Viola Amherd sera plus raisonnée que son prédécesseur et qu’elle prenne en compte les réels besoins du pays.» Carlo Sommaruga (PS/GE) attend pour sa part que la nouvelle ministre de la Défense se montre «plus indépendante vis-à-vis de l’armée» que ne l’était Parmelin. Des positions qui n’étonnent pas. Lors de la procédure de consultation, le camp rose-vert estimait que la Suisse pouvait assurer sa sécurité aérienne en prolongeant la durée d’utilisation de douze F/A-18. Reste qu’un virage à 180 degrés de ce dossier est davantage un vœu pieux de la gauche qu’un scénario crédible.

Créé: 15.01.2019, 17h14

«Viola Amherd a dit qu’elle ferait une nouvelle évaluation complète du dossier»

Renato Kalbermatten, chef de communication du DDPS

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