Après le Tessin, la Suisse prépare le repli

CoronavirusLe Conseil fédéral souhaite interdire les manifestations de plus de 300 personnes. En préparant l’opinion à des mesures plus strictes.

Des Lausannois anticipent le confinement.

Des Lausannois anticipent le confinement. Image: Odile Meylan

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L’épisode en dit long sur l’accélération de l’épidémie de coronavirus en Suisse et sur les difficultés des autorités à parler désormais d’une seule voix. Jeudi matin, le spécialiste de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), Daniel Koch, a transmis un message pas anodin du tout à une heure de grande écoute sur les ondes de la radio alémanique SRF. Face au coronavirus, «le reste de la Suisse passera sûrement aussi par les mesures qui sont maintenant en vigueur au Tessin. La vague est désormais arrivée», a-t-il affirmé.

Autrement dit: la Confédération pourrait bien appliquer à l’ensemble du pays l’état de nécessité appliqué au Tessin, où le Covid-19 a fait deux morts supplémentaires jeudi. La conséquence serait une fermeture des bars, cinémas, discothèques, écoles postobligatoires et autres remontées mécaniques. Or, quelques heures plus tard, l’OFSP rétropédalait sur Twitter: «D’autres Cantons vont sans doute appliquer les mêmes mesures que le Tessin. Mais il n’était pas et n’est pas question d’un état de nécessité au niveau suisse.»

«D’autres mesures fortes»

Alors que le nombre de personnes testées positives est passé de 374 lundi à plus de 850 jeudi, la communication de crise devient moins évidente. D’autant plus que chaque Canton prend des dispositions propres à sa situation. On temporise, fédéralisme oblige. Mais la plupart des spécialistes sont d’accord: la Suisse a passé un cap. Bientôt on ne comptera plus les cas un par un, car les dépistages ne sont plus systématiques, mais on fera des extrapolations via un système informatique. Pour garder des structures médicales opérationnelles, chacun est appelé à s’auto-isoler ou à se mettre en quarantaine si nécessaire (lire l’encadré). Il n’y a pas lieu de paniquer, mais des mesures plus contraignantes ne sont qu’une question de temps.

«Il faut faire en sorte que les hôpitaux ne soient pas débordés»

Brigitte Crottaz, conseillère nationale PS/VD et médecin

«À mon avis, il serait exagéré de créer aujourd’hui une règle nationale aussi stricte que celles du Tessin ou de Genève (NDLR: qui interdit désormais les manifestations de plus de 100 personnes avec exceptions). Tous les cantons ne sont pas touchés de la même manière, estime la conseillère nationale et médecin Brigitte Crottaz (PS/VD). Mais dans un deuxième temps, je pense qu’il faudra que tout le monde tire à la même corde.»

Vice-président de la Fédération suisse des médecins FMH, le conseiller national Michel Matter (Vert’libéraux/GE) abonde: «La décision d’interdire les manifestations de plus de 1000 personnes était forte. D’autres mesures suivront, tout aussi fortes. Ce sera peut-être l’état de nécessité pour la Suisse. Ce qui est sûr, c’est que toute personne qui organise aujourd’hui une assemblée, un événement ou simplement l’anniversaire de grand-papa doit se poser la même question.» En clair, faut-il annuler ou pas?

Interdiction dès 300 personnes

Selon nos informations, à ce stade, pour freiner la propagation du Covid-19, le Conseil fédéral a mis en consultation interne auprès des Cantons une nouvelle ordonnance qui prévoit trois types de mesures. Aux frontières, il s’agit de pouvoir formellement refuser aux Italiens qui n’ont pas de permis de frontalier l’entrée dans le pays. Au niveau économique, Berne parle d’assouplir le chômage partiel et d’un paquet d’aides, notamment pour les entreprises et indépendants en manque de liquidités. En matière sanitaire, le Conseil fédéral propose d’interdire dès lundi les manifestations et les rassemblements de plus de 300 personnes.

Ce n’est pas encore gravé dans le marbre. Le gouvernement attend les réactions des Cantons. Il prendra sa décision définitive lors de sa séance de vendredi. Le conseiller fédéral Alain Berset communiquera toutes les mesures prises lors d’une conférence de presse prévue dans l’après-midi.

«Toute personne qui organise une assemblée ou un anniversaire doit se poser la même question»

Michel Matter, conseiller national VL/GE et vice-président de la FMH

Il s’agit toujours, pour les autorités, d’amener une réponse proportionnée à la situation. En somme, d’éviter que dans les régions qui ne sont pas ou peu touchées, on ait l’impression de vivre un scénario de science-fiction. «Pour l’heure, je n’ai entendu personne dans mon canton dire que la situation était exagérée. Maintenant, si d’autres mesures très strictes sont prises, cela pourrait être considéré comme de l’hystérie», concède le sénateur obwaldien Erich Ettlin (PDC), dont le canton est épargné par l’épidémie.

Un défi sanitaire

Brigitte Crottaz rappelle que le taux de mortalité du nouveau coronavirus, selon les derniers calculs, se situe entre 1% et 2%. Ce qui justifie des mesures plus strictes, ce n’est donc pas la crainte d’une hécatombe générale, mais le défi sanitaire. «Il faut faire en sorte que les cas graves arrivent au compte-gouttes et que les hôpitaux ne soient pas débordés», explique la Vaudoise.

La Société suisse de médecine intensive (SSMI) a publié à ce titre des chiffres qui éclairent les enjeux. Elle évalue à 15% à 20% la part des personnes infectées qui doivent être hospitalisées. La moitié de ces patients (7,5% à 10%) nécessitent un traitement dans une unité de soins intensifs ou de soins intermédiaires. Or, début mars, la Suisse comptait 950 à 1000 lits dans des unités de soins intensifs, dont 800 à 850 sont équipés de ventilateurs. Il y a par ailleurs 400 à 450 lits dans des unités de soins intermédiaires. Des structures qui, rappelle la SSMI, doivent pouvoir être au service de l’ensemble des patients gravement malades dont la vie est menacée.

Créé: 12.03.2020, 19h51

Se mettre tout seul à l’isolement, qu’est-ce que cela signifie?

La Confédération a revu en fin de semaine dernière sa stratégie de prise en charge des malades. Dans un premier temps, son objectif était d’endiguer le virus en identifiant tous les cas et en remontant les chaînes d’infection. Désormais, le Covid-19 est installé chez nous et les services de santé veulent se concentrer sur les cas sévères. Les autorités, donc, ne font plus de tests systématiques. Le virus circule dans le pays: les personnes qui ont des symptômes grippaux et qui ne font pas partie des groupes à risque n’ont pas besoin de s’annoncer. Par contre, elles sont priées de rester chez elles pour éviter de contaminer les autres. Il s’agit de respecter ce qu’on appelle un «isolement», le terme «quarantaine» étant réservé à ceux qui ne présentent pas de symptômes mais ont été en contact avec des gens infectés.

Qui doit rester à la maison?
Sur son site internet, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) fournit des conseils à ceux qui entament un tel isolement volontaire. Celui-ci est recommandé à tous ceux qui présentent des symptômes de maladie tels que la toux et/ou la fièvre. «On considère qu’il y a une fièvre à partir de 38 degrés, précise Éric Masserey, adjoint au médecin cantonal vaudois. Il est toutefois difficile de donner des critères précis et chacun doit estimer la situation en fonction de son état général.»

Les individus particulièrement vulnérables, eux, doivent prendre contact avec leur médecin par téléphone. Il s’agit des aînés de plus de 65 ans ainsi que des gens souffrant déjà d’une autre maladie (hypertension, diabète, maladie cardiovasculaire, maladie respiratoire chronique, etc.).

S’isoler, concrètement, cela implique quoi?
Durant cette période particulière, vous devez vous installer seul dans une chambre, portes fermées. Il est conseillé d’aérer régulièrement cette pièce. Et de ne la quitter que lorsque c’est nécessaire. Selon les instructions de l’OFSP, il faut y prendre ses repas et éviter tout contact ou visite. Si vous croisez quelqu’un, il s’agit de garder une distance d’au moins deux mètres.

Comme tout le monde, lavez-vous régulièrement les mains, couvrez-vous la bouche si vous toussez ou éternuez. Vos déchets doivent être jetés dans une poubelle dédiée à cet effet dans votre chambre. Il est conseillé de laver les surfaces que vous touchez avec un désinfectant ménager ordinaire. Et si vous n’avez pas votre propre salle de bains, de nettoyer les sanitaires communs après chaque usage. Autre recommandation, celle de ne pas partager sa vaisselle avec les autres et de bien laver ses assiettes et ses verres après usage.

Et le masque?
Les personnes qui restent ainsi chez elles n’auront probablement pas de masque à disposition. Dans le canton de Vaud, celles qui ont été testées positivement en reçoivent parfois un quand elles retournent à la maison. Pourquoi cette différence? «Dans le deuxième cas, nous prenons une sécurité supplémentaire, répond Éric Masserey. Mais peut-être qu’à un moment, nous ne pourrons plus du tout le faire.» Le médecin appelle surtout au bon sens de chacun en rappelant quels sont les objectifs d’un tel isolement: «Nous ne pouvons pas empêcher la circulation du virus. Mais en réduisant les contacts, nous voulons la ralentir et protéger les plus vulnérables.» Dans cette logique, vous devez vous montrer particulièrement prudent s’il y a parmi vos proches des personnes à risque.

À partir de quand faut-il s’inquiéter?
Durant votre isolement volontaire, vous pouvez soigner vos symptômes grippaux avec un médicament contre la fièvre. Si vos symptômes respiratoires s’aggravent, prenez contact avec votre médecin. Qu’entend-on par là? «Cette évaluation est subjective, admet Éric Masserey. Il faut s’alerter si vous avez l’impression que vous avez de la peine à respirer.»

Que se passe-t-il pour les proches?
Il faut informer les personnes qui vivent avec vous ou avec qui vous avez eu des relations intimes dans les 24heures avant l’apparition de vos symptômes pour qu’elles surveillent leur propre santé et se mettent à leur tour à l’isolement si des symptômes grippaux apparaissent. Par contre, vous n’êtes pas tenu d’avertir plus largement votre entourage, notamment professionnel. «Le secret médical s’applique», précise Éric Masserey.

Quand peut-on à nouveau sortir?
Vingt-quatre heures après la disparition des symptômes. Ce délai est de 48 heures (et au moins dix jours) pour les personnes dont la maladie a été confirmée par un test. Éric Masserey admet qu’il n’y a pas de justification épidémiologique à cette différence. Mais il précise que, si vous n’avez pas été testé, vous avez en fait pu avoir été infecté par un virus banal et courant en cette saison, plutôt que par le coronavirus. C.Z.

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