Berne entend les enfants volés du Sri Lanka

SuisseLe gouvernement veut faire la lumière sur les cas de bébés adoptés illégalement dans les années 80.

Sarah Ineichen devant la maternité de Colombo au Sri Lanka

Sarah Ineichen devant la maternité de Colombo au Sri Lanka Image: DR

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«Je n’aurais jamais pensé qu’on nous écouterait, c’est un immense soulagement.» La voix de Sarah Ramani Ineichen est posée. Au détour de certains mots, l’émotion affleure. Depuis jeudi, elle le sait: son appel est parvenu jusqu’au Conseil fédéral. «C’est déjà une reconnaissance de ce qui nous est arrivé.»

Nous, ce sont les quelque 750 bébés adoptés par des Suisses au Sri Lanka dans les années 80. Parmi eux, de nombreux enfants volés ou achetés. Jeudi, le gouvernement a accepté le postulat de la conseillère nationale Rebecca Ruiz (PS/VD) qui demande de faire toute la lumière sur ces cas.

Soutien psychologique

L’histoire de Sarah, révélée en novembre au 19:30 de la RTS, lui a valu des dizaines d’appels et d’e-mails. Ils sont aujourd’hui 68 adoptés à demander des comptes aux autorités. «Nous souhaitons avoir accès à nos dossiers d’adoption. Nous avons aussi besoin d’aide pour effectuer des tests ADN au Sri Lanka», explique Sarah Ineichen. «Et certains vivent aujourd’hui une telle crise d’identité qu’il leur faut un soutien psychologique.»

Le parcours de la jeune femme a débuté il y a plus d’un an, lorsqu’elle a commencé à enquêter par ses propres moyens pour retrouver sa mère biologique au Sri Lanka. Au fil de ses recherches, elle a découvert l’impensable. Celle qui l’avait confiée à ses parents adoptifs il y a 36 ans n’était pas sa mère. Une imposture alors courante dans ce pays pauvre où les Européens se pressaient pour adopter.

Le trafic prenait différentes formes: enfants volés dans les maternités, achetés à leurs parents ou même conçus sur commande dans ce que l’on appelait alors les «fermes à bébés». Longtemps murées dans le silence, les autorités sri-lankaises ont reconnu l’an dernier que de telles pratiques ont eu cours au moins jusqu’en 1987. Lors de son dernier séjour, en décembre, Sarah a retrouvé celle dont elle est officiellement la fille. «Nous avons fait un test ADN avant de rentrer en Suisse. J’étais sûre à 99% qu’elle était ma mère. Puis le résultat est arrivé, articule-t-elle calmement. Il était négatif».

Prévenir de nouveaux cas

L’établissement des faits sur des dizaines ou des centaines de cas prendra du temps. Le Conseil fédéral a chargé les instances fédérales et cantonales de fouiller leurs archives, notamment pour comprendre par quels intermédiaires suisses passait ce trafic. «Nous avons demandé aux cantons de nous communiquer leurs informations d’ici à la fin février», précise Maryse Javaux, collaboratrice scientifique à l’Office fédéral de la Justice.

Faire la lumière sur le passé, soutenir les victimes, mais aussi s’assurer que cela ne se reproduise plus. Ce dernier point est celui qui compte le plus pour Sarah. C’est aussi celui-ci qui inquiète Rebecca Ruiz. La conseillère nationale a recueilli le témoignage d’une Suissesse partie au Sri Lanka il y a un an et demi pour adopter un bébé. «Elle m’a raconté qu’on lui avait proposé d’acheter un enfant pour quelques milliers de francs».

Créé: 15.02.2018, 22h24

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