Branle-bas de combat pour protéger nos tomates

VirusSans danger connu pour l’homme, le virus nommé ToBRFV est destructeur pour la production. De nombreux pays sont impactés. La Suisse se prépare au pire.

Le virus n’est pas encore arrivé en Suisse, où sont consommées environ 100'000 tonnes de tomates par an.

Le virus n’est pas encore arrivé en Suisse, où sont consommées environ 100'000 tonnes de tomates par an. Image: KEYSTONE/J.-CH. BOTT – A

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Allemagne, Italie, Hollande, Grande-Bretagne, et pas plus tard que cette semaine la Bretagne. Un virus violent, qui s’attaque principalement à la tomate, envahit les serres européennes, comme celles de divers pays du Proche-Orient. Nommé le Tomato brown rugose fruit virus (ToBRFV), ou virus du fruit rugueux de la tomate brune, a attaqué Israël en 2014, indique Agroscope dans une récente fiche technique (lire encadré).

À vitesse exponentielle, des foyers ont été signalés en Californie, au Mexique, en Chine, au Canada, au Chili, etc. Aujourd’hui, l’un des seuls pays épargnés est la Suisse. «Pour l’instant, nous ne sommes heureusement pas touchés, mais la menace est grande», confie, sur ses gardes, Tulipan Zollinger, un des patrons de l’entreprise Zollinger, leader national de la semence bio basé à Rennaz et aux Évouettes (VS).

D’autant plus qu’aucune parade n’existe encore pour éradiquer ToBRFV, virose des plus dévastatrices. Sans danger connu pour l’homme, il altère la tomate – l’un des fruits les plus mangés en Europe – sans doute aussi le poivron, peut-être l’aubergine. La coloration et les déformations provoquées par ToBRFV empêchent la distribution et donc la vente au consommateur. En Suisse, environ 100'000 tonnes de tomates sont consommées chaque année, dont 45% sont importées.

Berne anticipe

L’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), en relation permanente avec ses partenaires de l’UE dans le cadre de l’espace phytosanitaire européen, ne reste pas les bras croisés. Il tente actuellement d’anticiper l’apparition de cette maladie dans les serres suisses où environ 95% des tomates nationales sont cultivées. «Face à ce virus beaucoup plus agressif que ceux connus précédemment, nous devons prendre des mesures rapides et si possible efficaces», indique d’emblée Louis Sutter, responsable à l’OFAG des organismes de quarantaine dans les grandes cultures.

Le biologiste, qui a participé à une réunion sur la question mercredi à Bruxelles, détaille le programme: «Depuis janvier, il a été décrété que le ToBRFV est un organisme de quarantaine potentiel. Il est soumis à des déclarations et à des contrôles de marchandises aux douanes, une surveillance accrue. Les exigences sur le passeport phytosanitaire livré avec les semences et jeunes plants sont renforcées. Mais les déclarations ne suffisent pas. Les tests diagnostics seront plus poussés.» Semences et plants très variés sont importés majoritairement de France et de Hollande, aussi de Belgique.

Par ailleurs, tout cas suspect devra être déclaré aux services cantonaux phytosanitaires. Enfin, le collaborateur scientifique indique qu’«une campagne d’information de la branche à travers différents médias – fiche technique, exposés, réunions – est en place depuis août 2019.»

Les maraîchers en action

«Les producteurs suisses, qui ne ménagent pas leurs efforts, ont pris des mesures et mènent des contrôles stricts pour prémunir au mieux leurs cultures», déclare Gaëtan Jaccard, technicien en cultures maraîchères sous abri à l’Office technique maraîcher (OTM), organisme qui regroupe et conseille les maraîchers de Vaud et Genève. «Le risque le plus élevé d’infection provient de l’extérieur, via des hôtes potentiels. Ce peut être le cas de nombreuses plantes ornementales, comme le pétunia ou le tabac décoratif. Mais encore vivrières: le quinoa, outre la tomate et le poivron. Et aussi adventices, soit des mauvaises herbes comme la morelle noire.»

Stoll Groupe, basé à Yverdon, est le plus grand producteur de tomates (entre autres) de Suisse, avec 6000 tonnes par an. «Depuis 1982, création de l’entreprise, je n’ai jamais vu un péril si important», annonce Roland Stoll. Également vice-président des maraîchers suisses, il estime que la lutte contre ce fléau est désormais «un défi mondial» (lire encadré).

Désinfection à Perly

Depuis un an, «vu que la désinfection conventionnelle ne fonctionne pas», les visites sous serres ont été stoppées chez Stoll, et les employés sont soumis à des conditions encore plus drastiques. Comme chez Jérémy Blondin, aux Domaines des Mattines à Perly (GE), 1200 tonnes de tomates annuellement: «Nous avons des protocoles de désinfection des outils de travail. Tous nos employés travaillent avec des gants en nitrile. Les techniciens et autres personnes se rendant dans les cultures et venant de l’extérieur sont équipés de blouses, gants et charlottes de protection.»

Administrateur avec son frère et son père de Terre et Serre Genevoises, aussi à Perly, Claude Janin (1500 tonnes de tomates par an) indique que «le virus, très stable, se conserverait plusieurs mois à plusieurs années sur divers supports». Le président de l’OTM précise encore qu’il faut contrôler «les emballages, qui sont un vecteur particulièrement important, effet dû aux échanges internationaux de tomates avec les caisses qui voyagent en même temps d’un pays à l’autre et d’une serre à l’autre».

Concernés, proactifs, bien sûr très inquiets, les producteurs croisent les doigts pour que le vent, les insectes, les oiseaux ne drainent pas le ToBRFV dans les serres helvétiques.

Créé: 22.02.2020, 08h55

«L’impact pourrait être dramatique»

Les maraîchers suisses sont évidemment très inquiets quant à l’arrivée potentielle du ToBRFV. «Tout le monde le redoute, car nous n’aurons pas d’autre solution que d’arracher entièrement notre production pour limiter sa propagation», annonce Jérémy Blondin, qui emploie à Perly 40 personnes en équivalents plein-temps.

Roland Stoll, producteur à Yverdon et ses 80 employés rien que pour la tomate, va plus loin: «Il faut tout incinérer et les serres contaminées pourraient être impropres à la production de tomates pour plusieurs années.

D’autant qu’il faudra encore compter cinq ans ou plus pour que la recherche trouve un remède.» La recherche, justement, s’active. «Dans différents laboratoires, comme en Hollande et en Angleterre, on tente de mettre au point la solution», annonce Louis Sutter, de l’OFAG.

Outre l’effet dévastateur potentiel et un manque à gagner sans doute abyssal, le technicien serriste Gaëtan Jaccard voit dans le ToBRFV «un risque économique et social majeur pour les producteurs.»

À Perly, Claude Janin (35 EPT) est catégorique: «L’impact sur mon entreprise peut être dramatique.» Les grossistes seront moins touchés. N’empêche, le virus aurait un effet indéniable. «C’est clair, ce phénomène peut poser un problème à la distribution puisqu’on vend de la tomate toute l’année.

De surcroît, le produit, dont les prix vont forcément augmenter, est un de ceux que l’on écoule le plus, soit 485 tonnes par an, avec la banane, l’oignon, la pomme, la pomme de terre et la carotte», détaille Christophe Marmy, directeur des achats du grossiste romand Culturefood à Fribourg.

Le virus ToBRFV en bref

Le très virulent virus du fruit rugueux de la tomate brune impacte tous les continents.

Il est apparu pour la première fois en Israël, puis s’est propagé rapidement.

Si on ne connaît pas son origine, le ToBRFV s’apparente au groupe des tobamovirus plus anciens comme celui de la mosaïque du tabac et de la tomate (pépino), informe Agroscope dans une parution récente.

Selon le centre de compétences de la Confédération pour la recherche agronomique, alimentaire et environnementale, la tomate possède aujourd’hui une résistance aux virus… sauf face au ToBRFV, qui brise toute résistance.

Le virus trouve une porte d’entrée dans de toutes petites blessures de la plante sous serre et envahit rapidement les productions.

Visuellement, les feuilles sont atrophiées, elles présentent des décolorations sombres en mosaïque, et les fruits ont des taches jaunes, décline la fiche technique d’Agroscope.

Seule parade pour l’heure: arracher immédiatement les plants et fruits contaminés et les incinérer.

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