Ce qu'elles pensent de la grève des femmes

14 juin 2019Politiciennes, artistes, sportives, étudiante, elles s'expriment sur la manifestation, la discrimination et l'égalité.

Image: Laurent Guiraud

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À l'occasion de la grève féministe, la rédaction a posé les mêmes trois questions à 13 Suissesses. Voici ce qu'elles nous ont répondu.


«Nous devons passer à la vitesse supérieure»

Pour Badia El Koutit, engagée dans la promotion de l’égalité avec les migrants à Genève, la grève est nécessaire, mais pas suffisante. Photo: Georges Cabrera/Tribune de Genève

Fondatrice et directrice de l’Association pour la promotion des droits humains (APDH), Badia El Koutit, établie à Genève depuis vingt-huit ans, estime que, pour faire bouger les lignes en matière d’égalité des sexes, les femmes doivent taper du poing sur la table un peu plus fort.

Allez-vous participer à la grève du jour?
J’y aurais participé si je n’avais pas été en déplacement à l’étranger. J’étais déjà présente à la grève des femmes de 1991. Je venais d’arriver à Genève et cette journée m’a beaucoup marquée. En tant que migrante, je découvrais qu’en Suisse les droits des femmes n’étaient pas non plus respectés. On faisait face, comme au Maroc, à la discrimination et à la violence. Certaines lois ont été améliorées, mais c’est loin d’être suffisant. Nous devons réclamer notre dû par rapport aux inégalités. Et arrêter de le demander gentiment. Ce n’est pas en organisant une grève – qui n’en est pas une puisque les femmes sont tenues de prendre congé – qu’on va y arriver. Les stands, les pique-niques, la musique et les T-shirts violets, c’est bien, mais on n’est pas là pour faire la fête. C’est navrant de devoir réorganiser une grève pour faire respecter nos droits. Il serait temps de passer à la vitesse supérieure et d’organiser des actions plus radicales. Le jour où les femmes feront une vraie grève ou des débrayages quotidiens, on aura plus de poids et davantage de crédibilité. Je pense que la Suisse devrait aussi se doter de mécanismes de contrôle sur cette question. Et ce à tous les échelons de la société. Toutes les violations du droit à l’égalité devraient être poursuivies pénalement, y compris les inégalités de salaire.

Qu’est-ce que représente l’égalité pour vous?
C’est une question de dignité. J’aimerais être considérée comme un individu à part entière, comme une personne qui a des droits et qu’ils soient respectés. Je ne veux plus de ce regard qui nous met constamment en situation d’infériorité. C’est intolérable. L’égalité devrait couler de source et ne plus être l’objet d’un débat. Et encore moins d’un combat.

Avez-vous subi des discriminations dans votre parcours en raison de votre statut de femme?
Oui, bien sûr. Et ça a changé le cours de ma vie. Il y a plus de vingt ans, j’étais en mission à l’étranger. Six mois durant, mon chef – je précise, un Suisse – m’a harcelée moralement et sexuellement. Il m’insultait et prenait d’autres hommes à témoin. J’étais sa prisonnière. J’ai été obligée d’écourter ma mission et de rentrer à Genève. La hiérarchie m’a entendue, mais c’était trop tard. Pis, elle n’a pris aucune mesure contre cet homme, qui est resté en poste. Je me suis sentie terriblement seule. C’était comme si tout était de ma faute. Ça a été très douloureux et profondément humiliant, j’ai préféré démissionner. Cette histoire m’a obligée à revoir tout ce que je pensais sur l’Occident. Aujourd’hui, ce sentiment d’injustice m’habite encore, mais ça me conforte dans l’idée qu’il faut s’engager davantage sur ces questions-là. Dans mon travail, j’essaie de conscientiser les migrantes. Défendre les droits des femmes nous appartient à toutes. On doit se battre ici, mais aussi dans notre pays d’origine. Et ici, en Suisse, on subit une double peine, en tant que femme mais aussi en tant qu’étrangère.

Propos recueillis par Yannick Van der Schueren


«Il ne peut y avoir d’équité sans un congé parental»

La présidente de la société Keller Trading SA, Babette Keller-Liechti, préfère le mot équité à celui d’égalité. Photo: Sebastien Anex/ Le Matin Dimanche

Allez-vous participer à la grève du jour?
Non, certainement pas. Tout simplement parce que je trouve que l’on ne résout rien par la grève. Équité! Les hommes font-ils la grève?

Qu’est-ce que représente l’égalité pour vous?
Je n’aime pas le mot égalité dans ce contexte, et je préfère plutôt parler d’équité entre hommes et femmes. À mon sens, cette équité ne peut fonctionner sans un congé parental impliquant les deux parents. Je suis pour un système qui, suivant les besoins de chaque couple, permettrait aussi bien à la mère qu’au père de bénéficier du congé de 12 semaines pour s’occuper de leur nouveau-né. À partir de là seulement, il devient possible d’envisager un système vraiment équitable pour tous et de s’attendre, par exemple à un équilibrage des salaires ou à la possibilité pour les femmes d’accéder à des postes à responsabilité plus aisément. Cela, d’une certaine manière, pourrait supprimer les fameux quotas et permettre aux papas qui le désirent de se sentir plus impliqués dans l’arrivée d’un bébé. Nous avons le privilège de porter nos enfants mais nous n’avons pas le privilège de l’amour que nous leur portons.

Avez-vous subi des discriminations dans votre parcours en raison de votre statut de femme?
Non, dans mon identité de femme entrepreneure, j’estime avoir toujours été reconnue pour mes seules compétences. Mon statut d’indépendante m’a préservé de fait, de toutes formes de discrimination. Par contre, je suis consciente que je relève de l’exception en comparaison à d’autres femmes ayant fait carrière au sein de grandes ou petites entreprises et ayant dû gravir pas à pas les échelons face à des hommes.

Propos recueillis par Olivier Wurlod


«Les progrès en matière d’égalité restent insuffisants»

Valérie Buchs, secrétaire syndicale du SIT, a participé activement à l’organisation de cette nouvelle grève des femmes.

Photo: Yvain Genevay/Le Matin Dimanche

Aujourd’hui encore, les discriminations persistent dans tous les domaines, estime la syndicaliste Valérie Buchs, «tant sur le plan économique, social, politique et en particulier dans le monde du travail».

Allez-vous participer à la grève du jour?
Oui, je vais participer à cette grève, comme je l’avais déjà fait en 1991. J’ai aussi préparé activement la nouvelle mobilisation avec le SIT (Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs) et le Collectif grève féministe de Genève. Les progrès en matière d’égalité restent insuffisants, à commencer par les différences de salaire et de retraite entre hommes et femmes. Celles-ci assurent les deux tiers du travail domestique, éducatif et de soins pour leurs proches, ce qui les contraint à travailler à temps partiel et à interrompre leur carrière, ce qui est pénalisant pour leur retraite. Autre exemple de carence désastreuse pour la vie active des femmes: il manque 4000 places de crèches à Genève.

Qu’est-ce que représente l’égalité pour vous?
L’égalité, c’est une société qui ne dévalorise pas le travail des femmes et qui refuse le sexisme, le harcèlement sexuel, ainsi que la violence à leur égard.

Avez-vous subi des discriminations dans votre parcours en raison de votre statut de femme?
Je préfère ne pas en faire une affaire personnelle, mais dans mon travail syndical, que je pratique depuis trente ans, je rencontre au quotidien des femmes qui sont licenciées à leur retour de congé maternité, subissent des contrats de travail précaires et des horaires qui rendent difficile la conciliation entre la vie professionnelle et la vie familiale. Quantité d’employées ont des petits salaires et des rentes insuffisantes pour leur retraite. Nous voulons l’instauration d’un salaire minimum légal et une diminution généralisée du temps de travail. Nous combattons ainsi l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes puisque aujourd’hui encore, leurs rentes sont deux fois moins importantes que celles des hommes. Et puis les plaintes pour harcèlement sexuel n’aboutissent souvent pas à la sanction des auteurs. Il manque une politique de prévention dans les entreprises. On le voit bien, le parcours des femmes reste semé d’embûches et elles ont besoin de services publics de qualité pour les soutenir et leur permettre de travailler. En commençant par la réalisation de places de crèche et une reconnaissance des soins prodigués aux autres.

Propos recueillis par Laurence Bézaguet


«Voilà pourquoi je ne ferai pas grève aujourd’hui»

L’avocate Anne Reiser dégaine ses arguments dans son plaidoyer contre la mobilisation féminine de ce 14 juin. Photo: Laurence Rasti / Le Matin

Avocate spécialiste en droit de la famille, Anne Reiser ne prendra pas part, ce vendredi, à un mouvement qui «n’admet que les personnes qui se sentent femmes». Elle estime que cette grève a «un côté immature qui en mine la crédibilité».

Allez-vous participer à la grève du jour?
Non, les LGBTI ont leur gay pride, qui est un moment d’ouverture aux autres, et un prélude au débat. Or la grève des femmes, qui exclut les hommes qui sont ou non acquis aux principes d’égalité des droits entre homme et femme et qui n’admet que les personnes qui «se sentent femmes», démontre que ce n’est pas le dialogue qui est espéré, mais l’escalade d’un conflit avec l’homme désigné par son sexe uniquement. Ce qui est, pour un mouvement qui se réclame du principe de l’égalité des droits, une démonstration de discrimination à raison du sexe, soit précisément l’opposé de ce que les femmes réclament pour elles-mêmes. De plus, la désignation, par les femmes, de l’homme comme responsable de tous leurs maux témoigne de leur intention de ne pas prendre la coresponsabilité de leur sort, et de rester un «sexe faible». Ce qui est une fable très éloignée de la réalité; un moyen de manipuler pour obtenir; et une intention de demeurer des victimes, alors que le seul accès au changement, c’est notre propre changement. Enfin, le côté indistinctement «gilet jaune» du mouvement, dans un pays où le dialogue social fonctionne merveilleusement, démontre que l’intention de collaborer pour trouver des accords à propos de ce qui fâche est absente. Ce qui confère au mouvement un côté immature qui en mine la crédibilité.

Qu’est-ce que représente l’égalité pour vous?
L’égalité des droits, soit le fait que ce qui est identique soit traité de manière identique et que ce qui est différent le soit de manière différente.

Avez-vous subi des discriminations dans votre parcours en raison de votre statut de femme?
Non, contrairement à la plupart des hommes, je n’ai pas été confrontée aux impossibilités suivantes: procréer ET m’occuper des enfants; m’occuper des enfants ET faire carrière; être active professionnellement ET être présente auprès des enfants à leur arrivée grâce à un congé parental; pourvoir financièrement à l’entretien de la famille ET avoir mon mot à dire sur l’organisation de la domesticité et sur l’éducation des enfants; ne pas toujours m’occuper des tâches ménagères en raison de la répartition décidée ET être évoquée positivement au foyer en mon absence auprès des enfants; cesser la vie commune avec l’autre parent ET avoir le droit de ne pas cesser la vie commune avec les enfants; rompre une relation qui rend malheureux ET ne pas être coupée des enfants pour autant; être victime de mauvais traitements physiques, psychologiques, financiers ET me voir reconnaître les droits d’une telle victime; vivre comme un être que la nature a sexué ET recevoir du respect à raison de ce sexe.

Propos recueillis par Lise Bailat


«Je défends les femmes tout au long de l’année»

La conseillère nationale UDC Céline Amaudruz ne fera pas grève, un mode de contestation dont elle n’est pas friande. Photo: Georges Cabrera/Tribune de Genève

L’élue UDC Céline Amaudruz déplore les inégalités de genre. Elle s’est personnellement vu demander, lors d’un entretien d’embauche, si elle comptait avoir un enfant, «ce que l’on ne demande jamais à un homme».

Allez-vous participer à la grève du jour?
Non, parce que je siège actuellement à Berne, une raison tout à fait raisonnable, non? Mais je défends les femmes tout au long de l’année en soutenant des initiatives en leur faveur au Conseil national. En plus, je n’aime pas l’exclusion de certains à cette grève, une tournure qui ne correspond pas à ma vision de l’égalité. Des crèches fermées desservent aussi la cause en mettant dans l’embarras les personnes directement concernées. Et puis j’avoue que je ne suis pas une fervente de la grève!

Qu’est-ce que représente l’égalité pour vous?
Ce n’est en tout cas pas en excluant certains que l’on prône l’égalité. À la base, on ne devrait pas en parler. Femmes et hommes devraient avoir les mêmes droits, ce que nous n’avons pas aujourd’hui. Les inégalités de salaires, par exemple, restent bien réelles. Et c’est inadmissible. Toute la violence faite aux femmes me heurte aussi profondément. Je regrette que dans ce domaine, la gauche ne soutienne pas le durcissement des peines que nous proposons avec l’UDC. Une façon concrète de défendre les femmes.

Avez-vous subi des discriminations?
Dans ma carrière professionnelle, j’ai toujours dû me battre beaucoup plus que les hommes pour obtenir ce qu’ils obtenaient naturellement. La femme doit toujours prouver davantage. Il m’est aussi arrivé, lors d’un entretien d’embauche, que l’on me demande si je comptais avoir un enfant… ce que l’on ne demande jamais à un homme.

Propos recueillis par Lisa Bailat


«Des revendications qui s’appliquent à nous toutes»

Sandrine Salerno participera à la grève, qui s’inscrit «dans le droit fil de ce que je défends depuis mes débuts politiques»
Photo: Lucien Fortunati/Tribune de Genève

Maire de Genève, en charge du Département municipal des finances et du logement, la socialiste Sandrine Salerno défend «une société où chacune, chacun, a une place qui lui garantit des droits et des obligations similaires».

Allez-vous participer à la grève du jour?
Oui, parce que les revendications qui sont celles de cette journée s’appliquent vraiment à toutes les femmes. Elles ont un caractère universel. Je me sens ainsi concernée en tant que femme et mère de deux filles. Et puis, en tant que responsable politique, cette grève s’inscrit dans le droit fil de ce que je défends depuis les débuts de mon engagement.

Qu’est-ce que représente l’égalité pour vous?
C’est une société où chacune, chacun, a une place qui lui garantit des droits et des obligations similaires, une société qui progressivement se débarrasse des stéréotypes qui nous enferment dans un carcan.

Avez-vous subi des discriminations dans votre parcours en raison de votre statut de femme?
Oui, quand on est une femme et que l’on commence sa vie professionnelle très tôt, on se rend compte qu’une femme devra faire preuve d’un engagement total envers son employeur. Le niveau d’exigences personnelles et professionnelles qui est demandé à une femme est en général supérieur à celui que l’on exige d’un homme. Il faut vraiment faire ses preuves sans relâche, montrer qu’on est au top niveau pour être jugée crédible. Une crédibilité souvent accordée de facto aux hommes. En ce qui me concerne plus particulièrement, la politique reste un bastion masculin. Je suis bien placée pour le relever, n’étant que la 4e femme à avoir été élue à l’Exécutif genevois… et encore plus alors que je dirige le Département des finances, là encore un fief d’hommes. Un challenge constant si l’on veut être considérée à la hauteur de la tâche. On pardonne plus à un homme dans un poste à responsabilités. Les jugements sont beaucoup plus rapides, durs et catégoriques envers les femmes. Il ne suffit pas d’être bonne; il faut plus que cela.

Propos recueillis par Lise Bailat


«Tous conditionnés par notre éducation»

Anouk Gruenberg, étudiante à l’UNIGE, manifeste pour plus d’égalité dans les structures académiques. Photo: Laurent Guiraud/Tribune de Genève

Étudiante en relations internationales, Anouk Gruenberg se sent particulièrement concernée par la cause des femmes en ce 14 juin. Elle s’intéresse au conditionnement des esprits à travers l’éducation. En choisissant l’option maths-physique à l’âge de 12 ans, elle s’est retrouvée dans des classes composées presque exclusivement de garçons, ce qui lui a ouvert les yeux.

Allez-vous participer à la grève du jour?
Oui, depuis très jeune je pense qu’il y a une inégalité entre hommes et femmes dans le milieu académique et dans le monde du travail. C’est là que cela me semble le plus flagrant. J’ai passé une grande partie de mes études entourée de garçons à cause de mes choix scolaires, je pense donc avoir une idée juste sur ces différences. Ma mère aussi travaille à un haut poste dans un milieu relativement masculin. Je pense qu’il y a vraiment des améliorations possibles que je vais revendiquer tant dans l’éducation reçue que dans le manque de structures permettant aux femmes de pouvoir travailler comme les hommes. Par exemple, l’introduction de crèches sur le lieu de travail. Sans cela, beaucoup de femmes sont obligées d’arrêter de travailler lorsqu’elles deviennent maman. Je ressens que le préjugé sur les femmes qui doivent rester à la maison pour être de bonnes mères est toujours présent.

Qu’est-ce que représente l’égalité pour vous?
C’est d’avoir les mêmes opportunités, et de ne pas ressentir de discrimination à cause de notre sexe, surtout si la compétence est la même. L’égalité représente aussi la mise en place de structures qui permettent aux deux sexes de continuer leur carrière académique sur le long terme. Pour moi, l’égalité devrait être transmise aux enfants à travers l’éducation. Nous, les filles, on devrait toutes se sentir en droit d’aimer le foot, les voitures, etc., et les garçons d’aimer les fées, les poupées, etc. L’égalité, c’est de ne plus diffuser l’idée qu’il y a des choses ou des métiers plus accessibles aux garçons qu’aux filles, et vice versa.

Avez-vous subi des discriminations dans votre parcours en raison de votre statut de femme?
Je n’ai personnellement jamais subi de discriminations, mais j’ai ressenti des inégalités dans l’éducation scolaire. J’ai grandi, comme toutes les filles, dans une société où l’on nous associe au rose, aux Barbie, à une spécialisation dans des travaux domestiques plus que dans des études universitaires. Mais dans ma famille, on m’a toujours encouragée dans ce que je voulais vraiment faire, peu importent les préjugés.

Propos recueillis par Lydie Araujo


«Je m’insurge contre l’inégalité salariale»

Championne d’Europe des poids welters, Ornella Domini évolue dans des univers sportifs et professionnels très masculins. Photo: Georges Cabrera/Tribune de Genève

Allez-vous participer à la grève du jour?
Non, je ne vais pas y participer. Ce n’est pas que je ne soutiens pas les femmes, loin de là, mais j’irai travailler. Je comprends la volonté de manifester et les revendications des femmes en matière d’inégalités de salaire. Je milite pour l’égalité, mais je n’adhère pas à certaines formes de féminisme, comme celles qui revendiquent être au-dessus des hommes.

Qu’est-ce que représente l’égalité pour vous?
Je m’insurge contre l’inégalité salariale, car je ne comprends pas pourquoi une femme qui exerce le même métier qu’un homme n’a pas le même salaire. Ce que j’entends par égalité, c’est surtout au niveau du travail et de la considération: qu’aucune différence ne soit faite.

Avez-vous subi des discriminations dans votre parcours?
Dans le domaine de la boxe et au niveau professionnel, non. Je travaille dans la sécurité et la majorité de mes collègues sont des hommes. Il y en a qui sont un peu lourds mais cela fait partie de l’ambiance de travail, ça ne me dérange pas plus que cela. À la boxe, aucun souci. J’ai en revanche subi des discriminations à l’armée. Des instructeurs ou des gradés m’ont traitée différemment en raison du fait que je suis une femme. Même s’ils ne le faisaient pas forcément de manière délibérée, ils créaient des discriminations entre le groupe masculin avec lequel j’évoluais et moi, du fait qu’ils me traitaient différemment. L’armée doit traiter les femmes comme des soldats.

Propos recueillis par Sylvain Bolt


«L’égalité ira de soi quand la question ne se posera plus»

Stéphane Mitchell, coscénariste de la série «Quartier des banques», se mobilise pour les femmes. Photo: Laurent Guiraud/Tribune de Genève

Allez-vous participer à la grève du jour?
Oui, et ce pour de multiples raisons. L’égalité n’est toujours pas une réalité entre les hommes et les femmes à de nombreux niveaux. La grève est une manière de montrer de façon groupée que les choses ne vont pas et doivent changer. Dans le domaine de la culture et de l’audiovisuel, des progrès sont réalisés petit à petit sur certains points, tels une meilleure parité dans les commissions qui analysent les projets ou des mesures en faveur de l’égalité dans le financement public du cinéma. Mais si les femmes qui exercent un métier en lien avec l’audiovisuel sont nombreuses dans les écoles, elles demeurent minoritaires sur le marché du travail. Ce n’est pas acceptable. De plus, il reste de nombreux problèmes à résoudre, comme les possibilités de carrière plus faibles pour une femme, des opportunités restreintes, des accès à certains postes fermés, un manque de visibilité, de représentation et un frein à l’accès aux grands budgets. En tant que freelance, il m’est facile d’aménager mes horaires et de faire grève. Cependant j’ai conscience que certaines de mes consœurs, qui travaillent dans la même branche que moi, prennent de gros risques. Le 14 juin, je fais la grève aussi par solidarité avec elles.

Qu’est-ce que représente l’égalité pour vous?
L’égalité ira de soi quand la question ne se posera plus.

Avez-vous été victime de discriminations?
Il n’est pas évident de réaliser qu’on est discriminée, étant donné que chacun veut être considéré comme un individu unique et ne pas être étiqueté, alors qu’on assiste à des discriminations sociétales plutôt qu’individuelles. C’est insidieux: victimes et tourmenteurs n’en ont pas forcément conscience. Aujourd’hui, j’ai la chance d’exercer ce métier et de réussir à en vivre. J’ai eu à faire face à des situations déplaisantes et injustes, mais il m’est difficile de mettre le doigt sur un événement et de montrer avec certitude qu’il y a eu discrimination. Personne n’a envie de vivre en pensant qu’il ou elle est une victime. On essaie de dépasser ces situations de façon individuelle, alors qu’elles se révèlent plus larges que nous.

Propos recueillis par Valérie Geneux


«Mon genre est l’une de mes composantes»

La chorégraphe Nathalie Tacchella fera la grève à sa manière, sans «voir le monde par le seul prisme de la féminité» Photo: Lucien Fortunati/Tamedia

Du Théâtre du Galpon qu’elle codirige avec Gabriel Alvarez, la femme de culture précise son engagement.

Allez-vous faire grève?
Difficile de faire grève d’une vie professionnelle qu’on a choisie et qui mobilise toute son énergie. En revanche, contribuer à faire entendre les valeurs d’équité, marcher avec celles et ceux qui luttent pour un monde plus juste est indispensable. Si faire grève, c’est aiguiser ma réflexion sur mes idées reçues et mettre de la plasticité dans mes perceptions et relations, alors oui, je fais grève.

Qu’est-ce que l’égalité pour vous?
Dans mon histoire personnelle, un malentendu. J’ai été élevée dans l’idée d’égalité entre hommes et femmes, et j’ai intégré cette notion dans le sens «on est tous pareils». Cette négation des différences a contribué à ce que je fasse mes choix de façon libre et décomplexée, mais peut-être aussi en n’étant à l’écoute que d’une partie de moi-même. J’ai l’impression que mon genre est l’une de mes composantes. Je considère rarement le monde par le seul prisme de la féminité. Je ne hiérarchise pas mes révoltes envers les injustices. J’ai tendance à les refuser toutes.

Avez-vous été victime de discrimination?
Non, je travaille dans un microcosme au sein duquel nous luttons au quotidien, et en toute parité, pour défendre la vitalité de la création artistique. Mais je subis les paroles et les actes discriminatoires avec effroi et dégoût, qu’ils soient dirigés contre moi ou contre autrui. Je manifeste aujourd’hui contre les pouvoirs qui musellent une part de notre humanité, et pour des modes de faire qui se réjouissent de sa complexité.

Propos recueillis par K.B.


«L’égalité est dans l’air du temps»

Ancienne spécialiste du 400 m haies dont elle détient depuis 1991 le record de suisse, la Vaudoise Anita Protti (54 ans) soutient la cause des femmes même si elle assure «ne pas être féministe». Photo: Yvain Genevay/Le Matin Dimanche

Anita Protti, allez-vous participer à la grève du jour?
Non, je ne vais pas participer à la grève. Je ne suis pas quelqu’un qui s’implique dans la chose politique et je n’ai pas envie que mon nom soit associé à cela. Mais je soutiens complètement la cause des femmes, sans être féministe et sans participer à la manifestation.

Qu’est-ce que représente l’égalité pour vous?
L’égalité est plus que jamais dans l’air du temps. On y tend de plus en plus, et cela dans tous les domaines. Ce qui est tout à fait normal. En termes de salaire, par exemple, la notion d’égalité a évolué dans le bon sens, selon moi, même s’il reste tout de même des efforts à faire.

Avez-vous subi des discriminations dans votre parcours en raison de votre statut de femme?
Je n’ai pas vraiment l’impression, non. En vivant une vie, disons, peu commune, en tant que sportive d’élite, je n’ai pas ressenti ou du moins je n’étais peut-être pas sensible à d’éventuelles discriminations. Pour moi, nous étions tous un peu égaux. Pareil dans le monde professionnel dans lequel j’évolue depuis cinq ans et où je n’ai pas senti de discriminations en tant que femme.

Propos recueillis par Sylvain Bolt


«Il faut en finir avec les stéréotypes liés au genre»

Marina Carobbio (PS/TI), présidente du Conseil national, raconte avoir subi «le sexisme ordinaire» Photo: Alessandro Della Valle/24 Heures

Allez-vous participer à la grève du jour?
Oui, je vais marquer le coup. Le matin, j’ai proposé de faire une interruption de séance à 11 h. Le Conseil national a soutenu cette idée et, durant quinze minutes, nous allons donc suspendre les travaux parlementaires afin de permettre aux membres du parlement qui le veulent de montrer leur solidarité envers les femmes et mettre l’attention sur leurs droits et les inégalités qui existent encore. Après la session, je rentrerai au Tessin, où je vais participer à la manifestation prévue à 17 h.

Que représente l’égalité pour vous?
L’égalité, c’est avoir les mêmes chances, les mêmes opportunités, indépendamment du sexe. Il existe encore beaucoup de différences de traitement notamment dans le monde du travail, avec les inégalités salariales. L’égalité, c’est aussi de ne pas être jugée différemment parce qu’on est une femme, en finir avec les stéréotypes liés au genre. Mettre en avant les femmes en politique fait d’ailleurs partie des objectifs que je me suis fixés durant cette présidence. C’est dans ce cadre-là que nous avons inscrit le nom des pionnières du parlement sur les pupitres qu’elles avaient occupés à l’époque. C’est pour cela aussi que nous avons créé une page internet sur les femmes en politique. L’objectif, c’est de faire connaître leurs histoires pour mieux encourager les femmes à s’engager en politique. Ce n’est pas un travail que je fais seule, mais en réseau avec les femmes des services du parlement.

Avez-vous subi des discriminations dans votre parcours en raison de votre statut de femme?
Je suis entrée très jeune au Grand Conseil tessinois, et si j’ai été élue, c’est aussi parce que mon nom était connu, puisque mon père était conseiller national. Je suis longtemps restée «la fille de», et j’ai dû affronter la comparaison, plus que si j’avais été un homme. J’ai également subi le sexisme ordinaire, qui fait que vous êtes jugée sur la façon dont vous vous habillez davantage que sur vos idées, et j’ai dû répondre à ces questions qu’on n’adresse qu’aux femmes: comment pouvez-vous gérer une vie de famille avec une carrière politique? Même si j’ai bien conscience que certaines femmes rencontrent des difficultés bien plus grandes, j’ai moi aussi dû abattre des stéréotypes pour arriver là où j’en suis.

Propos recueillis par Florent Quiquerez


«Une victoire des femmes n’est pas une défaite pour les hommes»

La chanteuse Yvette Théraulaz donne sa voix à la grève. Photo: Odile Meylan/24 Heures

Yvette Théraulaz, allez-vous participer à la grève du jour?
Bien sûr, et nous devrions la conduire plus souvent pour que les hommes et les femmes qui doutent encore que nous vivons dans une société faite par les hommes et pour les hommes en prennent conscience. Tout au long de la journée, de la gare à Chailly en passant par le Musée historique, nous allons chanter «L’hymne des femmes»: «Depuis la nuit des temps, les femmes/Nous sommes cell’s qu’on n’veut pas voir/Écrivons notre histoire/Construisons nos espoirs». On ne va pas chanter «Le zizi» de Pierre Perret!

Qu’est-ce que représente l’égalité pour vous?
C’est, dans la foulée de Mai 68 – la plus belle révolution du XXe siècle –, prendre son destin en main, mettre des mots sur ce qui nous enchaîne, nous étouffe. L’indépendance économique des femmes est un but important à atteindre, mais l’émancipation ne s’arrête pas là. La parité salariale ne doit pas dédouaner de tout le reste. Il y a aussi les questions domestiques, la parentalité. Le privé est politique. Debout! Changer de paradigme prend du temps, peut-être plusieurs générations même si, depuis #MeToo, il y a une accélération, car tant les femmes que les hommes sont pris dans la domination masculine. Mais il faut souligner qu’une victoire des femmes n’est pas une défaite pour les hommes. On doit changer, mais la domination masculine ne doit pas être remplacée par la domination féminine. Assez des dominations. Je milite pour un élargissement des possibles par-delà les catégories hommes et femmes et les comportements qui leur sont assignés.

Avez-vous subi des discriminations dans votre parcours en raison de votre statut de femme?
Évidemment. Beaucoup. Au moment de #MeToo, tout m’est revenu en mémoire. À commencer par mes professeurs de théâtre, des metteurs en scène, des collègues… Le milieu artistique n’échappe pas à la misogynie, aux rapports de force. La promotion canapé existe partout. Tous les hommes ne sont pas pour autant des prédateurs et toutes les femmes ne sont pas des saintes. Au moment où cela se passe, on pense que ce n’est pas important, mais si, c’est important! Dans ma jeunesse, je n’étais moi-même pas émancipée. J’ai mis des années à comprendre. J’ai subi, j’ai été touchée dans mon intimité. Jamais jusqu’au viol, mais pas loin. On subit aussi les remontrances des autres et quelquefois des femmes elles-mêmes, les «Qu’est-ce que tu as fait pour que ça t’arrive?», «Comment tu étais habillée ce jour-là?» Mon engagement féministe a été ma réponse. Après, on m’a foutu la paix. J’étais devenue la peine-à-jouir, la pas rigolote. Quand on ne rit pas aux blagues égrillardes, on nous fait passer pour coincée et rabat-joie. Mais cela ne m’a pas empêchée de continuer à chanter. Et à aimer les hommes.

Propos recueillis par Boris Senff

Créé: 14.06.2019, 10h44

Grève des femmes 14 juin 2019

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