Dans la peau d'une personne âgée

SimulationL'aide à domicile proposait au public un simulateur de vieillesse permettant de ressentir les effets de l'âge. Un exercice dont on ne ressort pas tout à fait le même.

Avec le simulateur de vieillesse, le moindre obstacle, comme ce léger dévers sur le trottoir, doit être négocié prudemment.

Avec le simulateur de vieillesse, le moindre obstacle, comme ce léger dévers sur le trottoir, doit être négocié prudemment. Image: Laurent Guiraud

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Les jambes lourdes, les articulations engourdies, de la difficulté à trouver son équilibre, la vision et l’ouïe diminuées. C’est le lot quotidien de nombreuses personnes âgées. Ce samedi, tout un chacun pouvait se mettre quelques instants dans leur peau, histoire de comprendre ce que ça fait d’être vieux.

Sur son stand déployé au Molard, l’IMAD (Institution genevoise de maintien à domicile) propose aux passants de tester son simulateur de vieillesse. Toute une panoplie servant à reproduire les effets de l’âge sur le corps et sur les sens: lunettes de ski pour restreindre le champ visuel et troubler la vue, casque antibruit pour assourdir les sons, semelles spéciales déséquilibrantes, coudières et genouillères pour entraver les mouvements des articulations et finalement, 30 kilos de poids aux chevilles, aux poignets et sur les épaules. «Un kilo pour chaque année de vieillissement», explique Amador Morales, responsable du simulateur de l’IMAD.

Après avoir pris ainsi 30 ans d’un coup, il s’agit d’effectuer des gestes d’ordinaire tout simples mais qui soudain deviennent bien plus pénibles. Une série d’exercices permet de réaliser à quel point notre environnement est peu adapté aux personnes âgées. Premier exercice: prendre sa veste sur le portemanteau et l’enfiler. Le geste est lent. Hisser ses bras lestés jusqu’au crochet pour attraper sa veste s’avère moins anodin que prévu, sans parler d’enfiler les manches. «C’est tout bête, il suffirait d’un portemanteau un peu moins élevé pour que ce soit beaucoup plus facile», relève Amador Morales.

Fatigant aussi pour la tête

On s’essaie ensuite à la marche. Avec les semelles spéciales, on est constamment en train de chercher son équilibre. Du coup, on a tendance à garder les yeux rivés au sol. Un bras bienveillant sur lequel s’appuyer permet tout de suite de se sentir plus à l’aise. On peut relever la tête et mieux voir ce qu’il se passe autour de nous. Vient l’exercice du banc public. Lesté et gêné dans sa mobilité, on s’y écrase lourdement. S’en relever est plutôt pénible sans accoudoir. «Cela peut devenir un piège, note le spécialiste, alors beaucoup renoncent simplement à s’y asseoir.» On refait l’exercice au bout du banc, vers l’accoudoir. C’est déjà mieux, même si l’accoudoir est un peu trop court.

À l’arrêt de bus, rien ne semble pensé pour les personnes âgées: le plan du réseau est placé beaucoup trop bas et est illisible, tout étant écrit trop petit. Idem pour l’écran tactile du distributeur de billets, probablement placé à cette hauteur pour être accessible aux personnes en fauteuil roulant mais du coup moins pratique pour les aînés. Ramasser ses clés tombées par terre est aussi toute une histoire.

Tout cela exige des efforts physiques accrus, mais aussi une plus grande concentration. «On ne peut pas à la fois marcher et écouter ce qu’on nous dit, explique Amador Morales. Si vous avez quelque chose à dire à une personne âgée, il faut attendre qu’elle s’arrête pour être sûr qu’elle vous comprend bien.»

Au bout de cinq minutes de cet exercice, on a hâte d’enlever cette cangue et de retrouver toute sa mobilité et sa légèreté. L’impression de lourdeur perdure cependant quelque temps. «Et encore, cet équipement ne simule que les effets du vieillissement, pas ceux de pathologies particulières au troisième âge, souligne Amador Morales. Vous comprenez maintenant pourquoi certains n’ont parfois pas envie d’aller se promener, vu les efforts que cela leur demande.»

Certains n'en sortent pas indemnes Image : Laurent Guiraud

Le simulateur ne laisse pas ceux qui le testent indifférents. «Je n’imaginais pas la sensation de lourdeur que peut amener la vieillesse, confie une passante, Fabienne Vermeulen, 39 ans. Je comprends pourquoi ceux qui vivent cela à longueur de journée ont envie d’aller se coucher pour récupérer.» Certains n’en sortent pas indemnes. «Une fois, une jeune femme s’est mise à pleurer, raconte Amador Morales. Elle venait de réaliser ce que vivait son père et elle a eu besoin de l’appeler pour s’excuser de lui dire sans arrêt de se tenir droit, d’arrêter de traîner les pieds, etc.»

L’IMAD utilise ce dispositif pour sensibiliser la population, mais aussi pour former son personnel et les professionnels travaillant en EMS, qui peuvent sous-estimer la fatigue ressentie par les personnes âgées. «Avec ce simulateur, on a vraiment une mise en situation concrète, note Lydiane Mathieu, ergothérapeute. Cela demande beaucoup de concentration. J’ai conscience que l’adaptation de l’environnement est importante pour éviter l’épuisement.» Le simulateur de vieillesse pourra encore être testé par le public aux Automnales, en novembre.

Créé: 07.09.2019, 16h17

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