«Des élus ignorent encore ce qu’est le harcèlement»

MédiationL’affaire Buttet a ses premiers effets. Berne se dote d’un service d’écoute pour les victimes. L'avis d'une spécialiste.

Plusieurs mesures pour lutter contre le harcèlement sexuel sous la Coupole ont été prises.

Plusieurs mesures pour lutter contre le harcèlement sexuel sous la Coupole ont été prises. Image: Keystone

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On ne parle que de ça sous la Coupole: les nouvelles règles pour prévenir le harcèlement sexuel. Suite à l’affaire Buttet, une structure indépendante pour les victimes voit le jour. Les élus pourront s’y référer anonymement. La notice envoyée aux parlementaires rappelle aussi la frontière entre flirt et harcèlement (lire l'encadré). Si certains à Berne se moquent du dispositif, Karine Lempen, professeure de droit à l’Université de Genève, salue cette décision. Interview.

– Ce service d’écoute pour les victimes est-il une bonne réponse au harcèlement?
– Il s’agit d’une mesure classique de prévention du harcèlement sexuel et psychologique. Dans le cadre de leur obligation de protection de la personnalité, les employeurs sont tenus de le mettre à disposition de leur personnel. Certes, les parlementaires n’agissent pas dans le cadre de rapports de travail salariés, mais il est utile de s’inspirer de ce qui se fait dans les entreprises. D’ailleurs un tel service avait été demandé par des élues. C’est une bonne piste, mais elle ne suffit pas. Je salue la volonté de responsabiliser les présidents de groupe. Ils ont un rôle important à jouer afin d’assurer une culture dans laquelle le harcèlement n’a pas sa place.

– Pourquoi cette responsabilité des présidents de groupe est-elle si importante?
– Elle est même fondamentale. Le risque qu’il peut y avoir avec la mise en place d’un service de consultation, c’est que l’institution se déresponsabilise en estimant que le problème a été réglé. Au parlement, les présidents de groupe ont une responsabilité particulière dans la création d’une atmosphère de travail respectueuse.

– On peut imaginer que le président du groupe des Verts sera plus sensible que celui de l’UDC. N’y aura-t-il pas une inégalité de traitement?
– De la même manière qu’il y a des directions d’entreprises qui sont plus ou moins sensibles à la prévention du harcèlement. Dans l’idéal, il faudrait, c’est vrai, que celles et ceux qui sont à la tête de la hiérarchie prônent une tolérance zéro, et prennent la problématique au sérieux. Si ce n’est pas le cas, il faut davantage sensibiliser. La mise à disposition d’un service de consultation spécialisé peut contribuer à faire évoluer les mentalités.

– Des mesures de ce genre ne vont-elles pas dissuader les victimes de porter plainte?
– Le but de ces services d’écoute, c’est justement de remédier à la situation avant qu’il ne soit nécessaire de saisir les tribunaux. Les entreprises ont tout intérêt à ce que les problèmes soient résolus à l’interne. Une affaire qui finit en justice n’est souvent dans l’intérêt d’aucune des parties au litige. Par rapport à la structure mise en place au niveau du parlement, il faudra voir quelles seront ses compétences. Son rôle sera-t-il de conseiller les personnes qui s’adresseront à elle? Ou s’agira-t-il de les accompagner lors d’entretiens, de proposer une médiation, d’intercéder auprès des présidents de groupe, ou même de les assister dans le cadre d’une procédure pénale? Une évaluation du dispositif est prévue.

– Cette mesure est assortie d’un b.a.-ba du harcèlement. En est-on encore là?
– Apparemment oui. Et ce manque d’éducation n’est pas spécifique au milieu parlementaire, on le constate dans le monde entier. Il faut aujourd’hui encore apprendre aux femmes et aux hommes ce que c’est que le harcèlement, ce qu’est un flirt. Je reconnais que c’est un peu malheureux de devoir l’enseigner à des adultes, mais cela vaut la peine puisque, après tout, ce sont ces personnes qui sont appelées à faire les lois de ce pays, notamment celles sur le harcèlement.

– Les révélations sur l’affaire Buttet ont à peine quinze jours. Faut-il se réjouir d’une réaction rapide ou craindre une certaine précipitation?
– Les structures d’écoute existent dans le privé depuis des années et fonctionnent. Elles répondent aux normes habituelles en matière de protection des conflits et du harcèlement. Il n’était donc pas nécessaire de réfléchir longuement pour savoir que cette mesure serait adéquate.

– Certains élus se moquent déjà de ces mesures…
– C’est bien là que réside le problème. Il y a une banalisation du thème qui permet la perpétuation de ce genre d’agissements dégradants et blessants. Cette attitude dénigrante ne rend pas hommage au travail accompli par ce même parlement fédéral au début des années 1990, lorsque l’interdiction du harcèlement sexuel a été inscrite dans la loi. (24 heures)

Créé: 13.12.2017, 20h30

Karine Lempen, professeure ordinaire au département de droit civil de l’Université de Genève

Ce qui distingue le flirt du harcèlement

Flirt


  • est une évolution réciproque




  • est constructif




  • est souhaité par les deux personnes




  • renforce l'estime de soi




  • est source de joie




  • respecte les limites personnelles






Harcèlement sexuel


  • est un rapprochement unlatéral




  • est dégradant, blessant




  • n'est pas souhaité par une des deux personnes




  • mine l'estime de soi




  • est source d'agacement




  • viole les limites personnelles

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