Des goélands en Suisse comme en Méditerranée

FaunePlus besoin d’aller au bord de la mer pour entendre le cri typique de ces oiseaux. L’espèce est toujours plus nombreuse en Suisse, jusque dans les villes

On compte près de 1500 couples de goélands leucophées dans notre pays.

On compte près de 1500 couples de goélands leucophées dans notre pays. Image: Keystone

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Fermez les yeux. Ce début d’été, dans le quartier genevois des Pâquis, la bande-son (ndlr: à écouter ici) donne le sentiment d’être en bord de mer. Le responsable de cette ambiance si particulière? Le goéland leucophée, qui s’est établi sous nos latitudes. Bec et pattes jaunes, avec une tache rouge sur le premier, plumes blanches et grises: désormais, des couples nichent jusque dans les cités helvétiques, leur donnant des allures de ports de pêche.

«Le phénomène s’accentue et, dans certaines zones, le nombre d’individus a explosé depuis un ou deux ans», confirme Laurent Vallotton, adjoint scientifique au Muséum à Genève. Le goéland en question est originaire de Méditerranée. Profitant de la nourriture offerte dans des décharges en plein air, l’espèce a crû et commencé à remonter le Rhône il y a une soixantaine d’années déjà.

En Suisse, la première nidification a été constatée sur les îles artificielles du Fanel, sur le lac de Neuchâtel, en 1968. Depuis, l’espèce s’est plu. En 2015, on dénombrait près de 1500 couples sur l’ensemble du pays – dont une centaine sur l’arc lémanique. Sur les seules rives du lac de Neuchâtel, ils étaient 400 en 2000 et plus de 1100 en 2015.

En ville également
L’espèce poursuit son expansion en Suisse alémanique, au Tessin et même dans le nord de l’Europe. En Suisse, elle s’établit depuis peu en ville. L’Atlas des oiseaux nicheurs en ligne mentionne notamment des nids sur les toits plats et graveleux de Versoix, de Vevey, d’Yverdon et de Neuchâtel. «Ils y sont assez peu dérangés», explique Frédéric Hofmann, chef de la section Chasse, pêche et surveillance à la Direction générale de l’environnement dans le canton de Vaud. «Il sera intéressant de voir jusqu’où ils coloniseront les terres. En principe, ils restent à proximité des lacs puisqu’ils y trouvent leur nourriture.»

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Les ornithologues et autres spécialistes de la faune ajoutent à l’inventaire non exhaustif de cette présence citadine les quartiers genevois de Champel et des Pâquis ainsi qu’une vingtaine de couples du côté de l’EPFL. Des adultes s’étaient aussi établis à Allaman, mais les nichées ont été victimes des intempéries. Et à Perroy, des adultes ont carrément décidé de pondre sur un plongeoir. «Dans un tel cas de figure, il serait judicieux de poser des filets avant la ponte. Ils ont un effet dissuasif», précise Frédéric Hofmann.

Appels de citoyens
La cohabitation entre les oiseaux de mer et les humains des villes? «Cette année, et pour la première fois, des citoyens nous ont appelés pour nous informer de leur présence. Une personne a demandé comment s’en débarrasser. Or, il s’agit d’une espèce protégée: on peut prévenir sa nidification, mais quand elle a commencé, il faut faire avec ce qui ne pose, en pratique, que peu de problèmes», note Gottlieb Dändliker, inspecteur genevois de la faune. Ces oiseaux du Sud disposent en effet d’un capital sympathie supérieur aux corbeaux qui, eux, ne nous rappellent pas les vacances…

Frédéric Hofmann a lui aussi été alerté. «J’ai reçu des téléphones de personnes apeurées. Quand les petits sortent de leur nid, les parents défendent leur progéniture et peuvent intimider des personnes ou des chiens.» Le phénomène est déjà connu avec les corneilles. Dans le cas des goélands, il n’y a pas eu d’attaque concrète dans le canton de Vaud.

Sous nos latitudes, ces oiseaux sont en réalité plus nombreux de la fin de l’été jusqu’à l’hiver. Mais on les remarque davantage au printemps quand ils paradent autour de leurs nids et crient. «Ils agissent ainsi pour défendre leur territoire et renforcer leur couple, poursuit Gottlieb Dänd­liker. Du coup, on ne les entend pas uniquement avant l’accouplement mais aussi après la ponte.»

En concurrence
Cette expansion ne va pas sans certaines difficultés. Le goéland est un oiseau imposant. Un sacré prédateur, également. Le géant fait notamment de l’ombre à la sterne pierregarin (ou hirondelle de mer). Cet oiseau est menacé et, pour l’aider à nicher, des radeaux flottants ont été construits. Mais le goéland lui pique parfois la place. «Très adaptables, ils entrent en concurrence avec d’autres espèces», confirme François Turrian, directeur romand de l’Association suisse pour la protection des oiseaux (ASPO) et membre du Comité directeur de la Grande Cariçaie. «Nous essayons de protéger les autres colonies, par exemple en chassant les goélands de certaines plates-formes de ponte. Mais cette espèce, qui a su profiter de l’homme, est arrivée seule en Suisse, elle n’est pas invasive.»

Cette évolution intéresse aussi les spécialistes. Pour en apprendre davantage, Gottlieb Dändliker suggère aux Genevois d’annoncer toute observation sur le site www.faunegeneve.ch. Quant à Frédéric Hofmann, un autre problème le préoccupe. Une dizaine de goélands morts ou malades ont été retrouvés du côté d’Yverdon. «Les premières analyses ont révélé qu’il ne s’agit pas de la grippe aviaire. Nous poursuivons les investigations.»

Créé: 10.07.2017, 06h46

Les mouettes rieuses et les sternes sont en difficulté

Trois principales espèces de laridés (la famille à laquelle appartiennent les mouettes et les goélands) nichent en Suisse: le goéland leucophée, la mouette rieuse et la sterne pierregarin. Si le premier est en expansion, les deux autres sont à la traîne. «Le principal problème est qu’en canalisant et en régulant nos rivières et nos lacs nous avons détruit les bancs de gravier et des zones humides qui sont leurs sites naturels de nidification», explique Livio Rey, biologiste à la Station ornithologique de Sempach. Pour compenser en partie cette perte, des plates-formes et des radeaux artificiels ont été construits, mais les deux oiseaux y sont régulièrement dénichés par les goélands.


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Entre 2011 et 2015, la Station ornithologique a dénombré entre 500 et 1000 couples de mouettes rieuses par année. L’oiseau, que l’on reconnaît à sa tête brune, est sur la liste rouge dans notre pays, comme un animal «en danger». Avec sa longue queue échancrée, la sterne pierregarin est pour sa part considérée «potentiellement menacée». Cette espèce, qui revient d’Afrique dès le mois d’avril, avait pratiquement disparu de Suisse vers 1950. Grâce aux mesures de soutien, la population est repartie à la hausse. On comptait quelque 600 couples par année entre 2011 et 2015, mais l’espèce reste tributaire du soutien humain.


Carte d'identité

La Station ornithologique suisse fournit les indications suivantes sur l’espèce.

Origine: Le goéland leucophée était autrefois considéré comme une sous-espèce du goéland argenté, mais des études génétiques ont suggéré qu’il appartenait à une espèce distincte. Venant de Méditerranée, il a colonisé la Suisse à partir de 1960.

Effectifs: 1425 couples en Suisse en 2015.

Taille: 52 à 58 centimètres.

Envergure: 120 à 140 centimètres.

Poids: 800 à 1500 grammes.

Alimentation: Crustacés, poissons, vers, limaces, insectes, oiseaux, mammifères, charognes et déchets.

Age maximal en Suisse: 18 ans et 2 mois.

Petits: La femelle pond deux à trois œufs, dont la durée d’incubation varie de vingt-huit à trente jours.

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