En deux ans, les demandes d’asile des Géorgiens ont presque doublé

ImmigrationAlors que le pays ne connaît pas de crise majeure, de plus en plus de ses ressortissants viennent frapper à notre porte.

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Depuis deux ans, toujours plus de Géorgiens arrivent en Suisse. Entre 2016 et 2017, les demandes d’asile déposées par les ressortissants géorgiens sont passées de 465 à 670, soit un bond de 44,1%. Selon les recherches du Tages-Anzeiger, la tendance se confirme pour 2018: fin septembre, le nombre de demandes déposées s’élevait déjà à 672 personnes. La Géorgie se place désormais en 4e place des pays de provenance des demandeurs d’asile, après l’Érythrée, l’Afghanistan et la Syrie.

Pourtant, même les organisations internationales s’accordent à dire que le pays du Caucase ne représente pas une zone à risques. «Il n’y a pas à notre connaissance de violation grave des droits humains dans ce pays-là qui justifie une telle augmentation, confirme le porte-parole d’Amnesty International Alain Bovard. À part peut-être du côté de la communauté LGBT, qui peut se sentir menacée en raison de l’absence de protection du gouvernement.» Unique piste probante, la mauvaise qualité des soins médicaux en Géorgie. «En déposant une demande d’asile en Suisse, ils bénéficient de soins de base qui seront de toute façon meilleurs que chez eux.» Amnesty International rappelle toutefois que chaque personne a droit de déposer une demande d’asile dans un pays s’il se sent menacé. «Chaque demande doit être examinée sérieusement.»

Plus besoin de visa

Économiquement, la situation est plus compliquée. Le pays est en phase de croissance économique, mais le taux de chômage reste à 13,9%. Surtout, il est devenu depuis quelques mois plus facile d’arriver chez nous. «Selon toute vraisemblance, cette hausse est due principalement au fait que, depuis le printemps 2017, les ressortissants géorgiens peuvent se rendre dans l’espace Schengen sans visa», souligne le Secrétariat d’État aux Migrations (SEM).

Le Conseil fédéral, à l’origine de cet assouplissement, a également confirmé ce lien de cause à effet en réponse aux interrogations du conseiller national Manfred Bühler (UDC/BE). Avec son collègue de parti Thomas Matter (UDC/ZH), l’élu estime qu’un retour des visas permettrait de «mieux contrôler l’entrée de ces personnes.» Outre l’abus du droit d’asile, les UDC craignent également une augmentation de la criminalité. L’organisation géorgienne «Voleurs dans la loi», spécialisée dans les vols et les cambriolages dans toute l’Europe, a donné mauvaise réputation au pays. «En tant qu’avocat, je vois malheureusement passer de nombreux ressortissants géorgiens qui se rendent coupables de cambriolages et autres, appuie Manfred Bühler. On peut effectivement craindre que le système de l’asile soit détourné à des fins criminelles.»

Que disent les chiffres? Selon les statistiques policières de la criminalité dressée par l’Office fédéral de la statistique (OFS), en 2016 les prisons suisses détenaient 435 Géorgiens coupables de délits pénaux, et 631 en 2017. La majorité est composée de touristes criminels, soit des personnes qui effectuent des rafles en Suisse et retournent immédiatement chez eux. Le nombre de requérants d’asile géorgiens criminels est quant à lui passé de 179 à 212. Quant aux activités criminelles géorgiennes en Suisse en général, Fedpol constate pour sa part un changement de paradigme depuis la capture, en 2010 en Espagne, du chef des «Voleurs dans la loi» ainsi que la condamnation de deux de ses soldats en Suisse en 2016. «Depuis l’organisation criminelle s’est délitée, explique sa porte-parole Anne-Florence Débois. Il s’agit davantage de tourisme criminel alors qu’auparavant il s’agissait d’une véritable structure implantée chez nous.»

Le Conseil fédéral rappelle pour sa part que les demandes d’asile des ressortissants géorgiens font l’objet d’une procédure rapide (48 heures). Les chiffres du SEM confirment des durées de séjour très limitées: alors que l’ensemble des départs a diminué en 2017 pour les ressortissants de la plupart des pays, ceux des Géorgiens ont fortement augmenté (+42,2%). (24 heures)

Créé: 22.10.2018, 18h43

Un pic en 2012 déjà

En 2012, le nombre de demandes d’asile des ressortissants géorgiens était également élevé: le SEM enregistrait alors une augmentation de 95,7% par rapport à l’année précédente, passant de 355 à 726 demandes. Mais le contexte était alors bien différent. Cette année-là, le nombre total de demandes d’asile était également bien plus important (28 631 en 2012 contre 18 088 en 2017), rappelle la porte-parole du SEM Emmanuelle Jaquet von Sury. «Le nombre important des demandes s’explique principalement par les conflits territoriaux en 2008 dans la région d’Ossétie du Sud, explique-t-elle. Ce conflit a provoqué, à l’époque, un déplacement important de personnes et une hausse considérable des demandes d’asile dans toute l’Europe et en Suisse.» Dès 2013 en revanche, les demandes d’asile diminuent drastiquement, et ce principalement en raison de la mise en place d’une procédure accélérée de 48 h appliquée aux requérants géorgiens.

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