En pleine tempête, l’USS doit se trouver un nouveau chef

Union syndicale suissePassage de témoin périlleux à la tête de l’organisation. Aucun candidat naturel n’émerge pour prendre la place de Rechsteiner.

Paul Rechsteiner a annoncé son retrait de la présidence de l'USS. Son successeur sera connu en novembre.

Paul Rechsteiner a annoncé son retrait de la présidence de l'USS. Son successeur sera connu en novembre. Image: Keystone

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«Le moment est embêtant pour se passer d’un leader tel que Paul Rechsteiner.» Sous couvert d’anonymat, ce syndicaliste de haut rang s’inquiète du départ du président de l’Union syndicale suisse (USS). Le contexte politique n’est pas idéal. L’USS est engagée dans un bras de fer avec le Conseil fédéral sur les mesures d’accompagnement de la libre circulation des personnes. Et les combats cruciaux que sont les réformes de l’imposition des entreprises et de l’AVS pointent le bout de leur nez. À chaque fois, Paul Rechsteiner s’est personnellement impliqué: sa voix compte.

Giorgio Tuti, vice-président de l’USS, refuse de parler de catastrophe. «Cette succession ne va pas être facile, c’est vrai, mais il n’y a pas de bon moment pour remplacer quelqu’un comme lui.» Paul Rechsteiner, conseiller aux États (PS/SG), est en effet depuis vingt ans à la tête de l’USS. Son visage est indissociable de l’organisation. «Les syndicats sont assez solides et organisés pour passer le cap de ce passage de témoin», relativise le conseiller national Carlo Sommaruga (PS/GE).

«L’USS n’a pas su anticiper»
Ce qui complique encore la donne pour l’USS, c’est qu’aucun candidat ne s’impose pour remplacer l’emblématique Saint-Gallois. «Ce qui est assez surprenant, analyse un connaisseur de la politique fédérale. Malgré toutes ces années, l’USS n’a pas su anticiper le départ de Paul Rechsteiner. Elle a fait comme s’il n’allait jamais quitter la présidence.»

En l’absence d’un candidat naturel ou légitime, certains plaident pour une solution d’entre-deux. «On pourrait tout à fait imaginer que Vania Alleva et Giorgio Tuti (ndlr: les deux actuels vice-présidents de l’USS) gèrent conjointement l’organisation durant quatre ans. Le temps de préparer un successeur.»

Reste que cette solution n’est pas évoquée par l’USS. Elle travaille d’arrache-pied – et dans le plus grand secret – pour trouver la perle rare d’ici au congrès, qui se tiendra du 30 novembre au 1er décembre. Une commission de sélection a été mise sur pied avant l’été. «Son travail est de définir les critères que nous jugeons nécessaires pour le profil que nous cherchons pour cette fonction», explique Giorgio Tuti, membre de cette commission.

Un parlementaire?
Faut-il un homme ou une femme? Faut-il un Latin après le règne alémanique? Un président plus jeune face aux défis de la numérisation? Un membre du PS, des Verts ou de la gauche alternative? «Ce sont justement ces questions qui doivent être analysées», répond prudemment Giorgio Tuti. Faut-il absolument que ce soit un élu au parlement? «Ce serait un avantage», reconnaît-il.

Cinq ou six personnes devraient être auditionnées d’ici à la première moitié du mois d’août. L’objectif est que le congrès puisse se prononcer idéalement sur une, voire deux candidatures. «Mais il ne s’agit pas d’imposer un choix à nos membres, coupe Giorgio Tuti. Le congrès peut in extremis porter son choix sur un autre candidat.»

Gros plan sur quatre personnalités dont les noms ont déjà été évoqués par les médias. Tous ont de sérieux arguments à faire valoir, mais aussi des obstacles qu’il sera difficile de surmonter.


Quatre outsiders pour succéder à Paul Rechsteiner

Le trop jeune loup valaisan

À bientôt 31 ans, Mathias Reynard (PS/VS) incarnerait une nouvelle génération à la tête de l’USS. Président de la section valaisanne, le conseiller national se dit intéressé par le poste, qui «correspond à ses engagements». En à peine deux législatures, Mathias Reynard a su se faire respecter à Berne, dans son groupe et au-delà. Il est également devenu un politicien en vue dans son canton.

«Pour affronter les nouveaux défis, notamment ceux de la numérisation, il faut quelqu’un de plus jeune, mais là, le saut générationnel est peut-être un peu grand», souligne un élu. La même remarque vaut pour Cédric Wermuth (PS/AG) ou Mattea Meyer (PS/ZH), dont les noms sont aussi évoqués. «Mathias Reynard serait le candidat idéal, mais dans quatre ans», estime un syndicaliste.

La femme qui pèche par écologisme

Bien qu’ils ne soient pas aussi liés aux syndicats que le PS, les Verts peuvent revendiquer le poste. Notamment leur présidente, Regula Rytz (BE). La conseillère nationale, 56 ans, a travaillé pour l’USS avant de siéger à l’Exécutif de la Ville de Berne. Son choix permettrait aussi à une femme de prendre la présidence.

Reste que son appartenance politique joue en sa défaveur. «Les Verts n’ont ni conseiller fédéral ni le poids nécessaire pour siéger dans toutes les commissions parlementaires, tacle un ancien élu. Si on cherche le bras politique de l’USS, alors ce doit être un socialiste.» D’autant qu’avec Vania Alleva, vice-présidente et Daniel Lampart, premier secrétaire, les Verts sont déjà servis à l’USS. D’ailleurs, une autre femme peut prétendre au poste: la conseillère nationale Barbara Gysi (PS/SG).

L’éléphant de la lutte des classes

Il y a dix ans, on comptait encore une douzaine de syndicalistes dans les travées du parlement. Aujourd’hui, le conseiller national Corrado Pardini (PS/BE) fait presque figure de dernier des Mohicans. Faut-il élire un syndicaliste, un vrai de vrai, à la tête de l’USS? «Ça reviendrait à faire entrer un éléphant dans un magasin de porcelaine», s’exclame un ancien élu.

Selon lui, Corrado Pardini, 53 ans, est parfait lorsqu’il faut galvaniser les troupes et pousser les employés d’une usine à faire la grève. «Mais est-ce vraiment le profil que l’on recherche? Non, seulement les travailleurs qui sont affiliés aux syndicats ne sont plus forcément des ouvriers, mais aussi des employés du secteur tertiaire. Surtout, dans le contexte actuel, on a plutôt besoin de quelqu’un qui négocie finement, et qui ne braque pas d’entrée de jeu la droite et les milieux patronaux.»

Le ministre au mauvais timing

Il se murmure que Pierre-Yves Maillard a longtemps rêvé de prendre la tête de l’USS. Pas étonnant pour cet ancien syndicaliste. Mais c’était sans compter sur l’acharnement de Paul Rechsteiner. Aujourd’hui, le ministre vaudois, 50 ans, se dit flatté qu’on pense à lui. «Il a les réseaux et ferait entendre la voix des cantons, mais je n’ai pas l’impression qu’il tienne encore à y aller», commente un socialiste. «Ça ferait un peu poste de fin de carrière», ajoute une spécialiste de la politique fédérale.

Autre problème, le socialiste ne siège plus sous la Coupole. «Si on veut une personne qui soit au parlement, on peut la faire élire», estime un élu PS. Les élections sont dans un an déjà. «Cet argument plaide pour des candidats extérieurs au sérail bernois, mais pas pour Pierre-Yves Maillard. Je le vois mal quitter le Conseil d’État vaudois alors qu’il vient d’être réélu», confie un syndicaliste. (24 heures)

Créé: 19.07.2018, 22h40

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