«En tant que gay, je ne veux pas de droits spéciaux»

RéférendumUn comité de gays combat avec les conservateurs la modification du Code pénal contre la discrimination. Récit

Dans sa chemise violette pétante, Michael Frauchiger détonne lors de la conférence de presse lançant la campagne des opposants à la nouvelle norme pénale contre la discrimination.

Dans sa chemise violette pétante, Michael Frauchiger détonne lors de la conférence de presse lançant la campagne des opposants à la nouvelle norme pénale contre la discrimination. Image: Keystone

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Il détonne déjà optiquement à la conférence de presse, ce lundi à Berne. Alors que les orateurs portent le complet-veston bleu-gris, lui se présente dans une chemise violette pétante. Lui, c’est Michael Frauchiger. Il est UDC, gay, mais contrairement à la majorité de la communauté LGBT, il s’oppose farouchement à la nouvelle norme pénale contre la discrimination et l’incitation à la haine. Les Suisses voteront sur cette loi le 9 février 2020.


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Pour ceux qui n’ont pas suivi le film, le parlement a adopté un ajout à l’article 261 bis du Code pénal. Il ne punira plus seulement les actes racistes qui consistent à nier publiquement le droit à l’égalité de certains individus en raison de la couleur de leur peau, de leur origine ethnique ou de leur religion. Il condamnera aussi ceux qui incitent à la haine envers des personnes en raison de leur orientation sexuelle. Le parlement veut ainsi mieux protéger les homosexuels.

Les handicapés? Les obèses?

Pour Michael Frauchiger, tout cela va trop loin. «L’appel à la haine, les menaces ou les agressions physiques contre les homosexuels sont déjà punissables. Je remarque que personnellement j’ai dû faire face à beaucoup plus d’animosité en tant que politicien UDC qu’en tant que gay. Les Suisses ne sont pas un peuple haineux envers les homos. Au contraire, ils sont dans une majorité écrasante bien disposés à notre égard.»

Ce qui chiffonne particulièrement Michael Frauchiger, c’est que la nouvelle loi accorde «des droits spéciaux» aux homos. «Nous, les gays, les lesbiennes et les bisexuels n’avons pas à être dégradés dans le rôle d’une minorité faible nécessitant d’être protégée. Nous voulons occuper notre place à part entière dans la société.» Il défend d’ailleurs bec et ongles le mariage pour tous et les principales revendications de la communauté LGBT.

Les conservateurs de l’UDF et de l’UDC, qui ont lancé le combat, boivent du petit-lait. Ils démontrent ce lundi, preuve à l’appui, que l’on ne peut pas simplement leur coller l’étiquette de «racistes et homophobes» pour les empêcher de défendre leur référendum contre la loi. Et ils se demandent quel groupe particulier on protégera la prochaine fois. Les handicapés? Les obèses?

«Nous voulons combattre les cas d’homophobie grave. La loi donnera un signal fort de l’État contre les discours de haine», lance Muriel Waeger, directrice romande de l’organisation Pink Cross

Hans Moser, le président de l’UDF, redoute, en cas de succès de la nouvelle loi, qu’on ne puisse plus s’exprimer contre «le mariage pour tous» ou le droit d’adoption pour les couples homosexuels sans être «criminalisé». La députée Katharina Baumann (UDF/BE) voit déjà des conséquences concrètes si cette «loi de censure» passe. Des hôteliers, qui refusent par conviction religieuse une chambre à des homosexuels, seront attaqués en justice. Tout comme un boulanger qui ne voudrait pas faire un gâteau de mariage pour un couple homo.

Au fait, Michael Frauchiger est-il d’accord qu’un hôtelier lui refuse une chambre pour dormir avec son ami? «Cela m’est déjà arrivé à l’étranger puisque je voyage aussi dans des pays musulmans. Je m’adapte, car il faut respecter la liberté de chacun. Mais je demande aussi qu’on me respecte comme personne. Et il est clair que je préfère donner mon argent à un hôtel gay friendly où je suis bien accueilli.»

À propos d’accueil, comment son combat pour le référendum a-t-il été reçu par la communauté LGBT? «Dans une communauté qui prône la tolérance, j’ai fait face à beaucoup d’animosité et d’insultes, répond le Zurichois. Mais de jeunes gays m’ont aussi remercié.»

Démarche «hypocrite»

Au bout du fil, on devine qu’elle secoue la tête d’incrédulité. Muriel Waeger, directrice romande de Pink Cross, met tout de suite les choses au point. «On ne demande pas des droits spéciaux ou une loi pour faire joli. On demande juste que nos droits soient assurés. Le taux de suicide est cinq fois plus élevé chez les homosexuels. Un père a égorgé son fils quand il a appris qu’il était gay. Ce que nous voulons combattre, ce sont les cas d’homophobie grave. La loi donnera un signal fort de l’État contre les discours de haine.»

Elle estime hypocrite la démarche du comité gay pour le référendum car «il est représenté par deux personnes de l’UDC, un parti notoirement opposé à ce que les LGBT jouissent des mêmes droits que les hétérosexuels». Cela dit, elle se distancie de toute attaque personnelle contre Michael Frauchiger. Quant au flot de dénonciations pénales redouté par les référendaires, elle estime cette crainte infondée. «La loi actuelle a entraîné peu de plaintes.»

Créé: 11.11.2019, 18h44

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