Et si la Suisse instaurait un service citoyen obligatoire?

ParlementLe socialiste valaisan Mathias Reynard et le PLR genevois Hugues Hiltpold veulent redéfinir l’obligation de servir en Suisse. Ils proposent un service citoyen ouvert aux étrangers et aux femmes.

Mathias Reynard et Hugues Hiltpold ne sont pas de la même couleur politique mais sont d'accord pour redéfinir le service obligatoire.

Mathias Reynard et Hugues Hiltpold ne sont pas de la même couleur politique mais sont d'accord pour redéfinir le service obligatoire.

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L’obligation de servir va-t-elle profondément se renouveler en Suisse? C’est en tout cas ce que souhaitent deux élus romands à Berne. En effet, les conseillers nationaux romands Mathias Reynard (PS/VS) et Hugues Hiltpold (PLR/GE) viennent de déposer tous deux un postulat demandant la refonte du système, révèle ce 3 janvier la radio RTS La Première.

Si Hugues Hiltpold demande simplement au Conseil fédéral de redéfinir l’obligation de servir, Mathias Reynard, lui, va plus loin. Il propose la mise en place d’un service citoyen obligatoire, ouvert aux femmes et aux étrangers, «ce qui permettra de renforcer la cohésion nationale et l'intégration de chacun dans la société».

Vision différente du PLR

Son postulat est appuyé de douze cosignataires, dont le PLR genevois. Mais Hugues Hiltpold a pourtant une vision différente. «Je suis dans la logique de rendre ce service obligatoire pour les hommes afin de constituer un corps d’armée de 100'000 personnes. Et de le rendre facultatif pour les femmes et les étrangers avec des missions qui doivent encore être clarifiées», explique-t-il.

Ce service, qui serait valable dès l’âge de 20 ans, serait en outre de courte durée, trois semaines pour tous, selon Mathias Reynard, afin de permettre de concilier vie professionnelle ou études. Une proposition qu'approuve son collègue genevois. «C’est souvent à ce moment-là que l’on a le plus de temps. Et cela peut créer des opportunités pour les jeunes, formation à la clé, et leur ouvrir des portes sur le plan professionnel.»

Nombreux domaines potentiels

Le service imaginé par le Valaisan pourrait en outre être effectué dans de nombreux domaines comme la santé, le social, la protection de la nature, l’engagement humanitaire, etc. Pour autant toutefois, précise-t-il, «que cela ne crée pas une main d’œuvre bon marché pour l’économie». Hugues Hiltpold précise avoir ciblé, lui, ce service dans le domaine de la sécurité, afin que cela reste la mission première de l’armée. «Mais on peut imaginer nombre d’autres domaines ayant rapport à la sécurité du pays. C’est cette redéfinition qui doit être travaillée», explique-t-il.

Pourquoi un tel changement? Les deux politiciens s’accordent sur les mêmes constats. D’une part, le taux d’aptitude au service militaire ne cesse de baisser. Mathias Reynard rappelle en effet que moins de la moitié des jeunes arrivent au terme de leurs jours de service.

De son côté, Hugues Hiltpold précise que sur les 40'000 jeunes appelés au recrutement, seuls 25'000 sont déclarés aptes. «Ce qui laisse 15'000 jeunes qui ne feront ni service militaire, ni service civil de remplacement», écrit-il. Et les mesures prévues pour faire passer les effectifs de l’armée de 185'000 hommes à 100'000 ne vont pas inverser cette tendance, bien au contraire.

D’autre part, les deux élus soulignent que les Suisses ont montré leur attachement à l’obligation de servir, puisqu’ils ont refusé le 22 septembre dernier l’initiative du GSsA (Groupe pour une Suisse sans armée) demandant l’abolition du service militaire obligatoire.

Le GSsA se montre ouvert

Questionné par la RTS, le GSSA a réagi plutôt favorablement à l'idée. Un point le fait tiquer cependant: l’obligation de servir. Pour sa secrétaire romande, Amanda Gavilanes, l’engagement doit être volontaire, à la manière de ce qui se pratique en Allemagne. Avec un beau succès. Cela prouve que les gens, malgré le fait qu’on ne les oblige pas à faire quelque chose pour leur pays, le font quand même et de bonne volonté, a-t-elle dit. (nxp)

Créé: 03.01.2014, 14h17

Hugues Hiltpold veut un vrai débat sur la question

24 heures – Comment sont nés ces postulats PLR et PS sur le même sujet?

Hugues Hiltpold – A l’époque où est sortie l’initiative sur l’abolition du service obligatoire, j’avais déposé un contre-projet en demandant déjà la mise en place d’un service citoyen. On m’avait dit que l’idée était très intéressante mais que, dans un premier temps, il fallait d'abord dire non à cette initiative avant de revenir avec ce projet. J'avais donc lancé le débat à l’époque et Mathias Reynard avait trouvé l’idée intéressante. Il l’a donc reprise en estimant qu’il y avait des points communs à trouver, avec des visions à la fois PLR et socialistes. Il s'agit donc maintenant d'avoir un vrai débat sur la question et de redéfinir cette obligation de servir à laquelle les Suisses sont très attachés, on l'a vu le 22 septembre dernier lors des votations fédérales.

Mais c'est aussi pour faire pression sur Ueli Maurer...

Effectivement. Le Département de la défense planche aussi sur un projet que l'on attend depuis longtemps sans rien voir venir. Ces postulats ont aussi pour but de mettre une pression politique sur Ueli Maurer.

Pensez-vous parvenir à réunir une majorité au National?

Cela va être très intéressant. A l'époque de ma contre-initiative, le PDC m’avait promis son soutien le jour où je reviendrais sur le sujet. Alors on en est maintenant à cette phase-là, on verra s'il va tenir parole. Mais pour l'instant, je n'ai déposé qu'un postulat qui n’engage pas à grand-chose puisqu'il demande une étude. En fonction du résultat, je déciderai si cela vaut la peine d'aller plus loin.

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