Faut-il plafonner les primes maladie à 10% des revenus?

SantéAlors que l'initiative du PS sur les primes maladie est déposée, Pierre-Yves Maillard (PS) et Philippe Nantermod (PLR) livrent leurs arguments.

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Pour: Pierre-Yves Maillard (PS)

Pourquoi un plafonnement des primes à 10% est-il indispensable?
Parce que les primes ont tellement augmenté que beaucoup de ménages paient plus de 15% de leur revenu net pour l’assurance maladie. Cela peut même monter jusqu’à 18 ou 20%. Si vous ajoutez le loyer et les impôts, cela mange le pouvoir d’achat de la classe moyenne et des familles. Il faut que cela s’arrête. Un plafond de 10%, c’est raisonnable.

Raisonnable? Votre proposition pourrait coûter 4 milliards par année. C’est énorme.
Nous proposons une façon plus juste de financer les primes. L’impact exact sur les budgets publics dépendra de l’évolution des coûts de la santé et de la façon de calculer le revenu net et la prime. Si on prend le modèle vaudois, l’impact sera tout à fait supportable. La vraie question est celle-ci: les bénéfices des Cantons et de la Confédération serviront-ils à baisser les impôts directs, ce qui favorise les riches, ou baisse-t-on l’impôt prime maladie, qui est socialement le plus injuste, puisqu’il ne tient pas compte de la capacité financière des gens. Un ménage modeste de quatre personnes paie plus qu’un millionnaire célibataire!

Votre initiative est un cadeau du ciel pour les prestataires de soins et les pharmas. Les coûts de la santé augmentent et le contribuable paie.
Je pense le contraire. Aujourd'hui, les acteurs de la santé sont dans une position confortable. La prime maladie est le seul impôt qui augmente sans qu’il y ait possibilité de référendum. Les lobbies arrosent plus ou moins les élus pour éviter la maîtrise des coûts et les seuls qui trinquent sont les payeurs de prime à qui on présente la facture comme une fatalité. Si on met un plafond à 10%, cela a des incidences à la hausse sur les subsides et provoquera un débat parlementaire. La droite sera forcée à se poser les bonnes questions sur la question des coûts de la santé.

À part taper sur les assureurs, que fait le Parti socialiste pour enrayer les coûts de la santé?
Nous soutenons le paquet Berset pour maîtriser les coûts de la santé. Cela implique de baisser les prix complètement surfaits des génériques et de médicaments, et de responsabiliser les acteurs de la santé afin de maîtriser le volume d’actes qu’ils génèrent. La droite va s’y opposer. Une partie de ses élus, pas tous, sont le relais des pharmas et des cliniques privées.


Contre: Philippe Nantermod (PLR)

Pourquoi êtes-vous contre l’initiative socialiste sur les primes maladie?
Parce qu’une fois de plus, elle demande de résoudre un problème cantonal au niveau fédéral. On ne tient ainsi pas compte de toutes les aides spécifiques qu’un canton peut déjà apporter: subsides d’assurance maladie, déduction pour frais de formation, déductions fiscales pour les enfants, allocations familiales plus hautes, etc. L’initiative fixe un plafond arbitraire de 10% sans avoir la vue d’ensemble. Or le calcul sera différent suivant que vous habitez Genève, Vaud ou le Valais.

Le fédéralisme, c’est l’argument classique des gens qui ne veulent rien faire…
Non, les subsides maladie et un plafond existent déjà de facto au niveau cantonal. Cela permet de savoir qui a droit ou non à une aide, selon le revenu et la taille du ménage. Je ne suis pas du tout hostile à ce plafond de 10% dans le canton de Vaud. Je m’oppose à ce qu’il soit généralisé de façon uniforme.

Les initiants jugent qu’une prime maladie est un impôt injuste puisqu’une famille nombreuse modeste paie bien plus qu’un millionnaire célibataire. Ne faut-il pas changer cela?
Dans l’assurance maladie, la solidarité se joue d’abord sur un autre plan. Elle s’opère entre les bien portants et les malades, et pas entre les riches et les pauvres. Un malade peut profiter de prestations valant des dizaines de milliers de francs, sans rapport avec la prime qu’il paie. À l’inverse, un bien portant, peu importe son revenu, paiera beaucoup plus cher en regard des prestations obtenues. Et puis, n’oublions pas que l’impôt, perçu selon les revenus, finance déjà plus de la moitié des dépenses dans le système de santé. On est très loin d’un système d’une prime par tête. Si c’était le cas, on serait à plus de 1000 francs par mois par habitant!

Que préconisez-vous pour freiner les coûts de la santé?
Si on veut empêcher l’explosion des coûts, il faut éviter d’accepter toutes les demandes des corps de métier qui veulent être intégrés dans le catalogue de soins obligatoires. Le National vient de le faire pour les soins infirmiers et le Conseil fédéral veut intégrer maintenant les psychologues. Ce n’est pas très populaire de le dire, mais en intégrant des milliers de prestataires en plus dans l’assurance de base, cela ne freine pas les coûts. Et ce n’est pas la droite qui pousse dans ce sens.

Créé: 23.01.2020, 21h51

L'initiative

L’initiative du PS sur les primes maladie est déposée. Elle pourrait coûter jusqu’à 4 milliards par an. Le peuple tranchera.

Le peuple votera sur les primes maladie. Le Parti socialiste a recueilli 118'000 signatures pour son initiative populaire. Elle exige qu’aucun ménage ou particulier ne consacre plus de 10% de son revenu disponible pour son assurance maladie. Le texte s’inspire de la situation du canton de Vaud, qui a déjà introduit une telle mesure. La récolte des signatures n’a pas été aussi facile qu’escompté. À l’origine, le PS voulait faire un coup et récolter les paraphes nécessaires en un mois. Il en a fallu dix pour y arriver. Le conseiller national Pierre-Yves Maillard, ancien ministre vaudois de la Santé, ne s’en formalise pas. «C’est déjà très bien quand on sait que nous disposons d’un délai de 18 mois pour une initiative. Mais il est vrai que les élections ont beaucoup sollicité nos militants.»

Lors du dépôt des signatures à la Chancellerie fédérale, jeudi après-midi, la conseillère nationale Barbara Gysi a ironisé d’ailleurs sur le PDC qui, lui, n’a toujours pas récolté les signatures nécessaires pour son initiative visant à introduire un frein aux dépenses de santé. En attendant, elle demande que «les coûts de la santé soient répartis de façon plus juste en corrigeant l’antisociale prime maladie, indépendante du revenu».



Les socialistes ont posé jeudi derrière une grande affiche jaune où l’on pouvait voir un boulet symbolisant le poids des primes. Malheureusement pour eux, le slogan en français «Oui à des primes abordable (sic) pour tous» contenait une grosse faute d’orthographe. Cela peut facilement se corriger. En revanche, il faudra plus de travail pour convaincre la population que l’initiative n'est pas un puits sans fond pour les finances publiques.

Le PS reste très évasif sur le coût exact d’un subventionnement qui toucherait toute la Suisse. Il fait confiance au parlement pour finaliser son texte et définir exactement ce que représentent 10% du revenu disponible. Cela a son importance. Le coût d’une telle initiative pourrait atteindre 4 milliards de francs par année.

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