Feu vert des États pour des mesures contre le CO2

Parlement fédéralLes sénateurs réparent le «fiasco» du Conseil national. Mais tous les élus ne sont pas pour la taxe sur les billets d’avion.

Un premier vote important est tombé lundi soir. En 2030, au moins 60% de la réduction des émissions de CO2 devra être réalisée en Suisse. Une minorité du Conseil des États exigeait 80%.

Un premier vote important est tombé lundi soir. En 2030, au moins 60% de la réduction des émissions de CO2 devra être réalisée en Suisse. Une minorité du Conseil des États exigeait 80%. Image: Keystone

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«Ces abrutis du Conseil national, enfermés dans leur logique partisane, se sont révélés incapables de lutter contre le réchauffement climatique. Heureusement, le Conseil des États est là pour repêcher la révision totale de la loi sur le CO2 et, dans sa sagesse légendaire, proposer un projet raisonnable et largement soutenu.» Bien sûr, personne au Conseil des États n’a dit les choses comme cela, lundi soir à Berne. Mais la majorité des élus l’a pensé très fort.

Les sénateurs se sont en effet gaussés du «fiasco» du National qui, il y a quelques mois, a tué dans l’œuf la nouvelle loi sur le CO2. Le Vert Robert Cramer (GE) félicite le président UDC de la Commission de l’environnement et son rapporteur PLR pour leur travail. Le message est clair: nous, nous n’avons pas d’œillères idéologiques. Et si le travail était aussi bon, ajoute le conseiller aux États genevois, c’est aussi parce que les éléments perturbateurs, ces curieux de journalistes, ont été tenus soigneusement à l’écart des travaux de la commission.

Une fois les gommettes distribuées, que reste-t-il sur le fond? Damian Müller (LU), rapporteur du projet et étendard du tournant énergétique du PLR, égrène pendant une demi-heure les points forts de la nouvelle loi. Elle vise à réduire les émissions de CO2 de 50% d’ici à 2030. Pour y arriver, on prévoit une taxe sur les billets d’avion de 30 à 120 francs, une hausse du prix de l’essence jusqu’à 12 centimes, des normes plus sévères pour les voitures et les camions, et des bâtiments moins gourmands en énergies fossiles. Un fonds climatique pourra aider à l’assainissement des bâtiments. «Ne rien faire n’est pas une option!» martèle Damian Müller.

Werner Hoesli (UDC/GL) est d’accord de faire quelque chose, mais pas de jeter par-dessus bord «la bonne politique libérale» qui a fait le succès de la Suisse. Il n’apprécie pas la taxe sur les billets d’avion. «Personnellement, je ne vole pas, donc je pourrais m’en désintéresser. Mais je constate qu’une telle taxe épargne les plus riches, qui volent dans leur jet privé, et pénalise les plus pauvres, qui devront payer beaucoup plus.» Beat Vonlanthen (PDC/FR), au contraire, applaudit des deux mains cette mesure: «La taxe sur les billets d’avion est nécessaire notamment sur les vols courts. Prendre l’avion de Genève ou Zurich pour aller à Barcelone n’est pas tolérable.»

«Il y a encore trop de chauffages à mazout»

Beat Rieder (PDC/VS) est chiffonné. «Il y a un fossé entre les exigences formulées sur le climat et le comportement des gens. L’aéroport de Zurich n’a jamais autant enregistré de passagers.» L’indépendant Thomas Minder (SH) continue dans la même veine. Il peste contre les fruits qui viennent d’Israël ou du Chili et contre la viande congelée arrivant par avion d’Amérique latine.

À gauche, Robert Cramer estime le projet de loi nécessaire mais «nettement insuffisant par rapport à la menace climatique». Didier Berberat (PS/NE) le trouve même mauvais face aux dangers annoncés ou en cours. Il cite «la disparition des glaciers, la montée des eaux de la mer d’un mètre et l’exil de centaines de millions de réfugiés climatiques». Simonetta Sommaruga, cheffe du Département de l’environnement, conclut le tour de chauffe en insistant sur la nécessité d’agir rapidement. Elle estime que la Suisse doit combler son retard sur les transports individuels et le chauffage. «Il y a encore trop de chauffages à mazout.»

Comme une lettre à la poste

Comme tout le monde estime peu ou prou qu’il faut une nouvelle loi, l’entrée en matière passe comme une lettre à la poste. Puis commence la discussion de détail. Un premier vote important tombe. En 2030, au moins 60% de la réduction de CO2 devra être réalisée en Suisse. Une minorité exigeait 80%.

La hausse du prix de l’essence et l’introduction d’une taxe sur les billets d’avion seront décidées ce mercredi. Le débat aura lieu juste après la réélection controversée du procureur général Michael Lauber. Un feuilleton judiciaire qui a réchauffé le climat politique tout au long de l’été…

Créé: 23.09.2019, 22h41

Les compagnies aériennes s’opposent à une solution nationale

Chez Swiss, l’idée d’une taxe est accueillie froidement. La compagnie insiste sur la nécessité de prendre de telles mesures au niveau global. «Les approches nationales comme les taxes environnementales sur les billets d’avion vont conduire à une réorientation du trafic vers l’étranger et nuire à notre économie», avertit sa porte-parole, Karin Müller.

Easyjet considère aussi que les solutions doivent être internationales. Les deux compagnies mentionnent le plan CORSIA, de l’Organisation de l’aviation civile internationale, qui entrera en vigueur en 2020. «Cette initiative, qui contribuera à réduire les émissions de l’aviation suisse de quelque 2,7 millions de tonnes par an, a pour but de compenser les émissions de CO2 de toute l’industrie aéronautique au niveau mondial, en vue d’une stabilisation des niveaux d’émissions», assure Easyjet.

Si une taxe était instaurée, Swiss estime qu’elle devrait être utilisée pour réduire les émissions de CO2. Karin Müller mentionne
la promotion des carburants synthétiques: «À notre avis, c’est la seule option qui pourrait rendre à l’avenir le trafic aérien neutre du point de vue climatique.» Le ton est le même chez Easyjet, qui évoque une redistribution pour la recherche ou une différenciation de la taxe selon les catégories d’aéronefs, afin de favoriser les avions de nouvelle génération.

Chez Swiss, on doute que les compagnies pourront répercuter le surcoût sur les passagers, en raison de la concurrence internationale. «Une charge excessive sur les vols directs long-courriers encouragerait également le trafic via d’autres hubs en Europe, en Turquie et au Moyen-Orient.» Easyjet conclut que la taxe pénalisera en priorité les vols européens. Et qu’elle «pèsera également négativement sur l’attractivité de la Suisse en tant que destination.»

Quelle répercussion la réforme aura-t-elle en termes de manque à gagner ou de personnel? Les compagnies ne communiquent pas de chiffre.

Caroline Zuercher et Florent Quiquerez

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