Huawei reste en course pour la couverture 5G de la Suisse

CommunicationMalgré les soupçons d’espionnage qui pèsent sur l'entreprise chinoise, Berne n’a pas voulu intervenir dans les choix des opérateurs.

Pour le directeur de l’OFCOM, Philipp Metzger, rien n’empèche Sunrise de miser sur Huawei pour construire son réseau 5G

Pour le directeur de l’OFCOM, Philipp Metzger, rien n’empèche Sunrise de miser sur Huawei pour construire son réseau 5G Image: Keystone

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Le gâteau de la 5G a été divisé en trois. À la suite d’une mise aux enchères, la Commission fédérale de la communication (ComCom) a octroyé vendredi la plus grosse part des fréquences à Swisscom, qui devra débourser quelque 195 millions. C’est le double des montants dont devront s’acquitter Salt et Sunrise. Les concessions sont attribuées pour 15 ans.

La 5G, c’est quoi? Ça correspond à la prochaine génération de réseaux de téléphonie mobile. Polyvalente, elle devrait être capable non seulement d’absorber de grosses quantités de données, mais elle pourra aussi supporter un nombre très important de connexions et multiplier les cas d’usages (lire l’encadré). La Suisse est à bout touchant. Swisscom annonce que la 5G devrait être disponible dans 60 communes d’ici à la fin de l’année. Salt et Sunrise avancent des délais similaires.

Des doutes à l’étranger

Si cette distribution ne fait pas de vagues – les trois opérateurs se disent satisfaits et n’ont pas l’intention de faire recours –, elle est entachée par la polémique qui entoure Huawei. Cette entreprise chinoise accusée d’espionnage par de nombreux pays occidentaux a en effet été choisie par Sunrise pour développer l’infrastructure technique de son réseau 5G. Swisscom et Salt, eux, misent respectivement sur le suédois Ericsson et le finlandais Nokia.

Plusieurs pays ont déjà refusé à Huawei de développer leur réseau 5G, à l’image des États-Unis, de l’Australie ou du Japon. Au sein de l’Union européenne, l’Allemagne et la France émettent également des doutes sur la fiabilité du mastodonte chinois.

Berne aurait-elle dû se montrer plus curieuse avant de mettre ses fréquences aux enchères? «Les appels d’offres datent de l’été dernier, répond Urs von Arx, chef de la section réseau et service de l’Office fédéral de la communication (OFCOM). À l’époque, Huawei, qui avait déjà été sélectionné par Sunrise, n’était pas un sujet aussi important qu’aujourd’hui. On ne peut pas changer les règles du jeu en cours de route.»

Pour l’OFCOM, il s’agit d’attribuer des ressources et pas de se mêler d’une politique d’entreprise. «Il n’y a rien dans la législation qui empêche un opérateur de travailler avec le partenaire de son choix, ajoute Philip Metzger, directeur de l’OFCOM. Si la loi devait changer, alors il faudrait en tenir compte, mais pour l’heure ce n’est pas le cas.»

Interventions au parlement

Que l’OFCOM se lave les mains de la sorte surprend Géraldine Savary (PS/VD). «Les soupçons qui planent sur Huawei étaient déjà connus l’été dernier, rappelle la conseillère aux États. Et la Confédération ne peut pas juste fermer les yeux. Elle est responsable des infrastructures critiques du pays et garante de la protection des données de la population.» Elle ne va pas en rester là. «J’ai demandé à la Commission de la politique de sécurité d’enquêter sur Huawei. Il faut être prudent, car nous assistons à une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, mais il ne faut pas non plus être naïf et oser poser des questions sur les risques d’espionnage.»

Au Conseil national aussi, l’affaire va rebondir, puisque Fabio Regazzi (PDC/TI) déposera une interpellation lors de la prochaine session. Le Tessinois aimerait savoir pourquoi la Suisse ne développe pas elle-même une technologie 5G. «Si cela n’est pas possible, le Conseil fédéral doit nous rassurer sur la fiabilité de Huawei. Les entreprises chinoises entretiennent des liens étroits avec le gouvernement, qui n’est pas exemplaire dans la protection des données. Je veux savoir comment la Suisse peut se protéger pour éviter l’espionnage industriel.»

Sunrise ne changera pas

Membre de la Commission des télécommunications, Hugues Hiltpold (PLR/GE) appelle à la retenue. «Depuis les premières accusations américaines en 2008, il n’y a jamais eu de preuves formelles, souligne-t-il. Cela étant, il faut rester attentif. Si des éléments avérés devaient apparaître, la Suisse devrait réagir, mais pour l’heure, il n’y a aucune raison de discriminer cette entreprise.»

Éclaboussé par l’affaire, Sunrise rappelle que «les vols de données les plus notables en Suisse ont montré que les failles de sécurité ne sont pas dues aux fournisseurs de technologie, mais aux cybercriminels». L’opérateur met aussi en avant ses hauts standards de sécurité. «Sunrise détermine la stratégie de réseau ainsi que sa gestion, ce qui signifie qu’à aucun moment il n’est possible d’accéder au réseau sans autorisation.» Et de conclure: «Sunrise est totalement satisfait de la qualité de notre partenaire technologique Huawei et n’a nullement l’intention de changer de fournisseur.»

Créé: 08.02.2019, 18h04

Prix à payer pour un mobile 5G

L’attribution des fréquences 5G aux opérateurs Swisscom, Salt et Sunrise est connue (voir ci-contre). Le premier des trois estime que les premiers téléphones mobiles compatibles 5G apparaîtront sur le marché entre avril et juin. Plus vagues, Sunrise et Salt situent cette échéance dans le courant de l’année. «À leur arrivée sur le marché, ces appareils devraient coûter entre 600 et 800 francs la pièce», estime Pascal Martin, responsable du site spécialisé scal.ch. Cet événement s’avère quoi qu’il en soit très attendu par une partie de la population helvétique toujours plus dépendante de son smartphone. Xavier Studer, auteur du blog éponyme, spécialisé dans les télécoms, ne craint pourtant pas de décevoir: «Même pour un geek aussi chevronné que moi, il n’y a pas grand-chose de nouveau à prévoir avec les débuts de la 5G.»

Pascal Martin ne voit guère les choses autrement: «Il s’agit d’une évolution technique identique au passage de la 2G à la 3G en 2003, puis à la 4G en 2012. Les utilisateurs de portables, compatibles 5G ou non, devront se contenter d’un délestage global des réseaux aux heures de pointe.»

En fait, les grandes perspectives liées à la 5G relèvent de volumes gigantesques de données, traitées à des vitesses très élevées. Cette réalité stimulera l’internet des objets, technologie ouvrant la voie à de véritables bouleversements sociaux et économiques, probablement d’ici à cinq ou dix ans, avec l’arrivée massive de la robotique et de l’intelligence artificielle en particulier.

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