Il demande au juge s'il peut quand même vendre ses faux meubles

ValaisLe patron de Meubles Descartes a été condamné jeudi à Martigny pour avoir vendu des copies chinoises d’un célèbre fauteuil.

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À la sortie du Tribunal de Martigny (VS), jeudi peu avant midi, Jean-Daniel Descartes a retrouvé la gouaille du vendeur de meubles. Presque amusé en attendant le verdict, il interpelle les journalistes. «Vous pouvez écrire tout ce que vous voulez, ça va me faire de la pub.» Quelques minutes plus tôt, l’homme apparaissait pourtant abattu devant le juge. La tête basse et les propos confus, il faisait mine de ne pas comprendre ce qui lui arrivait.

Patron de l’entreprise du même nom, connue en Suisse et à l’étranger, le Valaisan a été condamné ce jeudi pour avoir, entre 2014 et 2017, vendu des copies chinoises d’un célèbre fauteuil du designer américain Charles Eames. Le modèle original, intitulé «Eames Lounge Chair» avec son repose-pieds «Ottoman», est un incontournable du genre. Un exemplaire est même exposé au célèbre MoMA de New York.

Jean-Daniel Descartes, 78 ans, écope de 120 jours-amendes avec sursis durant 2 ans et une amende de 1920 francs pour infraction à la loi sur les droits d’auteur et 3850 francs de frais.

L’accusé n’en démord pas

Face à un juge interloqué, le marchand de meubles affirmait connaître le modèle mais ne pas savoir qu’il était protégé. Au nom de cette absence de volonté de tricher, la défense demandait l’acquittement. Mais pour un professionnel de son envergure, l’argument surprend. Et ce même si la fraude n’est pas gigantesque. Jean-Daniel Descartes a en effet acquis sept fauteuils pour un prix d’environ 300 francs chacun et en a revendu trois, pour un total de 7450 francs. Ce qui fait tout de même une belle marge pour des copies d’un fauteuil original qui, lui, se négocie à 7000 francs l’unité.

Mais quand il s’agit d’évoquer ses affaires, le retraité fragile s’efface au profit du bouillonnant commerçant. Avec aplomb, il persiste et interroge le juge: «Je me rends régulièrement en Chine, j’ai vu des articles qui me plaisaient, je les ai achetés, je les ai revendus à un bon prix pour mes clients comme je l’ai toujours fait. Je retourne en Chine lundi, je dois faire attention à tout ce que j’achète, ou bien?» Et le juge de rétorquer: «Engagez plutôt un juriste.»

Car Jean-Daniel Descartes a beau se réfugier derrière un catalogue en mandarin et un avis de droit qui lui suggérait de souligner qu’il s’agissait «d’un modèle d’inspiration Charles Eames», le juge ne l’a pas entendu de cette oreille. Et pour cause, l’avis de droit ne dit rien sur les meubles en question. Surtout, l’accusé ne s’est pas comporté en prévenu modèle. Et le magistrat de préciser: «Vous ne pouvez pas soutenir tout et son contraire. Une simple recherche sur Wikipédia vous aurait indiqué que ce meuble était protégé.» C’est la société suisse Vitra Collection SA, au bénéfice des droits exclusifs sur la marque, qui a porté l’affaire en justice, non sans avoir tenté de raisonner préalablement le Valaisan au moyen de plusieurs sommations.

«J’avais acheté ces meubles, il fallait bien que je les vende. Je n’allais pas les brûler»

Les réponses valent le détour. Jean-Daniel Descartes a d’abord affirmé que «de toute façon, ces fauteuils ne se vendaient pas bien». Mais il a continué de les afficher à la vue de tous, sans dire qu’il s’agissait de copies. «À notre deuxième courrier, il nous a rétorqué qu’il fallait bien les vendre car il n’allait quand même pas les brûler», soupire l’avocat de la partie plaignante, Guillaume Fournier. «En persistant à ne pas vouloir reconnaître sa faute, il se comporte comme un enfant pris la main dans le pot de confiture en accusant sa sœur ou invoquant la permission de sa grand-mère.» Il a même vendu un fauteuil après que les droits d’auteur lui ont été signifiés.

L’homme de loi insiste, l’affaire est peut-être modeste, elle n’en demeure pas moins symbolique. Cela n’a pas l’air d’ébranler celui qui est aussi promoteur immobilier. Dans une remarque sortie de nulle part à l’adresse du juge, il rappelle «qu’il aurait quand même bien aimé pouvoir vendre les fauteuils qui lui restent». Le magistrat: «Ça n’arrivera pas, puisqu’ils seront détruits.»

Situation financière difficile

Avant ce jugement, le casier de celui qui possède aussi les Bains d’Ovronnaz était vierge. Interrogé sur sa situation financière, l’ancien sponsor du FC Sion peint un tableau noir. «Je ne me verse plus de salaire depuis janvier pour la première fois en un demi-siècle d’activité. Les affaires vont mal, j’ai perdu 1,7 million l’an passé et je ne touche que 1800 francs de rente AVS. Les actions des Bains d’Ovronnaz? Elles ne me rapportent rien. Je vis dans un logement qui appartient à ma fille.»

Mais là encore, riant à la barbe de l’avocat de la défense après la lecture du verdict, on retrouve un autre Jean-Daniel Descartes. «Ce que je retiens de ce jugement, c’est que Vitra Collection a le droit de voler des gens en vendant des meubles trop chers. Mais venez plutôt faire un reportage à Ovronnaz. J’ai investi 7 millions dans le nouveau spa.» Il dit n’avoir pas décidé s’il fera recours, mais il est déjà gonflé à bloc.

Créé: 05.09.2019, 16h41

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