«Il faut défiscaliser le minimum vital en Suisse»

EndettementLes arriérés d'impôts pèsent lourd sur les ménages. Un expert éclaire les chiffres révélés par l'Office fédéral de la statistique.

Sébastien Mercier, secrétaire général de Dettes Conseils Suisse

Sébastien Mercier, secrétaire général de Dettes Conseils Suisse Image: Dettes Conseils Suisse

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Arriéré de paiement, leasing, petit crédit ou hypothèque: 42,5% de la population suisse vit dans un ménage ayant au moins une dette. En dévoilant mardi ses chiffres pour 2017, l’Office fédéral de la statistique (OFS) a mis en lumière une réalité brutale. Explications de Sébastien Mercier, secrétaire général de Dettes Conseils Suisse.

Le niveau d’endettement moyen augmente-t-il dans notre pays?
Il est stable, voire en très légère diminution. Mais cela reste surprenant et préoccupant, car la dernière enquête remonte à 2013, alors qu’on sortait à peine de la crise financière. Le taux de chômage a diminué depuis. Donc la situation aurait dû s’améliorer sur le front de l’endettement.

Les arriérés de paiement les plus fréquents portent sur les impôts (9,9% de la population) et les primes maladie (7,3%). Logique?
Oui. C’est une constante. Entre 75 et 80% des ménages qui nous consultent ont des dettes d’impôts. Pour l’assurance maladie, on est à 63% et cette part augmente d’année en année.

Comment expliquer ce double fardeau?
Quand une personne reçoit une poursuite, on va calculer son minimum vital et couper tout ce qui dépasse. Mais dans ce calcul, on ne tient jamais compte des impôts courants. Quand cette personne est saisie, elle ne peut donc plus payer ses impôts. C’est une aberration de notre système. On subventionne indirectement les instituts de crédit en prenant l’argent dû au fisc pour le répartir entre les autres créanciers. Pour chaque année de saisie, une année de retard d’impôts s’accumule. Et pour les primes maladie, c’est à peu près la même chose. C’est une spirale dont les gens peinent à sortir.

Que faudrait-il pour changer la donne, selon vous?
En premier lieu, défiscaliser le minimum vital. Ensuite, faciliter l’accès aux subsides pour l’assurance maladie obligatoire. C’est si compliqué actuellement que beaucoup de gens qui y auraient droit se découragent.

Selon l’enquête de l’OFS, les personnes qui cumulent trois types de dettes sont deux fois plus nombreuses en Suisse romande (12,5%) que côté alémanique (6,2%). D’où vient ce Röstigraben?
C’est difficile à dire. Les différences de taux de chômage d’une région à l’autre jouent un rôle, tout comme le taux de divorce et le fait de vivre en ville ou à la campagne. En Suisse romande, il y a peut-être un rapport différent au crédit et à l’argent. Mais il faut faire attention aux généralités de ce genre.

Que faire quand on est touché par le surendettement?
Il y a une partie de la population pour laquelle il n'y a pas de solution, c'est une réalité. Pour les autres, on arrête la course en avant, on fait le point avec eux et on regarde ce qui peut être proposé aux créanciers. Puis on négocie. En Suisse, il n'y a pas comme dans beaucoup du pays une procédure volontariste qui permet d'effacer les dettes au bout d'un certain temps. Quand on est surendetté, on ne tient pas le couteau par le manche. Trouver une solution n'est pas toujours évident.

Comment mettre le maximum de chances de son côté, alors?
Ce qui est déterminant, c'est le montant qu'on réussit à mettre de côté chaque mois pour rembourser les créanciers. Des gens avec de petits revenus s'en sortent en s'y prenant assez tôt, parce qu'ils ont un endettement maîtrisable. A l'autre bout de l'échelle, on voit des gens gagnant 20'000 francs par mois qui n'y arriveront pas car ils ont 300'000 francs de dettes. Ce cas de figure est assez courant chez les petits indépendants qui ont fait faillite: leur endettement atteint bien souvent 150'000 francs, alors que la moyenne suisse se situe entre 65'000 et 71'000 francs. Même en sortant 2000 francs par mois pour de désendetter, le rapport devient assez brutal. Et tous les créanciers ne sont pas chauds pour accorder des remises...

Créé: 18.02.2020, 18h14

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