Isabelle Chevalley: «Je ne céderai rien aux terroristes»

DéveloppementLa conseillère nationale Isabelle Chevalley parle cash: «Je retournerai au Burkina Faso.» Le DFAE maintient son aide.

La conseillère nationale vaudoise Isabelle Chevalley vient de rentrer du Burkina Faso, où elle s'engage pour l'ONG Nouvelle Planète.

La conseillère nationale vaudoise Isabelle Chevalley vient de rentrer du Burkina Faso, où elle s'engage pour l'ONG Nouvelle Planète. Image: ARC Jean-Bernard Sieber

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Tout juste de retour du Burkina Faso, où elle se rend trois fois par an pour des projets dont elle assume le suivi pour l’ONG Nouvelle Planète, la conseillère nationale vaudoise Isabelle Chevalley parle cash: «Il est hors de question que des terroristes dictent ma conduite. Je ne vais pas céder à leur odieux chantage!»

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Amoureuse de l’Afrique de l’Ouest, celle qui a créé en 2014 le groupe parlementaire Suisse-Afrique jure qu’elle ne changera ni ses habitudes ni ses plans, après la tragédie qui a coûté la vie à deux Suisses à Ouagadougou. «Par hasard, j’étais sur place lors des coups d’Etat aux Comores, au Mali en 2013 et au Burkina l’an dernier. Je n’ai pas eu peur. Il y a des mesures à respecter. Je ne fréquente jamais les hôtels, les restaurants et les discothèques où se retrouvent les expatriés. Je ne me rends pas dans les régions identifiées comme dangereuses.» Et, lâche la Vaudoise, c’est aussi un choix personnel: «On peut s’en aller d’un cancer que l’on traîne pendant des mois. A choisir, je préfère mourir sous les balles aveugles d’un imbécile en m’engageant pour ce que j’aime et estime juste de faire.»

Coopération de longue date

La sécurité, c’est la grande question que se posent les amis du Burkina Faso et les proches des expatriés dans ce pays, mais aussi au Mali ou au Niger. La Suisse a une longue tradition de coopération avec ces trois Etats sahéliens. L’effort a débuté en 1973, après la sécheresse qui a provoqué une crise humanitaire. Avec le Tchad et le Bénin, ils ont plus tard reçu le statut de «pays prioritaires» de la coopération suisse au développement. La Confédération y concentre des moyens financiers plus importants qu’ail­leurs, «au moins 20 millions en projets et aide humanitaire», précise le DFAE. S’ajoute parfois une aide économique. La Division Sécurité humaine du DFAE y soutient la promotion de la paix et de la démocratie.

Par effet de domino, l’aide publique entraîne l’aide privée suisse; celle-ci était proche de 10 millions en 2013. Cet argent fait tourner des microprojets dans l’éducation, la santé ou la production artisanale. Comme ces femmes qui fabriquent des sacs à partir de déchets en plastique. Un projet suivi par la Verte libérale Isabelle Chevalley: «Ces femmes créent des emplois à la faveur d’une dynamique vertueuse. Il faut le souligner: pas un centime de l’argent des ONG suisses ne va dans les poches des terroristes.»

«L’attentat de Ouagadougou ne change rien»

«L’attentat de Ouagadougou ne change rien», a souligné le conseiller fédéral Didier Burkhalter dimanche déjà: pas question de réduire l’engagement suisse au Burkina et au Sahel. «Il est prématuré pour évaluer les conséquences durables des attentats sur la poursuite des projets suisses sur place», précise la DDC.

Coordinateur d’Helvetas à Ouagadougou, Jean-Marie Samyn évoque un climat lourd: «Les Burkinabés sont les premiers choqués par l’attentat contre l’Hôtel Splendid. Mais leur surprise n’était pas totale. Des indices laissaient supposer que la menace avait augmenté depuis le coup d’Etat de 2015.» La principale crainte parmi les coopérants, confie-t-il, «c’est que les bailleurs de fonds fléchissent si de nouveaux attentats sèment encore la terreur. Le pire, pour ceux que nous aidons, serait que nous devions les abandonner aux terroristes.»

Volontaires au Vietnam

Willy Randin, fondateur de Nouvelle Planète il y a trente ans, a une longue expérience au Burkina: «La menace est conjoncturelle. Toute décision précipitée serait malvenue.» L’ONG lausannoise, désormais dirigée par son fils, Philippe Randin, poursuit ses projets sur place. En revanche, elle renonce à envoyer cet été de jeunes volontaires romands pour participer à un projet au Burkina. En raison de l’insécurité, la demande pour ce programme très prisé par le passé a fondu. Le même engagement au Vietnam et à Madagascar est par contre plébiscité. Le public entend les recommandations du DFAE, qui déconseille de se rendre au Burkina ainsi qu’au Mali et au Niger en raison de la menace terroriste et du risque «très élevé» d’enlèvement. (24 heures)

Créé: 19.01.2016, 06h56

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