Karin Keller-Sutter veut à tout prix empêcher un «Brexit suisse»

Conseil fédéralLa ministre de la Justice fait le bilan de ses trois premiers mois. Elle entend privilégier deux thèmes: la sécurité et l’emploi.

C'est dans le port de Romanshorn (TG) que Karin Keller-Sutter a convié les médias pour ses trois premiers mois au Conseil fédéral.

C'est dans le port de Romanshorn (TG) que Karin Keller-Sutter a convié les médias pour ses trois premiers mois au Conseil fédéral. Image: Keystone

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Un soleil radieux sur une mer d’huile. Sur les quais de Romanshorn, bourgade nichée aux confins de la Suisse orientale, sur les bords du lac de Constance, des badauds profitent de la chaleur printanière. Presque une atmosphère de vacances. C’est ici, sur un bateau, que la nouvelle conseillère fédérale libérale-radicale Karin Keller-Sutter a décidé de réunir les médias pour définir ses priorités à la tête du Département de justice et police.

«Nous sommes à un peu plus de deux heures de train de Berne, à la frontière de l’Allemagne, raconte la ministre. Si vous jetez un œil par les fenêtres, vous apercevrez l’infrastructure du trafic transfrontalier. Notre pays a besoin de ces échanges. Près de 80'000 emplois en dépendent uniquement dans les trois cantons de Saint-Gall, Thurgovie et Schaffhouse.» Le lieu est symbolique pour elle. «En tant que point de passage, les frontières posent aussi, et toujours, la question de la sécurité.»

Alliance des bilatérales

Sécurité et emploi, voici les deux thèmes qui vont guider son action. Deux thèmes qui la préoccupent déjà, puisqu’ils sont au cœur du scrutin du 19 mai sur le durcissement de la loi sur les armes. Mais pour la ministre, il ne s’agit pas encore de la mère des batailles. Le dossier prioritaire, c’est l’initiative de limitation de l’UDC, qui veut en finir avec la libre circulation des personnes. Or la Saint-Galloise est très claire à ce sujet: une acceptation de l’initiative serait un Brexit suisse.

«Mettre un terme à la libre circulation des personnes, ou la dénoncer unilatéralement, menacerait la voie bilatérale dans son ensemble, prévient Karin Keller-Sutter. Or la voie bilatérale est une source de prospérité et d’emploi.» Et de reprendre l’exemple des trois cantons riverains du lac de Constance. «En 2017, Thurgovie, Saint-Gall et Schaffhouse ont exporté pour 12,5 milliards de francs de marchandises vers l’UE.» Pour la Suisse, c’est dix fois plus, avec un montant de 156 milliards.

Pour éviter ce «Brexit suisse», Karin Keller-Sutter plaide en faveur de la grande alliance qui a toujours soutenu les bilatérales, celle qui réunit les partis de droite – hormis l’UDC – et la gauche. «Cette alliance ne sera pas possible sans un rapprochement des partenaires sociaux. Et pour que ce rapprochement ait lieu, il faut un équilibre entre l’ouverture et l’accès au marché, d’une part; et les intérêts nationaux en termes de sécurité sociale et de protection des salaires, de l’autre.»

Pour Karin Keller-Sutter, l’équation est simple: «On n’a jamais gagné de votation sur ce thème sans cette union. Cette tradition d’avoir les partenaires sociaux doit être soignée. Et je m’y engagerai.» Son expérience parle en sa faveur. Lorsqu’elle était au Conseil des États, elle, la PLR qui était si proche des milieux économiques, formait un duo de choc avec Paul Rechsteiner, président de l’Union syndicale suisse.

«Il reste des blocages»

Difficile de ne pas voir dans ce discours un parallèle avec l’accord-cadre avec Bruxelles, qui cristallise les tensions de la politique suisse. Entre partis de droite et de gauche, mais aussi entre milieux patronaux et syndicaux.

Karin Keller-Sutter estime-t-elle que cet équilibre entre ouverture et intérêt nationaux est atteint dans l’accord-cadre? Soudain, le franc-parler de la Saint-Galloise se transforme en langue de bois. «Je n’étais pas encore membre du Conseil fédéral lorsqu’il a présenté l’accord. Mais s’il a décidé de ne pas le signer et de mener une consultation, c’est qu’il restait des blocages, notamment sur le droit de la citoyenneté et les mesures d’accompagnement.» Que pense-t-elle des dernières propositions de renforcer la protection des salaires en Suisse pour convaincre les syndicats? Là aussi, la réponse est laconique. «Le Conseil fédéral devra analyser ce qui est faisable ou non. Il reste des précisions à apporter.»

La consultation se terminant à la mi-avril, le gouvernement devrait communiquer à la fin de mai ou au début de juin sa position. Et Karin Keller-Sutter, cette fois, sera un membre à part entier du collège. (24 heures)

Créé: 29.03.2019, 20h32

Mieux exploiter les profils ADN

Pour Karin Keller-Sutter, la sécurité est «une priorité absolue». Outre un discours musclé sur les djihadistes, elle annonce cette fois une révision de la loi sur les profils ADN. «Cette loi, qui a bientôt 20 ans, doit être adaptée pour intégrer les progrès scientifiques et permettre à la police de travailler plus efficacement.»

Aujourd’hui, il est autorisé avec l’ADN de répondre à une seule question: la personne était présente sur un lieu? On ne peut pas savoir si elle a les cheveux foncés, les yeux clairs ou est d’origine caucasienne, alors que la science pourrait apporter ces réponses. C’est cela que veut changer la Saint-Galloise. «Nous saluons cette annonce, réagit Johanna Bundi Ryser, présidente de la Fédération des fonctionnaires de police. Cela permettra d’identifier plus facilement des auteurs de délit.» Sachant que ce domaine reste sensible, elle précise d’entrée de jeu. «Ces outils seront utilisés de façon proportionnée.» À noter que la France et la Hollande ont déjà franchi ce pas.

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